dimanche 17 mars 2013

Chagrins de paille









Tu ne sais plus pleurer
    ces chagrins de
paille où l’enfant se berce
        étonné de ses larmes et presque joyeux
    du pauvre caillou qui a défait le cercle
         

Tu ne sais plus pleurer
        en aimant la beauté de tes gouttes

tandis que le vent couche
            sur tes joues qu’un rien tremble
    une langue de sel

Surtout
        marée du pauvre
            ces mains sur tes cheveux
comme une eau sale et sombre
et toi pensant
rageuse

la plante seule console la feuille dans la feuille

Tu ne sais plus pleurer
mais
as-tu jamais osé ?





La blessure







Nous revenions
le coeur empli de mots qui marchent
les bras ouverts en guise de présage
nos sandales légères n'écrasaient pas la nuit

Ils n'entendirent pas
mes chemins de Gascogne aux vignes dépeuplées
le temps qui bourdonnait dans la petite mer
ces vies que l'on ramène du brouillard de sel

Que ça fait mal avoir laissé



Un jour
vous conterai

la traîne de parfum qui soutenait nos pas vers l'aube fraîche encore
les chaumes ruisselants au détour des forêts
quand un galop se perd
et cherche sa dérive

le lait noir qui coulait des paroles de pierre dans les vieux cairns voûtésles îles dont les lèvres taisent les marées

Nous revenons
le coeur empli de mots qui marchent







Le temps qui passe

 




temps-qui-passe.jpg


Quelque chose vient de me frapper
douloureux et doux comme un nuage
que découpe
le tout dernier soleil fragile déjà noyé

il suffit d'un rien pour...
Ce matin je me suis attendue d'une pièce à l'autre.
Un rien m'a fait sentir à quel point le vieillir n’est pas question de temps mais d’espace franchi
sable

Le jardin Féerique de Maurice RAVEL



La vie les vieux habits

 
la-vie-les-.habits1.jpg

La vie les vieux habits
solitude une averse un orage marche à l'ombre
avant de trouver mesure
le corps
espace étroit
 
Un accroc par-ci une déchirure par-là
tout se remplace si vite
un jour on sait traduire ce qui traine dans les poches
ces quelques verbes


Soin
la bonne taille

Ouverture sur la peau
les tissus ont souffert de temps de malentendus

C'est comment l'intérieur?

Pour se perdre !

Puis la paresse
ou l'heureon aime le coton et les toiles sans apprêt
moins envie de convaincre c'est si beau de sentir
le vent qui s'engouffre dans une chemise écartelée comme une voile

La vie les vieux habits cela s'use lentement
et devient transparentmais si doux au toucher


samedi 16 mars 2013

Viendra l'heure des oiseaux



Hier les grues ont allongé au-dessus des toits
        leur tribu de cris ronds
Avaient-elles mal?

Ou la joie d'un soleil?


J'imaginais déjà les rives d'autres Nils
et les nuages creusés de tant d'érudition
j'imaginais le pied bruni
du ciel au pas des cases
les rires des enfants
jouant tout droit
tenant au creux des paumes
un peu du jour
qui tombe



Il n'y a plus de vent
ce matin
ni de soleil ni de moulins
perchés sur les labours
il n'y aura plus de chants d'oiseaux
fragiles cruautés pour le lierre mourant

prends soin
de leur absence
prends soin 


N'éteins jamais les eaux
les calmes eaux rêvant d’un oiseau qui se pose
   et tire de la boue sa faim née depuis l'aube




La fin de l'attente




La fin de l'attente est tellement sonnée

qu'elle peine à se relever!



Tout ça pour ça se dit-elle

tout ça pour ce creux qui ne fait même pas mal

pour cet oubli qui pèse moins qu'une mouche

pour le regard surpris de la couleur du monde.




On voudrait lui dire que les heures

passées à se mort-fondre en douce

auront servi à quelque chose

on voudrait l'attraper par la main

serrer contre nous cet aria familier

lui dire " Viens, on va prendre un verre

discuter en souriant de tes intensément furieusement rageusement piteusement

qui définissent encore ( pour nous ) ce qui t'habillait ( de peu) "


Mais elle ressemble tant déjà à ce qu'elle éprouve...


De ce qui fut si proche de la chair

de ce qui cinglait l'âme  il ne reste qu'une ombre

et nous nous séparons

sans victoire ni regret


Monnaie de temps





L'horloge crache au mur

sa monnaie de secondes.

Elle me sait
impuissante à calmer ce bruit sec qui essaie
de me faire tomber
comme tombe l'air pur
au soir pour effacer
les traces de nos pas nos baisers nos murmures
.

Midi peuple les rues d'absence et de silence

et la grisaille même se tient retenue

contre ce bleu des nues

dont nous n'espérons plus que l'éparse présence
.

Un train passe.
Avec lui le regret

de ces lieux qui toujours s'ignoreront de loin


Sur la table le pain

l'eau qui fraîchit le verre et l'adieu déjà prêt

alors que tu reviens...





Le vent, rien que...



Toile de Claude Cordier

Au Château de Malagar, à deux pas de chez nous, François Mauriac aimait à venir méditer dans un des angles de son jardin surplombant la vallée. Un coin venteux et rude...



les-20veilleurs-v.jpg
Le vent
    rien que le vent
        rancoeurs forcies à l’ombre des charmilles
    les grands pins noirs le vent
derrière nous, calme,
 
le temps
Dans les arbres nus
qui aiguisera les chants ?
l'automne est si grave.


Du vieux banc de chêne au bord de la colline
nous regardions couler l'usure d'un chemin

        voix jetées contre sol
    vers une mince brêche. Nous étions gais de peu
l'arôme encore vivant des pommes en cidre d'herbe
    la lampe de vin d'or, carré, puisant aux murs
l'impassible lenteur
        que la cour opposait aux nuages


Il faisait froid
le vent
            a   séparé
quelque chose de nous
en nous peut-être?

Nos yeux enfuis

    déjà
        tâchés du flanc des bêtes aux foulées d’armoises
  que rattrapait la soif des pièges dépliés
 
Nos ombres affaiblies

enchâssés dans le gris
           en étions-nous la pierre encore pleine?


Et s'il était ailleurs un autre hiver
un feu de mille feuilles orphelin de nos coeurs
un bateau s'en allant chargé de mille ports?



Verdi Dies Irae

Les mains de ceux qui espèrent




Durer-mains-en-priere.jpg



L
es mains de ceux qui espèrent
...
Rien de plus que cette espérance.

Certains livres racontent " La main que tu ne peux trancher, baise-la "
je ne crois que cela puisse être longtemps accepté.

Je ne crois qu'en la musique des sources
quand l'eau recherche l'eau
et puis une autre encore
jusqu'à éteindre le feu des soifs.



          

Au passage le temps





Au passage le temps

    goutte à goutte sans escale sans bruit
        me caresse la joue les soirs d’incubaison
    au passage le temps
        ses mots en éventail sur le pourtour des yeux
la peau qui transparence à débusquer le je
      

Etre un grand arbre blanc
        sur la route immobile épluchée par le vent
    attendre jusqu’à mille

Au passage le temps
    de plus en plus souvent un poids neuf inconnu
énigme tous mes gestes


    Entre deux huis
furtives
        les choses d'autrefois
       il reste quelques taches
l’imprononcé de l’être

Elle rêve un chemin qui s’ouvrirait tout seul
        une improvisation taillée crue dans le vert
  ou se perdre à plaisir
        des portes tout du long
trois dièzes à la clef pour s'envoler au vent
 

Sur le visage nu
emportées par la brise
des voix lui parlent sans urgence
au lointain
le jour
puis


Toulenne, 11 avril 2005


Attente



Je t'attends

le ciel est clair comme une chose sans importance

quelques fleurs sont écloses

dans mon dos la journée étire son feu noir


J'ai travaillé notre terre

le moindre bruit venant

était annonce déplaçant les montagnes


Je t'attends

Dans le four un clafoutis chantonne

et ses parfums se mêlent à des mottes d'odeurs


Quelqu'un des miens s'en va au Kosovo

la crainte de celle qui reste fait un bruit sourd


Je t'attends

et mon attente est si douce

qu'elle me fait presque honte.








vendredi 15 mars 2013

Relative idée



Il est un espace en mon coeur qui ignore

s'il pardonne ou bien hait

une sorte de vide

aussi clair que celui qui sépare un trapèze d'un autre trapèze

au moment où les mains se dénouent de la barre

pour tenter un impossible juste


Enfant ces questions ne me taraudaient pas

tout était simple

il y avait ceux d'un côté

et ceux de l'autre

l'histoire les conserverait singuliers

exemplaires


Aujourd'hui je ne sais plus

je vais le long d'un précipice plus fin qu'une ficelle

prête à rouler vers la combe ou le ciel

avec une égale humeur.


Où es tu donc mon coeur

il aura donc éteint ton sens aigu de la justesse

ce goût du temps pour la relativité?




Bachara El-KhouryLes ruines de Bayreuth Op. 37

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/8_Musique_contemporaine/02_Symphonie_Op_37__Les_Ruines_de_Bayreuth__II_Misterioso.mp3



Juste très peur!







Parfois un être qui surgit...



J
uste très peur

    de son soudain visage
 où les oiseaux
sans bruit prenaient au froid les branches
       juste très peur de son malheur
           son geste en plainte nue
son ombre en bois léger dans les feuilles trop blanches











Le contrebas des crimes


 

Eteinte fête
  et loin
  l'été

beautés frappées de paresse



O ma terre mon jardin ma saison
il est trop tard dans la raison
il lui faut accepter que les fleurs se digèrent
Etrange solitude

Personne n’ose approcher du contrebas des crimes
ça glisse
on pourrait y rejoindre ses propres forfaits



Une chose me chaîne
j’ai laissé mon chapeau
sur la branche des peines






jeudi 14 mars 2013

Toute idée qui se lève





Les temps ne sont pas encore aux paysages qui coulent de source

et la simplicité peine à venir au monde


Des cigales nous demandent d'être encore plus fourmis
elles s'y prennent mal
ou manquent de vocabulaire
la pauvreté ne peut être que volontaire et conviviale
dans le cas contraire elle se nomme esclavage

Ces lois qui accordent davantage de place aux taux de l'argent
et reserrent leur étau sur les gens
comment s'en défaire une bonne fois?

Il suffirait de renverser les images
nous faire miroiter un monde où le froid serait chaud
l'ascèse une richesse
et le partage un gain
il suffirait de nous dire que nous appauvrissant nous nous élargirions

En attendant
l
a pensée se tasse
elle espère un geste secourable

un manteau de lumière venu d'autres regards


Toute idée qui se lève aura faim aujourd'hui

Aiguiade




azalées dogwoods



Au milieu du chaos des voix
dont seules quelques unes me semblaient désormais sûres
authentiques ou belles
la sienne se faisait entendre
verte encore et ténue
au point de me faire oublier le froid
les bruits de peine gueuse en moi

Etonnant comme il suffit de peu de choses
pour que le corps s'amenuise
le mien se concentrait en strattes chagrines
autour d'un accident sans morts ni incendies.

C'était comme ces chants d'oiseaux
qui vous suspendent à leur gorge
au moment où les pas s'aveuglent vers l'abîme

Je ne serais son terreau sa bruyère sa lande
je ne serais son eau dans les pinèdes noires
je ne serais la glaise où planter son épine
et pourtant le contact
entre épaule et tissu
de l'aiguille tombée
quand j'émiettais mon temps sur la terre gelée

me donnait
à nouveau
goût de vivre





azalées dogwoods





La joie cela s'apprend?




Garder à l'esprit toujours cette belle phrase de
Goliarda Sapienza
qui consacra sa vie à ... la Vie, la liberté, la jouissance. Phrase qui me réconforte.

" I
l y a une limite précise dans l'aide apportée aux autres. Au-delà de cette limite,
invisible à beaucoup, il n'y a que volonté d'imposer sa propre façon d'être... "


L'ART DE LA JOIE

«  La joie, cela s’apprend »

Comme elle claque de mépris à travers chaque signe
cette sentence

«  La joie, cela s’apprend »
parole toute-puissante parole sans appel
parole qui sait et veut le faire savoir

Non.


La joie Est quand elle veut
et jamais sur commande
surtout pas sur commande

Quand elle se manifeste
bien malin qui pourrait définir les mécanismes de son apparition
ce qui en nous résonne et voudrait se répandre
depuis l’ombre à nos pieds jusqu’aux plus vieux courages
bien malin qui saurait disséquer
l’indicible
en faire une grammaire
reproduire cet état ad libitum

Tout juste pouvons-nous être disponibles
nous évertuer à rester ouverts de tout notre être
à cette énigme
fervents à ce qui dans les jours qui passent
fait un peu contrepoids au gris
à l'événement minuscule et pourtant lumineux dont nous ne saisirons
après
qu'une infime dimension de la genèse

Faut-il être joyeux par métier
forçage et gymnastique
diplôme de bonne conduite et bonne respiration
joyeux parce que je le veux
joyeux comme on se croit plus mince avec un corset
joyeux à répétition jusqu’à ne plus connaître que cette nuance lisse ?


Ou sincère jusque dans ses écarts et ses erreurs fertiles?
Respectueux de ses propres peines afin de mieux les guérir?
Accueillant aux douleurs de croissance
apprenant sans cesse à positiver mais sans renier la chute?

La joie

pour moi très humblement
car  l'idée comme toujours est exilée du mot qui l'enferme
car on ne peut cerner tout ce qui a constitué la joie en un moment donné
car ce mot Joie si beau si âpre et parfois si proche du détachement
pour moi très humblement mais aussi très intensément

La joie
c’est le temps que l’on ne compte pas à regarder des fleurs
mais au moment où je le vis je ne le sais pas

c’est après que je m’en aperçois. Que c'était une joie.
Sur le moment c'était trop fort pour que je puisse oser nommer cela
joie

C’est le plaisir de mes proches devant mes petits plats
qui fait battre mon coeur de maman et d'épouse ou d'amie
de joie

C’est le sourire de Maxime sur sa dernière photo
les cris de mes corneilles accueillant leur pitance
les petites lampes vert pomme des branches du sapin derrière la fenêtre


C'est le regard apaisé d'un malade qui va mourir
mais que ma présence a un peu éloigné de son angoisse
c'est le rire tonitruant de A... quelques heures avant sa mort
quand nous fêtions ensemble cela au champagne
à sa demande
avec toute l'équipe hospitalière qui la suivait depuis six mois

La joie
mais ce n'est que ma vision des choses et certainement pas une leçon à prendre
car toute assurance m'est désormais détestable
ma joie misérable et rien qu'humaine
relie sans que rien n'ait pu l'annoncer
ce qui m'est donné du dehors et ce qui palpite en moi
elle est pure alchimie hors recette hors système
C'est elle qui défait mes morts encore debouts

C'est elle qui

parce que je connais trop bien de l'intérieur cette envie de donner leçon
de faire de l'autre un identique à soi
et ne me le cache pas
c'est elle qui me fait te dire
je t'aime

Et puis même

parce qu'il convient de rester humble
supposons que la joie s'apprenne
...
ça ne se dit pas comme ça







Les hier bleus de l'ombre



Il n’y eut qu’une fois
étrange et belle

 Lumière de septembre
aucune déchirure n'en menaçait la brise tiède

Je me suis endormie
dans le tintement lumineux des vagues
et je fus tour à tour le bateau et l’oiseau
s’accomplissant au loin dans leurs ailes mêlées

Comment poursuivre un rêve dans ce bercement des eaux
qui le distrait de ses images ?

Comment faire qu'il ne soit que rêve ?

Deux mots
alors que le corps s’enfonce dans le moule du sable encore humide
deux mots pour dire l'infime différence entre la sécheresse et la nuit
obsidienne et léger
deux mots
encore trop

Au soleil allongée
lenteur sur le visage
épaules reins glacés
remontaient dans ma chair des sensations aussi précises et vastes
que la douleur d’une plante en bord de mer
quand l’épine qui la tire au jour s’évase sous le pas
et lui offre la fleur des brûlis souterrains

Claire sombre à la fois
ai-je entendu de peau
qu’on ne peut couronner un seul versant des choses ?

Claire sombre dissoute
ai-je entendu de peau
la voix de ce qui vient?

Des hier bleus de l’ombre
il n’y avait rien à comprendre
mais tout à éprouver
jamais je n’oublierais le
froid
contre mon dos


Claude Debussy, la Mer, 1er Mouvement


Ombre morte



Cet été j'arrachais un merle aux griffes de mes chats...





  Dans l'herbe qui se lève
la puanteur d'une ombre
            le juste ça d'une nuque brisée


Mon trait joyeux dans un été brusquement vide
            ta plume éparpillée en feuillage de sable
    ton regard dénoué de toutes ses hantises
                le col que ne caresse un frisson de hauts vents
m'accueillent en leur temps
                    qui est d'un autre feu

M'oiseau
        mon sans savoir
    mon instant déployé en d'innombrables branches
                    ma sève d'espérance
je contemple le trou de ta pauvre blessure
            sous les croix d'un soleil
                    aussi désert que froid




dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/JCRocheMerlenoir.mp3&

Le chant du merle noir enregistré par J.C.Roché





 

mercredi 13 mars 2013

Entre déclin et feu





J'hésite

comme l'instant

entre

l'après

l'avant.


Une
lueur presque timide
verte embellie de neige

vient labourer la pierre


J'hésite

et cela me réduit


Peut-être est-ce cela vieillir

que de ne plus oser l'inquiétude ou la force

se laisser enfermer

entre déclin

et feu

Instants fanés



Ciel blanc comme un os


Aurais-je
    ouvrant les volets
                    fâné l’aurore
ses bruits tièdes encore
abricot des promesses ?


Cest taches sur le tablier






Ces taches sur le tablier
me sont tendrement douloureuses
et jepudiquementcaresse leur souci dans la toile posé        auréoles de rouille et d’avrilla graisse en lune pleine
épave jaune et grise
Ces taches sur le sablier    géographie emplie de doutedans la forêt les feuilles ont froissé les grands arbreset l'ombre tatonnant a dénoncé ma fuitemais je sais désormais l'autre lumièredu vite   il n'y a que silence où résonnait ta voix
Ces taches sur le tablier     une sorte de monstre une odeur métalliquece geste là ne m’appartenait pas je dorsregard tendu comme une crampe     sur dix traînées de hâte aux ongles étrangers
            Ces taches sur le tablier me sont tendrement douloureusespersillade rougie que le temps brunira     ton cri en éventailton regard libéré assis dans la poubelle    l’air froid qui se recourbe pour ne pas voir çaauréoles de toi et d’avril
    l’agresse en pleine lune
épave morte et grise




Escapade


Hommage à Gaston Bachelard et ses rêveries ( éveillées) de l'Eau, de l'Espace, de la Terre, de l'Air


Où est passée la douce lumière du soir
        qui creusait sous les mots
                un grand berceau sans tache ?

Où se cache le crû
        des matins de venin?
Ce qui dessine en silence
    l’infinie différence
entre
les bords tranchants du rêve
et
la lente rhapsodie du songe ?



Vendages tardives



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Nous rentrions. Tu dormais.


Le froid pesait sur la route.
Je sentais son talon enfonçant à la nuit
les coteaux, les fossés, les villages.

Oublier.
Le temps de l’écartèlement.
La faute originelle.
La brûlure innombrable du non-dit.
Cette journée étroite
où l’espoir même ne savait plus respirer


Laisser courir les mots

entre chiens et loups


L'ubac dans notre dos

Soudain l’épaule de ton sommeil
m’ouvrit un rideau d’arbres
un grain
au fond du ciel
un grain joyeux grain de soleil
il m'a laissée le vendanger
avant de s'effacer

TzimTzum


La Vie


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Encre claire





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Depuis deux ans et quelques
comme une continuité à ce bord de maison
qui cherche en cette saison
la pourpre et l'or du chêne d'Amérique

- les couleurs au bord de s'éteindre
mais le blanc de l'Alysse est pure merveille de miel-


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Depuis deux ans déjà
je trace le long du talus derrière la maison un sentier à mains nues

vers un bois qui est mien et se voudrait forêt
chaque jour gagne quelques centimètres à cet espace en friches
chaque jour je me dis " Ici sera la fin "
et chaque jour qui vient me voit persévérer à défricher plus loin.



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Parfois le soleil brûlant
plus rarement la pluie
m'accroupissent dans la vanité apparente de ce labeur.

Quoi!

Tailler du bout des doigts un chemin dans le sable des Landes
arracher les rampants, écraser les racines... Pour quoi?
Un jour ne serai plus
et les histoires de loups seront contées par d'autres

Pourtant la geste m'est urgence en sa douceur.
Je regarde avec contentement noircir doucement les feuilles
la terre a du métier pour rendre chaque saison à l'heure


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Nous avons fait un escalier
un écho vers le haut à ces sentes qui fuient
et dont je suis avec ravissement les courbes infléchies
dans la blondeur des feuilles
so


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Comme ces êtres que je pourchasse
je ne suis que péripétie
le temps  boira comme un buvard
mon encre déjà bien claire
à





Des ronds de rien








Il faudra donc marcher ce chemin qui jamais ne pause

jusqu'à son propre étouffement

       Est-il un lieu
même lointain

        qui me rêve eau joyeuse et me lance une pierre?
       Être l'eau sans pensées
                  qui fait des ronds de rien
                         puis s'endort et s'apaise







Si j'étais un nuage




Si j’étais un nuage je serais transparence
au-dessus d’un désert
et ma non-existence
serait humble prière
aux dunes qui avancent
en quête de la mer.

Si j’étais une fleur, je serais en futur

dans un jardin de pierres
tout au milieu d’un temple. Autour de moi les murs
ne connaîtraient l’hier
ni l’aujourd’hui amer
et guirlandes blessures.

Si j’étais animal, je serais une offrande

à la bouche affamée de ceux qui ont des dents
et je me nicherais où les chasseurs attendent
avec en bandoulière hypocrisie qui pend

Si j’étais un poète?

Je ne serais plus rien,
rien qui vaille la peine de faire ce chemin
chaque mot déposé et ma valise prête
à être abandonnée, j’irais vers le matin
le tout dernier matin où le rêve s’arrête.




mardi 12 mars 2013

Le pays de la présence légère




Tu sais, je l'ai trouvé le lieu où me poser
il se tait il t'écoute n'attend rien de précis
rien ne vient quereller ses courbes tranquilles et pleines
J’ai aimé ces endroits où la lumière claque et vient se bouturer au fond de la prunelle

mais tu vois c’est ici que mes pieds s’enracinent
que les phrases se déplient juste après le silence
et juste avant le cri.
Tout y est quiétude

choisie
bien sûr parfois je sens de vieilles cicatrices
l’envie de voir la vie
de regarder mon ombre et la sentir bouger
de me sentir debout

bien sûr c’est souvent seule il n’y a pas de soleil et encore moins de bruit
La faim de faire vivre les phrases les plus simples
y surgit lentement
 
A force d’entourer je devenais un cercle
les bords tout emplis de menaces
à force de pré-sens je donnais à demain les réponses aux questions qu’on n’avait pas posées
j’abîmais le dessin des bonsoirs dans la nuit

Pourquoi il fait si sombre

on dirait que le jour s’est assis par terre
et n’a même plus la force de se relever
dehors vide
et dedans
Par instants des pointes  travaillent

je suis dans l'entre deux
quand on n'ose franchir la clairière vers l'oubli
quand dansent sous les pas les contrées de l'instable
ses lisières de méfiance
Il faut se décider.
 
Simple de raconter la terre étincelée de nuit
l’impatience sucrée des abeilles dans les champs
et l'absence qui sèche l'ampoule crevée
le manque

si on l'accepte
y est empli de lumière
 
Au pays de la présence légère


Percussions légères Israëliennes




lundi 11 mars 2013

Les pluies qui bêchent




La terre est devenue rêche

     je n'y sens plus l'espoir des mois passés
Publier 
lorsque se préparaient au loin les pluies qui bêchent
          je n'entends plus que la mélodie
  des petites choses blessées.

Derrière chez nous

       un chemin simple s'adosse aux herbes des maisons
  qui poussent toutes droites
et drues contre les grilles


Je le guidais souvent en arrachant certaines de ses mauvaises graines

    heureuses de me défier elles repoussaient plus haut

Parfois l'ombre d'un peu de peur

   m'y offrait un abri
        et lorsque je cueillais les blanches pierres
  pour les poser le long de mon sentier fleuri
leur grain râpeux disait:


"Qui es-tu pour prétendre

   quand la lenteur des fleurs déchire ma lenteur? "

Ces mots me tissaient.


Aujourd'hui la lumière, le silence, l'herbe jaunie et rase 

effleurent mes souvenirs
et rien ne se déchire
et rien ne se prétend...


                        Laissons l'hiver venir.




Nigels Kennedy interprète le troisième mouvement de l'Été de Vivaldi


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Puis le deuxième mouvement de l'Hiver de Vivaldi



dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Vivaldi/14_The_Four_Seasons_Concerto_No_4_in_F_Minor_LInverno_Winter_RV_297_Op_8_No_4__II_Largo.mp3&




La solitude



La solitude ce n’est pas gris ou noir
la solitude
c’est transparent sur un trottoir


La solitude c’est le reflet de soi auquel on  se raccroche
dans la vitre du train
pour dire
adieu
au quai


La solitude c’est les banquettes moulues

d'accueillir tant de corps qui n'ont plus rien à dire
et ailleurs un quelqu’un qui n'attend plus celui que l'on ne sera pas


La solitude c’est celui-là sur son banc

qui lance quelques miettes aux oiseaux
et tout le monde rit
parce qu’il leur parle


Solitude

la fin des déguisements





 

Oublis







Mille sortes d'oublis

entre eux
un point commun

ils ne font pas de bruit.

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/7_Musique_XIXeme_siecle_et_moderne/02_Vocalise_for_Cello_and_Piano_Op_34__Lentamente.mp3



Serge Rachmaninoff
Vocalise pour violoncelle et piano opus 34






Espérance







Combattre
cela ne peut se concevoir que dans l’amour de l’adversaire
pas cette haine qui grandit
et vient sécher ton cœur de tout ce que j’aimais
pas cette hargne traversière
au métal irisé sans
musique tandis
que les fleurs se replient sous terre
à tout jamais

Tu oublies chaque jour davantage de laisser au fossé dormir tes certitudes

entre les bleus des champs
asseoir l’exaltation
est-ce que tu te souviens qu’on peut rire de soi
en se tenant plus près de l’armée de fougères
que le feu n’interrompt dans leur poussée fiévreuse
est-ce que tu te souviens de ce petit mot :
joie ?


Je ne suis qu’une mère

et comme toi je crois qu’il faut ouvrir leurs yeux
à ce qui se prépare si on ne reste pas
guetteurs
tout près du feu
mais je sais aussi fort
à l’urgence de tuer nos nippes de grisaille
nos monstres bavards
ouvrir une fenêtre au milieu des rocailles
chanter aimer rire chanter

Si nous ne portons plus l'espoir

si nos mots sont tout couverts de mouches noires
si nous ne portons plus leur vie au chaud des mains

quel sera leur demain?



La saison par sa tige




Dans mon coeur je crie " Ohé ! "


Surtout pas de réponse

il faut que la corde se tende

jusqu'à l'usure

vers la rumeur qui monte.


Me poser un instant

et contempler

sans plus bouger

ce qui fut arraché au hasard pour ensemencer ce lieu si pauvre

tout plein de sable et de railleries

où glissent en silence les années et la pluie


Il  est temps
de chasser de mes paumes les taches de l'euphorbe

et poser sous l'ombraie mes chagrins éblouis

puis
lentement

prendre la saison par sa tige



dimanche 10 mars 2013

L'âme soeur







Tu es la lueur qui vient
le pays enroulé sous l’automne des arbres

Tu es la lueur qui pose
un vol sombre à la beauté d’insecte
où la fleur des ruines germait

Tu es l’instant muet qui ne s’attarde pas
la caresse légère en voyelles de sable

Tu es l’espace où l’eau
peut suspendre sa course
et regarder sa boue
sans crainte d’une main qui étrangle la source


Tu es l’infiniment













Chargée de librement







Comme on joue il faudrait
se déprendre de soi
   avec au creux du ventre
        un cri en peinture de pierre
 et dans la gorge
     remontant
        une barque de ciel
   chargée de librement
              aux clairs battements d'ailes