mardi 8 janvier 2013

Contes de la rivière aux Loups * 8 *


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- Dis-moi, Mère, comment s’agrandit la tribu?

- Au début du printemps, quand la glace sur la mer craquelle ses cris,
Premier regardait première dont le ventre s'arrondissait chaque jour davantage.
- Femme, tu manges trop de poisson, tu vas éclater.

Et Première qui ne comprenait pas ce qui lui arrivait cessa deux jours et deux soirs durant de manger.
Le troisième soir, elle posa sur son ventre la main de l’Epoux et lui dit


- Sens, je ne mange pas et pourtant, un poisson est coincé. Il bouge et tourne et glisse comme si mon ventre du dedans était devenu son eau.

Etonné de ce prodige, Premier autorisa Première à manger de nouveau, et, constatant chaque soir que le ventre devenait plus rond, dit:

- Bientôt il n’y aura plus de place dans le tipi, je vais en construire un autre, ton ventre mange tout l’espace.

Les louves veillaient.
Et un matin, sentant l’événement proche,
elles entourèrent Première,
l’aidèrent à s’accroupir,
comme il doit se faire
pour que la tête de l’enfant touche la Terre
qui portera ses pas.
Premier était affolé. Quand il eut vu que le nouveau-né était fait à son image, il alla cacher ses larmes dans la forêt, rempli d’un sentiment de joie et de dénuement.

Pendant ce temps...
- Pendant ce temps...?
- Quand Premier revint de la forêt qui avait accueilli ses larmes il vit son enfant que les louves léchaient encore.
Langue-sage coupa cette natte de chair nacrée qui le reliait encore au ventre coquillage de sa mère.

Il convient maintenant,

dit Loup, de fabriquer un talisman
et d’y loger ce cordon blanc
afin d’attirer toujours sur l’enfant
la bienveillance des éléments.

Que l’Eau lui offre fraîcheur de l’esprit
Que Feu lui donne force et vaillance
Que vent lui accorde bon chemin.

Du museau Croupe-Heureuse poussa l’enfant et la mère l’un vers l’autre. A travers l’épaisseur des fourrures commençait à poindre le parfum du lait, doux comme le suc de l’arbre rouge.
Nez froncé, lèvres goulues, celui que l’on avait nommé Muk-A-Tah Mish,  Faucon Noir, s’endormit vite sous le regard de sa mère  qui se sentait devenir fauve parmi les fauves.
Premier et Loup créèrent le premier berceau

Sur une  planche de bois flotté par des années de tempêtes sur la mer
ils attachèrent neuf arceaux
du plus souple roseau
et garnirent le tout
de tissus si doux
que le regard de Premier sur Première
aurait pu en prendre ombrage
Maintenant il convient de glisser autour de son cou l’amulette gardienne de ses nuits, ses combats, et ses rêves.
Premier et
Première ne dormirent pas cette nuit-là.
Le ciel était neuf pour eux, rempli d’inquiétudes et de joies.


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