mardi 8 janvier 2013

Contes de la rivière aux loups * 1 *




Les contes de la Rivière aux Loups sont le fruit d'une recherche passionnée et passionnante dans les chemins que marchaient, pieds nus et sans violence, mes ancêtres Cheyenne. Ma bisaïeule était Cheyenne de Chicoutimi. Souvent je pense à elle, lui parle... Lui confie mes peines et chagrins, mes étonnements ou mes colères. J'essaie de devenir aussi sage qu'elle l'était. Pas facile...
Voici ce qu'en retour elle m'a raconté sur une lunaison...

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- Fille de Chicoutimi, raconte-moi encore le grand ballet des loups là-bas sur la banquise.

- Assieds-toi, mon enfant et ouvre tes oreilles.
Il y a bien longtemps, l’homme ne possédait pas comme nous un visage. Selon l’heure du jour, il était homme-cerf, homme-loutre, homme-oiseau. Mais le monde d’alors...

- Mais le monde d’alors, Mère, dis-moi...

- Sois silencieuse, enfant, le monde se déroule si lentement.
Et ma mémoire aussi. Il me faut trouver mots pour venir jusqu’à toi. Le monde d’alors était cruel, tout autant qu’aujourd’hui. Et habité de monstres qui mangeaient les hommes.

Vois-tu le grand drap noir qui recouvre la Terre ce soir ?
Vois-tu ces yeux qui brillent ?
Je te raconterai, ce sont les yeux des loups.

Un jour ils descendirent et tuèrent les monstres.
Puis ils apprirent aux hommes à quitter tous leurs masques, à oser se pencher dans l’eau de la rivière, à se regarder nus.

- Ils ont dû avoir peur de se sentir si nus ?

- Oui, enfant, car laisser tomber ainsi les masques, découvrir la vraie peau n’est pas chose aisée.
Mais c’est en affrontant son reflet nu dans l’eau
que l’on devient guerrier.

Les loups savaient cela.
Ils ramassèrent au sol les restes encore chauds des monstres pourchassés
en tissèrent l’Indien, le Premier
et remplirent son corps du sang d’un jeune Loup,
le plus brave, le plus fier, le plus guerrier de tous.

- Et après?

- Patience…

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