mardi 8 janvier 2013

Contes de la rivière aux Loups * 6 *


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- Mère, j’ai froid ce soir, et rien ne me réchauffe, ni le feu, ni les peaux de bêtes.
- Peut-être devrais-tu te réchauffer à l’idée que tu vis ? Et en être simplement satisfaite. La vie n’a pas de prix. Ce qu’elle t’apporte.  Ecoute enfant…
Il y a bien longtemps coyote  vivait dans la forêt près de la rivière aux Loups.  La forêt était en cette fin d’été recouverte de buissons, de fleurs tapis de sol et chantante de l’odeur du miel. Loup, qui savait qu’il faut économiser les forces durant la saison chaude, restait au calme sous un grand sapin. Mais coyote s’agitait jusqu’à perdre l’eau de sa langue et de ses yeux puis de tout son corps.

- Quel poids que cette fourrure, c’est elle qui me tient chaud.

- Tu n’as qu’à te déshabiller d’elle, répondit le loup agacé par ce remue-ménage et pressé d’éprouver l’intelligence son compagnon.
- Ca, c’est une idée d’ami, répondit le coyote.

Sitôt dit, sitôt fait,

par les bras et par les pieds
il retire sa pelisse
la pose sur le sol
et sur elle heureux s’assied.

Pas pour longtemps.


Le voici pris

de frénésie
de mouvement.
Si heureux qu’il court et saute partout léger comme un flocon qui vient de naître et ne s’apercevant pas, dans ses bondissements, que la nuit tombe, avec ses petits glaçons cachés.

La première nuit, il pelotonne sa peau nue contre la fourrure chaude du loup, bien mécontent de cette soudaine proximité.
Au bout de trois nuits, Automne qui n’a fait que passer s’en est allé piteux, ramassant à grand peine son habit rouge, et Hiver s’installe avec son costume blanc, sa pipe de bruyère et son regard bleuté.
- Te souviens-tu du rocher où j’ai laissé ma fourrure ?
- Pas loin d’ici, répond le loup. Mais attention, ce que la vie te donne, tu n’aurais pas dû t’en débarrasser aussi légèrement. Et si tu l’as rendu à la vie, cela m’étonnerait  qu’elle t’en fasse une seconde fois cadeau.
Hélas, le rocher sur lequel il avait posé sa pelisse se déplace au fur et à mesure qu’il s’en approche
Et voilà coyote qui court derrière sa peau, posée sur un rocher bien content de l’aubaine qui dévale les pentes, les sentiers, puis finit par lui échapper.
Depuis, son regard est devenu méfiant et si sa fourrure lui a été retrouvée par le loup dévoué, c’est bien abîmée.
Vois-tu enfant, ce que la vie te donne chaque jour, peine ou joie, c’est une fourrure. Prends en soin. C’est elle qui te protègera.


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