mardi 8 janvier 2013

l'enfant caché




Je déteste le bruit de vos yeux sur mes rides
    la suave déférence à ne pas bousculer
        mon corps amenuisé déjà au bord du vide
je voudrais reculer
        revenir sur mes pas sans effrayer
la rose
    attendre que se pose
le temps qui m’est compté
Je n’ai voulu dompter
    le chemin qui marchait juste devant mes choix
        ma peau est chiffonnée tout autour de ma voix
et mes mains qui savaient creuser le bas du ciel
    si vous saviez le miel
qu’elles ont touché parfois
Si vous preniez le temps au lieu de léviter
        d’une urgence à une autre
si au lieu d’imiter
           vos maîtres à dé-penser
si vous ensemenciez
    vos lèvres d’un soleil aussi roux que la nuit
        je vous dirais «  Et puis… »
Je vous raconterais l’ensérieux qui recouvre
    Enfants,
        vos Je perdus
je vous raconterais comment un vieux front s’ouvre
    et se lissent les plis et s’écartent les chairs et les os et le temps
            et les beaux fruits mordus
Je vous dirais surtout de rester dans l’enfance
d'aimer vos contusions
    vos plaies et vos brûlures
de caresser toujours les mille façons du corps
Oubliés ces outils qui redressent les chutes
        comme vous de mes mains j’ai construit bien des huttes
    et déchiré ma peau aux pierres de l’usance
il est si loin ce temps
Je déteste le bruit de vos yeux sur ma vie
        c’est un vieux bruit rouillé
    juste bon à fouiller
ma grise chevelure
à essorer vos peurs et croire vos envies

Derrière mes paupières par le temps flétries
    je ne suis qu’un enfant
        mais je sais tant de choses
que vous ne savez plus
            il suffirait d'un mot pour que l'enfant reclus
vous offre ses bouquets de mondes enfouis
Ne les enfermez pas aux tristes pellicules
où se fige la vie et brise la mémoire
Fermez un peu les yeux vous ne devez pas voir
        ma danse de recule
vers mes joyeux débuts
           je veux juste partir sans effrayer la rose

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