mardi 24 décembre 2013

Chêne de Noël




Sur les tertres houleux enluminés de givre
            un vieux chêne est ancré
    à quelques encablures
de mon dernier sommeil

Regarde sa ramure couler comme une invite à rejoindre l’écorce

        et à percer le vent

L’heure est aux giboulées de platine d’or fin

        le rideau va s'ouvrir sur un simple mystère
                tout revêtu de gouttes
      
Le soleil neige sur la route…



lundi 23 décembre 2013

De blanche brusquerie





L'hiver nous est venu de blanche brusquerie

heuristique des formes célées dans les branches aux voluptueux hélix

Les arbres sont en paix
bergers de leurs racines
à la terre madrée si lentement enfouies


Dressé au coin du jour un réverbère se tait
sa lumière s'enfuit
coule dans l'enfaiteau

en fête occis pitauds les restes du grand lierre
prétentieuse guirlande
endémique et bavarde
se sont laissés surprendre par le froid subit


Bibliothèque de l'hiver apprends moi tes légendes
l'au-delà de mon seuil que je ne puis franchir
avant que vent ne m'essorille
riez feuillées de rosée sous les branches
ouvrez vos madrépores

et peau retorte osez de vos gouttes lustrées surgir un rayon d'or aux voluptueux hélix



samedi 21 décembre 2013

Elle est...





Elle est notre plus beau cadeau:
La Vie.
Les rythmes dont l'habillent les saisons
sont un émerveillement constant.
Pour vous si fidèles, en ces jours qui précèdent  Noël
avec toutes mes amicales pensées...



scabieuse-de-noel.jpg


Elan de la fleur surprise
en son éclosion tardive


fougere-de-noel.jpg



Derniers feux des fougères
avant leur révérence

feuille-givree.jpg



Solitude  de la feuille
en rupture de branche



IMG-2708.jpg

Bouton de rose sans orgueil
sous la morsure du froid





Allure lente et pensive
des bouleaux dans l'air vif





Le givre
donne
à voir en un seul lieu
ce qui est
ce qui fut
ce qui vient




 



vendredi 20 décembre 2013

Les villes du désert






Les villes du désert en plein midi
ne vous font pas d’œillades
elles sont assises là
sur l’estuaire silencieux dessiné par le vent
on ne peut y tourner le dos à ce qui nous recourbe
au Nous
déjà écrit


Ô si nous goûtions ce miel
la blondeur indicible au lapis épousée
la blondeur souveraine d'une ville au désert
le bijou sur la pierre
du margouillat en peur



 
Rien n’y bouge n’y pleure
on n'y voit rien faillir
c’est comme si le temps ignorait tout du sombre
Quand on entre ces rues
marcher semble grimace

Il y a des passages emplis d’une fraîcheur qui fait taire les voix
Des jardins desséchés
douloureux et tordus de ce vert toujours ocre





Un peu au bord des murs
des bêtes qui respirent
sous les tissus brodés
et la fatigue floue des pâtres affalés

quelques chats impossibles
 la maigreur
des chiens
leurs flancs de sable blanc
où trépassent les heures
Les porteuses de jarres
politesse à celui que le chemin voyage
tendent l’eau ou la bière dans un émail usé

La brise s'est posée
dispersé sans regrets le siliceux nombré
dispersé pour toujours
quelque part vers la dune entre deux édifices
où la mémoire coule du regard arrêté
sur un tatonnement
 





La pierre étire chair sur des cris retenus
le grand ciel se déplisse
on reste sans détails on n’est plus que surface
étonnée de la vie dessinée dans l'espace









vendredi 22 novembre 2013

Tarifa






Tarifa.

Ses plages interminables face à l'océan, son Ile fortifiée, la vague assez haute et enveloppante pour attirer les surfers de toute l'Europe.
Un vent élastique dont la mauvaise humeur s'engouffrait dans les moindres ruelles, déployait ses nacres depuis le dos des dunes et nous tombait dessus  nous empêchant de nous approcher du bord de mer

Il faut imaginer le caractère irréel de cette voix-là
modulation intenable grave et aigüe à la fois
la douleur de ce cri qui cajole l'ourlet des oreilles avant de planter ses aiguilles au fond du crâne

Nous avions l'impression d'emprunter une échelle impraticable qui ne nous offrirait aucune issue vers le haut
mais surtout
la ponctuation incessante du sable sur la peau
piqûres du sable qui sait les piqûres du sable
comme dans le désert ?

Nous entrions dans chaque seconde qui suivait poussés par quelque chose qui nous faisait mal partout.

Les terrasses étaient vides
Le monde entier se résumait au vent.
La voix.

Par endroits un banc carrelé d'azulejos blancs et bleus nous offrait son abri sous les arbres mais cette intimité était tellement inquiète que la jouissance en était pour ainsi dire absente.
Comme elle nous semblait lointaine cette mer dont nous avions rêvé les parfums de métal et d'iode mêlés.

C'est alors qu'au hasard de nos déambulations nous l'avons trouvé
Un grand escalier l'entamait
Un de ces escaliers que l'on imagine plus volontiers au coeur d'un opéra qu'en bordure de la mer
des fleurs aux noms oubliés
leurs parfums encore vifs dans la mémoire
s'enroulaient tout autour de la rampe

D'ocre rose et de blanc
montant vers de hauts murs
pas un bruit pas un chat même le vent s'était enfui de ce lieu là
nous avons fait le tour de ce qui s'est révélé être une énorme demeure carrée
faisant face à la plage
posée en équilibre au-dessus des vagues
comme une pierre
sanguine en contrepoint de la chaux et du bleu des vieux azulejos
les toits recouverts de tuiles de céramique verte
le pourtour des terrasses rehaussé de tuiles cassées en deux

Pas un bruit de rares fenêtres
un patio
fermé par une lourde porte de fer ouvragé
une fontaine tarie des arbres désséchés
mais surtout
le silence
qui nous aspirait
aventure tout aussi douloureuse
et
qui faisait de nous de parfaits inconnus.


Feuiles racornies



Feuilles racornies
le froid nous parle à sa façon
une invitation rousse
Rentrer au chaud
craquer un feu
regarder fondre la bûche douce dans l’âtre.

Depuis combien d'années n'entendons nous plus le chant

bref et mélancolique du bouvreuil pivoine
dont la gorge enflammée écartait les épines
du genévrier au bas de la maison?

Son cri naissait nos gestes de printemps



Feuilles racornies

ou sages escargots aux pieds tout rabougris
dont l’unique coquille bordée d’océans
va de leur pas scient ?
                L' hiver sera lent


mardi 12 novembre 2013

La passagère



I


C'est par la porte étroite du manque

l'auberge basse du mauvais sommeil

souvent frôlant la chute

que nous éprouvions l'autre rive.


Et comment vivre encore

sachant mais de si pâle

ce qui avait gorgé le fruit offert à notre soif

évaporé sa chair sans bruit infiniment

le rendant à la terre avec légèreté ?


Nous-mêmes en ces moments

d'un pas l'autre

nous nous sentions si transparents


Respirions-nous enfin le monde

ses vérités sans poids que retient seul un corps ouvert à sa fatigue


ou étions nous déjà

à des bleus  de la vie?



II


Nous n'invitions jamais la puissance des choses

et l'essor des objets ne nous atteignait pas


Pourtant le temps passait avec ses nuages lourds

    ses vents de frais soleil qui germent les labours
         ses peurs tremblant au bord des chiens
            La mort ne l'était pas dans notre ciel sans dieux

Parce que tout était simple

                  tout était mystérieux

III



Nous cherchions des routes  plus graves

        et folles de leur ciel si bleu
     
Sous nos pieds

la charpente des pierres


A peine si certaines écartant cette croute

               nous entendaient passer


Puis les Rias de foudre

         où le vent blanchissait un parfum de charogne
et je te regardais

trébuchant dans ta voix joyeuse d'autres sels

le visage accueillant sans armes les embruns


Combien de paysages avions nous écornés

pour empoigner enfin

           à force d'horizons

l'autre côté du voir


l'eau calme de l'insu



IV

    Au bord des chemins d'eau
                             si blancs que l'on croirait qu'ils sont de pierre
                                               nous marchions sans bruit
    La terre était comme une barque tiède après la pluie             Un ciel étrange et brun s'allumait sous nos pas
                                          de mille et mille fleurs
                            partout le vent se tissait à la lueur
                       
                        Etions-nous déjà la courbe prochaine
                                     la fin de nacre vert qui n'en finirait pas
                           d'irriguer le labour des flammes souterraines?


V




D'avant-hiver nous aimions l'usure des tissus
une certaine qualité de lumière
nous en cherchions toujours l'infinie floraison
sur les feuilles anciennes
la saveur d'un temps qui ne nous pressait pas.

Quand l'air trop vif avait tourné la tête
les voix semblaient plus fraîches
plus jeune le ruisseau dont nous longions les berges sous l'automne.

Ce froid cloué aux yeux nous déchirait de nous
nul espoir
nulle peine
juste le pas léger entre les fauchées d'herbe

Jaillie des pierres lourdes dressées sur son flanc
loin du bruit du soleil
l'arche nous attendait

Oserions-nous marcher sur ses pavés d'eau sourde
emprunter le revers

gravir la dague d'ombre et son poids qui s'abstient ?

Lâcher prise?



VI



Il y avait de la mélisse dans les champs
d'un bleu intense
et son parfum de menthe qui déchirait la gorge
   dans notre dos soudain
l'envol d'une poule faisane

       si lourd dans son vêtement de fugue

Mourir est ainsi fait

   de branches écachées pour un ciel plein de cendres


Il y avait le fer du bouillon blanc

         monté en graine un peu de vent
sur le sable défait

nos traces enfoncées au grand peuple des traces


L'été s'usait
    insensible aux prières

VII
Des jours qui rallongeaient
   nous devinions les chevilles frêles
   un galop qui tremblait
limpide
 au bord des toits




Le ciel grinchait parfois d'une fenêtre à l'autre

semant
comme on murmure

                  à bout portant
les plaies avant l'histoire 


Mais la vieille maison aux pierres sans trahir
  se moquait bien des vents d'hiver
ses murs ne se rendaient qu'au mufle de lumière


Nous restions silencieux
comme pour protéger dans cette cendre-là
       ce qui s'était éteint à force de paroles

Avec ses mains de rompre
   le soleil enfouira le maussade et le gris
  de son eau rincera les ombres mal-aimées


Bientôt les dieux

                   aux lèvres closes
                                sur la fleur !

VIII


Du vieux banc de chêne au bord de la colline
nous regardions couler l'usure d'un chemin

        voix jetées contre sol
    vers une mince brêche. Nous étions gais de peu
l'arôme encore vivant des pommes en cidre d'herbe
    la lampe de vin d'or, carré, puisant aux murs
l'impassible lenteur
        que la cour opposait aux nuages


Il faisait froid

le vent

            a   séparé
quelque chose de nous

Nos yeux enfuis

    déjà
        tâchés du flanc des bêtes aux foulées d’armoises
  que rattrapait la soif des pièges dépliés
 
Nos ombres affaiblies

enchâssés dans le gris
           en étions-nous la pierre encore pleine?


Et s'il était ailleurs un autre hiver
un feu de mille feuilles orphelin de nos coeurs
un bateau s'en allant chargé de mille ports?
IX
Nous reviendrons
le coeur empli de mots qui marchent
les bras ouverts en guise de présage
nos sandales légères n'écraseront pas la nuit

Nous vous raconterons

la traîne de parfum qui soutenait nos pas vers l'aube fraîche encore
les chaumes ruisselants au détour des forêts
quand un galop se perd
et cherche sa dérive

le lait noir qui coulait des paroles de pierre dans les vieux cairns voûtésles îles dont les lèvres taisent les marées

Nous reviendrons
le coeur empli de mots qui marchent









jeudi 10 octobre 2013

Ô singulier choisir



O singulier choisir
       
Ici

   est le bord du monde
        il ne manque que l’envie
de sauter


mercredi 9 octobre 2013

Vers l'âpreté le reg



Vers l’âpreté le reg vers le sec
le sans mot
le son primal peut-être
je vais aux rêves aériens
gommer le bruit de fond
et laisser à mes lèvres remonter le poème
les feuilles éparpillées cognent déjà la rue de fraîcheur argentine
le vent porte une odeur froncée comme un carreau
dans ses plis détendus que le soleil écarte j’entends
le raccourci violent du cortège de freins

Quelqu’un au carrefour conscience béate en son dernier sommeil

pas tout à fait ouvert
paupières sourdes lèvres bambou
un petit intervalle de chair qui se plisse entre deux baîllements
le bambou est une mauvaise herbe dit-on
mais sur sa bouche à lui
il ne pousse pas de panda
juste un profond ennui
Vers l’âpreté le raide vers les mots le sens sec

de papier de cartons de tiroirs d’hypothèques
vers leurs claviers dociles qui ne transcriront pas les mouvements de l’âme
nostalgie nostalgie des plumes sergent major
dont le pas voluptueux les pleins et les déliés racontaient en pudeur
distraction attention plis et replis du coeur
vers l'âpreté le raide
ils vont
les caps oraux franchis depuis longtemps
on se parle en virtuel
on s’amour MSN messenger

Dessiner un menu surprise au naturel

confifugue un peu trouble
je n’écumerai pas la buée en cortège

mardi 8 octobre 2013

L'es-tu, paumée?





Parfois je me demande
si la feuille d'une laitue bien pommée
ne serait pas la représentation la plus fidèle
de l'Univers.


lundi 7 octobre 2013

Un finiment






On dirait que la peur s’est abattue sur l’herbe
Elle a vieilli d’un coup


chene-de-neige.jpg

Aussi loin que l’on voit
On sent la terre pauvre à l’épreuve attachée
Un refus de mourir que les brins harnachés
Portent d’une ferveur toronnée par le froid

Cette eau blanche et durcie
que m’a porté la nuit
a-t-elle été témoin
d’événements infimes au  bombé des nuages ?

Le ciel est sans émois

Lumière intense
aveuglante
l'ombre ne viendra plus sous les pins parasol


Il reste encore des pommes en ce brouillard de lait
et ce rouge pimpant qui bat sous ma fenêtre

le trouvent-elles ?
Dans un finiment
qui m’échappe à jamais ?




dimanche 6 octobre 2013

Entité



A quoi servent les rêves
    ces écarts que l’on fait à part soi dans la nuit
       lorsque s’épuise la
lumière au coin d’une fenêtre


Ca fait presque pas mal

    mais je la sens qui bouge et voudrait éclater
le carcan de ses manques

Mémoire
    galeries disjointes

Le corps tombe

d’un
seul
coup

Alors

elle
s’élève
doucement
horizontale
        rejoint l'oublié loin

Là bas fontaine un ciel tout empli de pardons

    où la vie se prépare à d'autres forteresses
            je la sais qui se cherche une autre chair à vivre
    et quand je me réveille et qu’elle est revenue
    ça fait presque pas mal mais
je sens
    que ce chemin de nuit au delà des cloisons
a trouvé conclusion presque désespérée
dans l’inconnue
que suis



samedi 5 octobre 2013

Âme ouverte aux possibles





Âme ouverte aux possibles, arbre, saisons emboitées.


J’aime les chants de la non précision de la non insistance


Les rêves dissipés de trop de lumière

s’échouent de lassitude et vont se
fracasser
Il leur faut le néant

ses ombres indécises

caresses de sépia et de terre brûlée

un souvenir qui dort en attendant la pluie


au loin des taches floues

mélodies apaisées

trois dièzes à la clef pour s’envoler au vent


©  RSSLK


vendredi 4 octobre 2013

Pas de sens


Il n'y a pas d'essence
    Et de
sens
        Ni d'envers ni d'endroit.
Tout est rien et dicible.
            l'inconnu me presse, l'impossible
    Lace mes
rêves
et tisse
        Des idées métisses
Aux rivages Indiens matinés africains




© RSSLK

jeudi 3 octobre 2013

Le pays sans arbres



Nous avions marché des heures
d’abord à quatre pattes
puis courbés puis debouts
tenté de parler l'arbre
mais nous n'avions compris que
la langue des ronces ou celle des orties



Il y avait eu
la vie aphone quand on passait
elle reprenait très vite derrière nos épaules
les gazouillis les cris les sauts dans les branchages
les troupeaux de brebis qui regagnaient l'alpage
et puis le temps aidant
seul le silence se réveillait du silence

On s’asseyait alors pour dire que c’était
beau
personne ne croyait plus que nous étions sincères
nous ramassions des pierres des fruits quelques bouquets


Tout à coup
le vent a comblé cet espace entre le vert et nous
un grand vent sans virages
et là devant nos yeux
sur un couchis de craie
tout avait été dit la craie ne voulait plus qu’on la tourne en bâton
le ciel ne voulait plus qu’on cherche à l’inventer avec ce bleu si blanc qui nimbe le soleil

Et là devant nos yeux
sans feuilles sans racines sans chair où s’appuyer
blancs comme des tendons
là juste devant nos yeux
les restes du pays
sans arbres.



 Magnifiques photos du désert blanc Egyptien

J'ai traversé deux fois les deux régions suivantes. Dire si revoir ces paysages et aussi ces visages enturbannés pour affonter le vent et le sable...




Quand vous ouvrirez la page
attendez un peu ( quelques secondes) un magnifique diaporama se trouve à droite de l'écran dont on peut grossir les photos
si vous avez le temps
c'est superbe...

mercredi 2 octobre 2013

Aria en jaune et bleu




vincent-variation-jaune-et-bleue.jpg


Entre deux haies de jour, l’été serait fini ?
Une rumeur d’épeautre
achève de courir

Partir

Tout au bout de l’automne
rencontrer cette autre
à la vie décousue qui s’est appelée
Viens
cueillir tes maintenant tes ici tes regrets


Un jour on ouvrira mes bagages
on ouvrira mes yeux et ma bouche et mon cœur
on y découvrira le temps coagulé aux couleurs de l'hiver
et le gris des marées
j’aurai de la douceur
ou de l’âpre connus au cours de mes voyages
oublié pour toujours les noms, les lieux, les charmes
j’aurai posé mes larmes
et on m’aura dit " Oui,  c’est la bonne question ! "

Rien ne vaut un jardin
rien ne vaut un automne
si roux et si puissant qu’on voudrait y mourir
y embraser les feuilles avant qu’elles ne s’étonnent

Une rumeur d’épeautre a cessé de courir
Le ciel ne me doit rien


Toile de Vincent Van Gogh
A mon Ami Jean- Pierre Crespin


mardi 1 octobre 2013

L'eau de l'eau


Je me suis arrêtée

Arbre dis moi ton
nom!

L’arbre m’a regardée
"Pas de morts.... Il n’y a pas de morts à porter aujourd’hui
mon nom n’a pas de nom"

Je me suis arrêtée

Herbe dis moi ton nom

L'herbe ma regardée
" Pas d’unique... Il n'y a pas d'unique à surgir aujourd’hui
Mon nom est cent issu"

C’est là que je l’ai vu


Les pieds collés dans l’eau
il
portait
un chapeau
il a levé la tête sans cesser d’essorer
je me suis approchée
mais était-ce bien moi vers cet événement?

Je me suis appelée

moi aussi me dit-il
et personne ne répond, pas vrai ?

Que faites vous vieillard ?


Je vide le sens des mots

j’ai commencé par l’herbe
Je continue avec caillou
et finirai par
l’eau

jeudi 26 septembre 2013

Mon tout petit village






Aux débuts des côteaux
mon village tu ne le connais pas
?

Attends, je vais te le décrire, c'est un peu important

                                                si tu veux.

D'abord il pleut

souvent
parce qu'il y a plein de gens qui ne se connaissent pas
des vieilles dames solennelles et des gars en 4/4
ils vivent les uns à côté des autres comme si c'était une invention

Et puis les maisons à peu près toutes pareilles
une ou deux fermes traditionnelles
de la vigne partout
ouverte sur le ventre par des chemins de graves qui basculent tout d'un coup  
dans le noir des forêts
     
    il n'y a pas trop de bruit
dépend du vent
    comment il creuse l'espace
 
juste derrière chez moi
mais c'est pas important
on le dira plus tard

    Plein de jardins coquets
    le mien n'en fait pas partie il pousse à l'abandon
    hors des pots
    déjà il pousse en vert et ce n'est pas si mal
  

Par dessus la misère de l'église

au bord de la Garonne
une corneille pose la lampe de son plumage
elle ne crie plus depuis sa grand-mère
il n'y a pas de bateaux
qui pourrait-elle avertir du soleil
à l'autre bout dans le cingle du fleuve?

    Quand le soir vient mendier la lumière du dedans
        le village se renverse tout seul
            et dans le sombre sur le côté des routes
                            il ne reste que de l'étrange à raconter



jeudi 12 septembre 2013

Pain de montagne





Oh ce pain des montagnes
chaleur du four encore
    toute proche

De sa mie brume douce un parfum que les mots
            impossiblent
Seule ma langue
        contre la vôtre
    pourrait vous faire goûter la douleur de trancher
        au cœur blanc et mouillé la longue flamme blonde
et le geste amoureux qui résonne la pâte


Regarde
            les reliefs coupants
presque brûlés
leurs pentes assagies
    le fin dessin des routes
            on peut trouver repos sur sa croûte



dimanche 8 septembre 2013

Le concerto en la majeur BWV 1055 pour hautbois d'amour, cordes et continuo de Jean Sébastien Bach






Le concerto en la majeur BWV 1055
pour hautbois d'amour, cordes et continuo
de Jean Sébastien Bach





Tant de beauté, tant de talent et d'humilité devant l'oeuvre à servir consolent ...







jeudi 5 septembre 2013

Mélisse




Il y avait de la mélisse dans les champs
d'un bleu intense
et son parfum de menthe qui déchirait la gorge
   dans notre dos soudain
l'envol d'une poule faisane

       si lourd dans son vêtement de fugue

Mourir est ainsi fait

   de branches écachées pour un ciel plein de cendres


Il y avait le fer du bouillon blanc

         monté en graine un peu de vent
sur le sable défait

nos traces enfoncées au grand peuple des traces


L'été s'usait
    insensible aux prières


Tout nous laissait tremblants et souffle court

furtive est la beauté...








vendredi 30 août 2013

Alquezar



La plaza d'Alquezar en pays d'Aragon
Est douce du silence que le soleil étend
A l'heure de la sieste au creux des grands canyons
Suspendus en draps rouges plissés par le vent.

L'ancienne collégiale au grand piton perchée
D'une rousseur dorée captive le regard
Sur l'à-pic surplombé s'amusent des lézards
Funambules joyeux dans le vide défié.

Le labyrinthe d'ombre des petites rues
Court aux faîtes voussés des églises jumelles,
Campaniles pensifs dans l'attente irréelle
De conquérants possibles et jamais venus.

La plaza d'Alquezar rutile de senteurs
Les mures sauvageonnes à l'olive mélée.
Les fontaines timides s'écoulent de fleurs
Dont les pétales humides embaument les pavés.

Au sommet des remparts ceignant la citadelle
En se penchant un peu on devine courant
Sous un vieux pont de buis la turquoise rebelle
De l'eau de la montagne, fraicheur de serpent.

Les vautours géomètres encerclent le ciel bleu.
La brise de leurs ailes n' émeut plus les pierres
Ils voient de tout la haut que tout n'est que poussière.
Ils attendent leur heure. L'été est paresseux.
  
 

vendredi 16 août 2013

Un réel à nourrir






Elle crie toujours à la même heure

un cri flûté qui semble être juché sur chacun des arbres

et nous errons dans cette nuit à peine sombre

sans jamais la trouver


Nous voit-elle l'effraie

tachant et gris sur le chemin qu'à peine

effleure un rai d'étoiles que le vent balaie

de ses flammes chataînes?


Nous savons bien qu'elle joue

à épier de ses yeux aussi grands que le ciel

la berne de nos gestes essayant de percer

les secrets des fourrés et des branches bleuies


Ainsi va notre vie

attirée par des cris venus de nulle part

et qui se donne peine avant de repartir

avec au creux de l'âme un réel à nourrir




samedi 29 juin 2013

Sur la route de Rodellar




Sur la route de Rodellar, vers le rio Vero

On n'en finissait pas de serpenter dans l'ombre bleutée des ifs et des sapins
puis la montagne était tombée
laissant la place à quelque chose de plus mystérieux et fuyant
sans arêtes ni
vacarme
des buissons de genets
figuiers de barbarie et partout des collines couvertes d'oliviers
cela montait descendait on n'en voyait pas la fin
la route se faisait à chaque fois plus étroite et bordée par moments des deux côtés par un précipice.

Les arbres y poussent presque à l’horizontale
dans les lignes droites
rares
on croirait rouler sur le rostre d’un poisson-scie.

Il fait nuit. Tout est fragile et beau.

Nous roulons lentement
le souvenir des animaux sauvages débouchant des talus et traversant la route, tranquilles dans le faisceau des phares s’ouvre à l’intérieur de nous.

Un renard un marcassin un serpent une chouette au vol lourd
comme collée au vent
son reflet s'accroche au brillant du macadam puis s'efface

Nous nous rappelons sur la gauche une aire arrondie
complètement nue de végétation
l’endroit sans doute le plus accessible aux ondes car toute la région s’y donnait rendez-vous pour téléphoner
c’était comme surnaturel et complètement ridicule
ces gens avec leur portable tournant en carrousel.

L’air est très pur frais presque froid
chaque goulée porte avec elle des parfums de râpe d’olive
de serpolet ou de thym
de pinède et de terre brûlée.

Pas une lumière pour échancrer la peau du lieu
on dirait qu’il contient tous les autres il suffit de fermer les yeux
- il était une fois tu sais on n’a pas besoin de grand chose -
juste une nuit très pure et laisser le corps rêver

On n’arrive même plus à imaginer que quoi que soit d'autre existe que cet espace vide et presque circulaire qui surplombe les canyons
les vagues de reliefs tout autour embaument le mois d’aout
où sont passés les empilements de choses ?
Avalés par ce ciel dans lequel les étoiles
saillantes ou estompées

Là bas au plus profond de la nuit
dans le ciel d’Aragon quelque chose a bougé
quelque chose ou quelqu’un
se déplie lentement des postures racornies depuis des millions d’années puis se lève en laissant derrière lui
un immense trou noir
on se sent à l’écart de soi
à distance d'un temps que l’on croyait connaître
le ciel
dans sa justesse
cela vient vers nous
un peu voûté lumineux
sans regard ou

au contraire

Nous avons goûté aux pierres épineuses de sa paume venue
de si loin
traversé avec lui maille après maille ces grillages qui empêchent la lumière
et le temps d'écouter
sa tristesse chiffonnée comme un tissu passé
semblait surgir en vrac du fond d'un vieil osier
il parlait
il nous a rescapé
et posé doucement
longtemps après le miel qui montait de l'aurore

On nous a dit
dans le village
que nous avions - c'était chose exceptionnelle-
vu la Constellation du
Pauvre






dimanche 23 juin 2013

Etapes * 1 *


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Pierre se pencha par-dessus la muraille
de Saint-Macaire.
Il faisait presque froid.
Au loin, le peu de vie perceptible semblait sortir de nulle part pour y retourner aussitôt.


L'enchevêtrement des herbes dissimulait à peine la terre pâteuse de trop de pluie et de fleuve.
Combien de vies éteintes sous la surface ondulante et si verte?

 Il lui faudrait dans la semaine s'assurer de la sécurité des quelques familles de voyageurs installées dans la boue, entre de maigres murs de tôle à quelques encablures de son église.

Autrefois ces champs abandonnés avaient résonné de la gaieté des semailles et des foins.
Il se souvenait de ces fins de journée charpentées de bonne fatigue,
quand les femmes insouciantes de leurs mains griffées avaient à coeur de remettre de l'ordre dans les coiffes de broderie anglaise.
Il voyait comme hier les cadichonnes à col carré, les jupes bleues ou les gilets de velours assortis aux canotiers de paille.

Prélude aux danses du soir et aux labours heureux.

Chez lui, dans cette Sardaigne si tôt quittée, la terre était pauvre et sèche.
Le vent de la mer toute proche,  les orages de neige en hiver qui laminaient les reliefs, le soleil brûlant presque six mois par an forçaient chacun à la lenteur et à la révolte. Même les plantes grondaient comme des fauves au moindre arrachement.

Sous
les couleurs luxuriantes des habits et des murs, la crainte pudique d'une maigre récolte se dilatait comme la lèpre.

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Pierre n'aurait su dire ce que lui inspiraient le silence alentour et le mélange des teintes crues de la nature en cette fin de printemps. Quelque chose se tramait dont le vent était le messager.
Un coup de vent. Cela n'arrivait pas qu'aux autres.

Les tiges de raisin d'Amérique balançaient leurs grappes mûres, prêtes à répandre à des lieues à la ronde leur peste étouffante et trop haute pour cette région de limons et de vignes.

Il se pencha davantage encore.
Le billet laissé par un fidèle et posé quelques instants plus tôt sur le muret tombait maintenant comme feuille morte  vers les douves nappées de mousse dont les parfums musqués remontaient jusqu'à lui.
Tout cela semblait si lent et inutile. La vie.

Cette chute le soulageait, au fond.
C'aurait pu être lui, flottant entre deux mondes avant de s'échouer.
Dans son dos, il sentait la chaleur des pierres de son église.
C'était dit. Il serait le héros oublié de l'histoire.
Celui qui avait aimé laisser s'envoler un billet.


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