mercredi 9 janvier 2013

Paroles en chemise







On voudrait rencontrer des paroles en chemise
         serrer fort dans les yeux les césures du ciel
    briser la camisole du brouillard

Il me semble que l'arbre a fait un grand écart

      ce doit être le sas
un déjà!  optimiste pour amorcer l'aurore
son pas de chair mouillée dans des sabots de bois

Y croire.
Se pencher sur l'hiver
ses lames en avant qui saccagent l'automne
   quand chacun reste coi
                 un courage frileux enfoncé dans la poche






 

Debussy, Clair de Lune








Le Clair de Lune de la Suite bergamasque de Debussy
par les Swingle Singers




Schubert, la jeune fille et la Mort



Bien sûr
ce n'est pas oeuvre facile d'accès
elle peut sembler rugueuse et âpre
mais quel contentement lorsque l'on vibre enfin à ses phrases où l'humain parle entier sa souffrance
son espoir
ses doutes.

La jeune Fille et la mort est une oeuvre de musique de chambre à la fois célèbre et méconnue, dont j'ai peiné à trouver sur la toile l'intégrale en MP3 à vous offrir. Finalement, j'ai trouvé une très intéressante transcription pour piano qui donnera idée de la féconde puissance descriptive de Franz SCHUBERT

Tout d'abord, vous situer l'oeuvre.
Quatuor en ré mineur opus posthume D 810, écrit en quatre mouvemens à partir de la matrice d'un lied très court, très sobre et... rarement chanté.

Schubert, c'est le balancement permanent entre l'hiver et le printemps
entre la joie et la mélancolie
entre l'ombre et la lumière
comme chacun de nous finalement, et c'est en cela sans doute qu'il parvient à tous les coups à nous toucher aussi   profond.

La mort était pour lui la seule consolation (nous sommes en pleine période romantique) à des amours impossibles avec des jeunes filles en fleurs, lui le plus petit que les autres, lui atteint à 22 ans par la maladie vénérienne, lui qui aimait les filles de joies et de peines.


Ce quatuor a été achevé en 1824, alors que le compositeur avait à peine 27 ans et devait mourir quatre ans plus tard.
Il fait suite au très long cycle de la Belle Meunière et prélude aux symphonies. Tout Schubert est là, dans cet intense qui se décline de couleurs grises, dans  cet amour de la note pivot qui fait basculer d'un climat à l'autre.

Faute de mécènes, il sera joué dans un cadre très privé et jamais publié de son vivant. Quelle peine lorsqu'on voit ( et surtout entend...) la médiocrité de ce qui est aujourd'hui diffusé à  échelle planétaire...

L' ensemble de ce quatuor est construit autour de la tonalité implacable de ré mineur, rattachée à l'idée de la mort pour Schubert et bien dans l'esprit du lied "der Tod und das Mâdchen" composé en 1897, dont voici le texte:

"Va-t-en - Ah va-t-en
loin de moi squelette cruel
je suis encore jeune, laisse-moi
ne me touches pas, chère mort.

Donne-moi ta main, toi belle et tendre
Je viens en ami non pour te punir
Sois courageuse, je ne suis pas cruel
Tu dormiras apaisée dans mes bras."


Les quatre mouvements questionnent les pourquoi de l'existence, dans un climat de tension qui ne connait que de rares éclaircies. A noter que la mort en allemand est du genre masculin, d'où la phrase " Je viens en ami".

En cliquant sur les titres des mouvements surlignés ci-dessous vous pourrez entendre de très courts extraits d'une version pour quatuor à cordes.
Si je puis me permettre une publicité, l'interprétation du quartetto Italiano reste - pour moi -  la plus flamboyante.

 
 
Le thème principal est d'emblée incisif, mordant, presque agressif, en deux phrases courtes suivies d'une brêve suspension, entrée en matière qui interroge là où la forme quatuor n'osait jamais - jusqu'alors - que s'inviter poliment. Elle sont étonnantes ces questions qui tirent vers le bas, vers la terre, vers la tombe, et ces débuts de réponse qui tentent de s'élever dans la sérénité mais que l'ombre rejoint à chaque fois plus insistante
Ce thème repris sous différentes formes, courant d'un instrument à l'autre va envahir tout le mouvement puis s'opposer à un second thème plus doux, mais qui va insidieusement se noircir lui aussi jusqu'à la fin.

 

Le mouvement que je préfère.
C'est le lied originel avec son rythme obsédant de blanche- noire/noire - blanche, qui donne son motif à l'andante. Il débute comme un Choral, sur une succession d'accords plaqués. Ses cinq variations transcriront les principaux éléments narratifs du poème: rencontre avec la mort, rebellion, acceptation, fusion puis l'anéantissement. L'extrait ci-dessus est  la première variation.
 
Scherzo
 

Tout de syncopes , comme si le pas était sans cesse au bord de la chute. Vient le bref apaisement du trio dans lequel on retrouve cette note d'optimisme, presque printanière avec ses trilles et ornements d'oiseaux, qui fait le caractère très particulier de la musique de Schubert, toujours cette envie de dépasser la nuit.  Mais elle le rattrape vite, de sa marche à la fois forcée et trébuchante, au tempo inéluctable.
 
 

Le finale est habituellement joué sans interruption avec le mouvement précédent, comme si la course vers la mort s'accélérait soudain.
Ici tout n'est que galop, ce qui n'est pas sans rappeler la course aux enfers du Faust de Berlioz dans la trop peu jouée Damnation de Faust dont je vous offre l'air d'amour le plus incandescent de tout le répertoire lyrique: 

merveilleusement interprété par Susan Graham.


Voici donc, dédiée à Jean-Pierre qui je crois aime beaucoup cette oeuvre, la version intégrale du quatuor La Jeune fille et la Mort, transcrit pour le piano par un très jeune pianiste Suisse, Fabrice Liardet.

Il regrette pour ses auditeurs les défauts inhérents à une prise de son " d'amateur ", d'un seul tenant, sans interrompre pour rattrapper artificiellement une note ratée, sans ces retouches qui sont la marque de fabrique des produits vendus à grande échelle.

 Pour ma part j'adore ces petits accrocs par ci par là, qui baignent de générosité, d'enthousiasme,  et sont si proches de la vraie vie, de l'interprétation en temps réel...

Certes la version pianistique ne m'offre pas le raclé, le rugueux, le sentiment d'une peau écorchée vive de certaines attaques de l'alto ou des violons à l'unisson, les pizzicatti de biche du violoncelle,  elle permet d'entendre toutefois ce que souvent le souci exagéré du legato professé par certains quatuors à cordes ne permet pas d'entendre: toutes ces voix contradictoires et complémentaires pourtant qui sont l'humanité en un seul être.



Alicia de Larrocha, Fandango del candil



Décès ce jour à Barcelone de Alicia de Larrocha
à l'âge de 86 ans
 El fandango del Candil
de Granados
extrait de Goyescas
par Alicia de Larrocha

ou quand la musique se fait voix, se fait langue


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/1-06GranadosGoyescasNo3ElfandangodeCandil.mp3









François Couperin , Les barricades mystérieuses




Par l'immense Scott Ross
Allez les écouter
chez  Jean Pierre




Scott Ross ou la musique interrompue



 

Immense claveciniste américain de cœur français, Scott Ross est prématurément disparu en 1989 à l’âge de 38 ans des suites d’une infection par le Sida.

Pourquoi vous parler aujourd’hui de cet artiste exceptionnel ? Parce que j'ai toujours pensé que les blogs devaient concourir à relayer de la beauté et que sur un blog ami, celui de Jean-Pierre, vous allez pouvoir au fil des semaines découvrir des vidéos de ses master classes dispensées à la villa Médicis, écouter en cette première vidéo des extraits de la merveilleuse fugue qui suit la Fantaisie Chromatique de Bach. Surtout rentrer en peu de signes dans le cœur et l’âme d’un artiste d’une humilité à nulle autre égale.
Pianiste, organiste, claveciniste, musicologue, il vivra très loin du star system.

J’ai eu le privilège de l’entendre sur son merveilleux clavecin dans la cathédrale de Bordeaux. Inoubliable de puissance, de générosité sonore, d’intelligence musicale.
Regardez bien ses mains, elles bougent à peine et pourtant quelle virtuosité…

Son attitude non guindée, sa tenue vestimentaire tranchant avec celles d’un milieu qui ne tolère que les queues de pie et nœuds papillons posa quelques soucis à la bonne société qui le découvrir pour la première fois, que ce soit lors de concours ou concerts. Mais son respect absolu des œuvres ont conquis rapidement un public qui ne s’est jamais vraiment remis de sa disparition.

Allez le découvrir enseignant, avec ce regard si doux qui écoute et comprend…

Régine Crespin, "les Nuits d'été" de Berlioz et " Soir " de Gabriel Fauré




Une grande voix s'est
éteinte.
il sera écrit
beaucoup
à son sujet dans les jours qui viennent

Mal aimée dans son pays elle a fait la plus grande partie de sa carrière à l'étranger
sa voix se prêtait aussi bien à Wagner que l'opéra ou la mélodie française qu'elle servit avec une fidélité et une émotion inégalées.

Sa version des Nuits d'Eté de Berlioz restera la version de référence.
( les extraits du disque intégral se joueront automatiquement les uns après les autres, cliquer juste sur le premier pour lancer)

Femme d'engagement, elle laissera tomber sa carrière quelques temps pour aller servir comme infirmière dans des pays en guerre, au Liban ou en Israël.

Femme de gouaille et d'élégance elle cultivera ce côté Diva qui s'en moque avec une telle intransigeance que là où d'autres continuent de pitoyablement hanter leurs propres récitals, elle préférera partir en beauté tant que sa voix était encore belle pour ne se consacrer qu'à la transmission de son art prodigieux de la ligne de chant et de la diction.

Elle nous a quitté à 80 ans...

Ecoutez-la dans une superbe interprétation de Soir de Fauré



Purcell, Didon et Enée



Pour Danièle L.
la plus merveilleuse Didon
 aux côtés de laquelle j'ai tant de fois chanté Belinda


Elissa 
qui pourrait dire ta véritable histoire Elissa ?
Le temps passe sur toi
tu as l’âge à jamais de tous tes sacrifices

Ainsi pourrait-on sans doute commencer la biographie de ce personnage mythique. Car de Didon, il n'est pas sûr que l'on puisse quelque jour identifier celle qu'elle fut.
Princesse de Tyr, fondatrice de Carthage, sœur du roi Pygmalion,  sa vie conjugale est on ne peut plus mouvementée. L'assassinat de son mari par son propre frère la contraint à quitter  la Phénicie... ces temps étaient cruels et ils n'ont guère changé.

Il semblerait qu'après une escale à Chypre, elle soit arrivée en Afrique, où elle obtient une terre d'un chef libyen qui, en retour,  exige de l'épouser.

Didon, qui refuse ce sacrifice de sa personne à la concupiscence,  se jette sur un bûcher et se donne la mort d'un coup de poignard.

Voilà pour une partie de la légende révélée par Justin dans une abréviation de l'Histoire universelle de Trogue Pompée.

Si elle contient des éléments historiques empruntés aux chroniques de la royauté de Tyr, elle reste cependant très romancée et faite d'amalgames ayant traversé les siècles depuis le IVème avant notre ère. Le relatif adoucissement de la légende aurait eu pour effet de gommer l'impression facheuse que pouvaient donner sur les lecteurs les pratiques sacrificielles d'humains - en particulier d'enfants - très courantes à Carthage et découlant directement d'autosacrifices de souverains afin d'assurer la prospérité de la cité.

Didon ne se serait pas tuée parce qu'un amant la voulait ou au contraire ne la voulait pas, mais pour que cette ville sienne - dont la superficie avait été définie par la peau d'un boeuf cousue en fine lanière - puisse vivre dans la paix et l'abondance.

Les prêtres sacrificateurs finirent par édulcorer la légende afin de camoufler les faits odieux des enfants assassinés de leurs mains.
Bien sûr, c'est à Virgile que l'on doit d'avoir fait de cette reine un personnage à la fois d'amour et de résistance, dont le caractère puissamment mélancolique inspirera  Berlioz et surtout Purcell.

Cet opéra de poche fut écrit en 1689 , sur un livret de Nahum Tate et donné dans un collège de jeunes filles.

Chef d'oeuvre de la musique baroque, composé pour quatuor à cordes et clavecin, c'est un opéra d'une intensité dramatique rare, où alternent airs, récitatifs, choeurs, danses, passages comiques, mystérieux, duos amoureux ou de colère. Le tout sans perte de substance si j'ose dire, on ne s'ennuie pas en écoutant Didon et Enée.  

Pour vous résumer l'histoire:
Didon aime en secret le prince Troyen ennemi de Carthage, Enée, mais ne peut avouer cet amour qui inquiéterait son peuple.
Belinda, sa confidente, l'encourage à sourire et vivre et lui donne à entendre qu' Enée n'est pas du tout insensible à ses charmes. Cela serait de bon augure en outre pour la paix des deux empires si elle acceptait de lier sa destinée à celle du Prince.

Hélas en toute histoire il se trouve toujours un malin génie, en l'occurrence ici une Sorcière, dont le seul projet est de faire tomber la couronne de Didon. Se faisant passer pour Mercure, elle convaincra Enée d'aller construire une ville nouvelle en Italie.

On imagine aisément que Didon prend cette nouvelle très mal, et le pauvre Enée tiraillé entre cet ordre incongru et son amour pour la reine décide de rester. Mais Didon, têtue et blessée, l'enjoint de partir, puis met fin à ses jours.

Le rôle de Didon a tenté toutes les cantatrices. j'en ai trouvé peu dont l'interprétation me satisfasse réellement.

Voici de larges extraits online de cet opéra sublime.
Bonne écoute.

Par l’ensemble Trinity Baroque de l’Atlanta

Ouverture


Air de Belinda


To the hills and the Hales par le Chœur du Clare Collège


Premier air de Didon


Danse des sorcières


Mort de Didon

Ravins




canyon colorado avec un peu d'eau.jpg

Nous vous avalerons sans faim et sans scrupules,
nous vous avalerons
juste pour le plaisir
et nous nous gausserons
des ouches à bâtir
bernées au bord de l’eau par les frères Crapules

Vous n’aurez pas le temps d’alerter vos stratèges,
de faxer vos émois et de timbrer vos peurs,
 envoyez l’ascenseur
bons baisers de partout, c’est une autre Genèse

Nous vous la mijotons
cachés dans les nuits bouges

Nous sommes les ravins, on ne connaît de nous
que l’écho turbulent vers le bas des cailloux
nos strates de mémoire et leurs pauvres squelettes
ici un dinosaure à côté d’un Poète...

Parfois nous recrachons les noyaux de travers,
on découvre un bateau une Bible une pomme.
Pourquoi vous questionner sur l’avenir de l’homme
quand il est tout écrit aux feuillets de la terre ?

Nous vous avalerons pour sustenter nos plumes
exploserons les verbes et pour finir boirons
à vos titres posthumes
vos odes frelatés et mensongers plastrons

Nous sommes les ravins les Musées de la Terre
venez tater les muscles qui vous berceront
venez gouter la peau d'un oranger triton
attention à la marche on visite l'Enfer.



Allegro Barbaro de Bela Bartok














Un vent, si on...



Il manque à mon univers

Un couteau épluche les brumes

Un paillasson pour essuyer les maux de l'âme

Une mauvaise note capable du pire

Une boite de déception pour les courriers qui ne viendront plus

Un chat foin aux vibrisses d'herbes sèches

Une pan-carte en grains de raisin sec à dévorer au bord des routes

Un feur coi

Une Machine à capter les énergie fines

Un four à moulin intégré pour jours pressés

Un ramasse miettes  de ce qui tombe sous le sens - pour les autres -

Un atlas astronomique des poussières dans un rai de soleil

Une pierre à aiguiser le regard les jours d'assassinat ( ou de manque d'inspiration ce qui revient au même)

Un pansement pour journées mal entamées ( différentes tailles )

Une borne kilométrique voyageuse


Le dictionnaire des syllabes du milieu. Note de coeur.
Epicentre où tout vient. Maille au visage de faune



Dessine-moi le temps





Dessine-moi le temps

        les pistes poudre riz insouciantes des champs
                où gémit le sorgho,
                les heures à l’affût du silence et de l’ombre
                  en triangle pliés sous le nombre
                                                                des branches
                    Dessine-moi les sentes
        la vie comme un serpent qui écarte
                                            les pierres
            et le soleil à mordre entre deux frissons gris
                            dessine moi le feu qui s’émiette tout seul
                                                    et de ses cendres bleues
                        élargit muettement  le cercle des repas
            déjà pris
            Dessine-moi la terre
                les éteules dorées qui finissent de traire
                    quelques restes du jour avant de se coucher
                                            nue si mon âme est nue
                                                        revêts-la de couleurs et fais tourner
                                                manège
 
On sera sur du blanc lorsque viendra la nuit




Les pierres sans trahir






Jonquilles et iris sauvages
entre les rangs de vignes
au bord des lacs
chez nous...




IMGP3243-copie-1.jpg 





Des jours qui rallongeaient
   nous devinions les chevilles frêles
   un galop qui tremblait
limpide
 au bord des toits



Le ciel grinchait parfois d'une fenêtre à l'autre

semant

comme on murmure
                  à bout portant
les plaies avant l'histoire 



Mais la vieille maison aux pierres sans trahir
  se moquait bien des vents d'hiver
ses murs ne se rendaient qu'au mufle de lumière

Nous restions silencieux
comme pour protéger dans cette cendre-là
       ce qui s'était éteint à force de paroles
A
vec ses mains de rompre
   le soleil enfouira le maussade et le gris
  de son eau rincera les ombres mal-aimées

Bientôt
les dieux
                   aux lèvres closes
                                sur la fleur !


iris sauvage












Mon amie l'oie



oie.JPG


Le premier qui toucha le jabot sous l'écorce, celui-là entendit les voix rentrées dans l'arbre
la flèche déchirant le ciel vers les contrées du Sud
le bleu si simple dire à l'auvent du désert

Le premier qui cambra la voluptueuse échine
sous sa paume, celui-là sentit la blessure
toujours ouverte du départ
le corps que l'on ne peut retenir
prairies décolorées d'un vent lourd de
menaces

Le premier qui caressa le col altier endormi sous la branche, celui-là reçut le temps
l'union des fibres et des
cris
si doux
si fermes
dont aucun sculpteur ne saisira jamais le détachement des choses d'ici-bas


elle pourrait s'échapper
mais elle ne le voudra plus
gardienne de l'aurore
dont l'eau se réchauffe
toute proche
à ses pieds


mes enfants adoraient ce dessin animé
Nills Holgersson


Cris d'oies cendrées


Quelques chuchotements




or-et-nuit.jpg



Quelques chuchotements me disent que par là
L'horizon est tombé
Ses plaies en longs serpents
vers l’obscur
lentement, il est mort le soldat
ses méloparaboles
trahies au bord du soir par la source du bleu
L’horizon est tombé
Et je cherche mes yeux


 Y a t il de l’amour dans le geste en biseau
qui coupe en deux le ciel ?
Y a til de l’amour
dans le chant du ciseau
écaillant les copeaux
du temps sur l’océane
ondulation dorée ?

Quelques chuchotements me disent que
Par-là…


or-et-nuit.jpg



Le plein le vide



Domino.
La lumière s’est éteinte

Economiser s’économiser rester en apnée tromper la biologie
on ne sait jamais cet air dont on se prive
peut-être fera-t-il renaître ce qui fut
un cimetière voilà notre demeure
à tout jamais un cimetière
c’est tranquille pas d’antennes pas d’antienne pas danses hyènes
on n’est même plus pressé
c’est bien
difficile

Juste un filet de fumée
tout ce qu’il reste d'hi..
et rien
ne repoussera plus d’intérêt pour quoique ce soif
faim rien désert
au fond du frigidaire attention ceci est une marque
prise de là-bas
stèle

Domino
où sont passés les points
le monde était soit-disant infini
on ne savait trop sa forme
domino
côté lumière côté nuit
trésor sucré des points qu’on n’a pas su goûter

quelque chose
dépasse là-bas
quelques mètres d’avance sur nous
bientôt nous serons même privé de désert

Domino.
La nuit infinie sur la face d’un domino
tout ce qui reste de son jeu, une seule pièce
double blanc sur fond noir.



Sans halte et sans verbe



les-20veilleurs-v.jpg


Toile de Claude Cordier

Ecoute...

Il pleut des morceaux de morts
et nous devons nous mettre en route
abandonner au vent nos corps
et nos pensées emplies de doute.

Ecoute, il faut les oublier
pour que le fruit s'exauce
au chaud contre nos seins
viens tutoyer la nuit et laissons-leur les fausses
lois, les religions, les saints
et la terre vendue à qui pouvait payer.

Ecoute
il pleut de vie en vie
on pourrait voir pousser la mauvaise conscience
et fleurir le remords tant cette pluie qui danse
éveille dans leur coeur étonné une envie
nous ne devons laisser passer cette chance

Ecoute
Le chemin sera long
et sans halte et sans verbe
au bout il y a de l'herbe
et de pauvres moissons

Ecoute...
Il pleut des morceaux de morts
et nous devons nous mettre en route
abandonner au vent nos corps
et nos pensées emplies de doute.


Sur une consigne de Milletunes


L'homme à la Houe de Millet




          Pour Jean-Pierre qui en voisin et ami de Millet
                  nous l'avait fait découvrir
                      lors d'une merveilleuse promenade en Normandie


Millet-1862-De--Mann-mit-der-Hacke.jpg
Depuis l’aube il est là
sur cette terre
ingrate
où son regard se tord et boîte l’espérance.

On a brûlé le chaume
du dernier été.

Il a fait beau ce jour

et la chaleur fut telle et les puits si lointains
qu’il eût fallu marcher jusqu’au proche matin
pour tenir en sa main une précieuse goutte
De ses lèvres blêmies s’écoulait un cri sourd
à chaque coup de houe qui arrachait la terre.
Il ne lui reste plus qu’un peu de souffle pour
regarder au-delà de la dernière pierre.
On dirait que sa peau a bu l’ ocre du ciel.
Peut-être cherche-t-il son soleil dans la glaise
et de sa vie le miel
est-il chaque sillon dont jaillira la braise
enfantine des blés
joyeux dans le pain même
au soir sur les tablées ?


Les yeux tout retournés sur l’immense fatigue
il sait chaque matin que le sel qui irrigue
une terre assoiffée et jamais assouvie
est celui de son front, de sa chair, de sa geste.
Dans la respiration d’un jour qui se retire
Homme sur ton outil
posé dans le silence
tu es beau de ta peine
et cette lassitude à l'or du soir saisie
m'offre dans sa couleur
comme une eau pure et pleine
le mouvement très lent qui va te redresser


hoe1.jpg


Adagio pour piano et cordes de Schubert


Pauvreté








archei





Nous leur avons rendu les masques
et aussi la Comédie

Maintenant nous sommes seuls
pauvres parmi les pauvres
au coeur de ce paysage aussi intense
qu' une parole que l'on tait


archei



Photographie
de
Daniel Cazin






 

Nature








archei





Nous étions si légers
le monde nous tenait à distance
 sans rancune
presque caressant



archei



Photographie
de
Daniel Cazin









 

Séparation








archei





A tout instant
le " Il y eut... " pourrait surgir
avec la rage des dieux abandonnés.
Leur route ici se séparait
Vain désormais de supplier
que jaillisse de cette lumière
la carte de mille autres voyages ?

Puisse l'enfance
ne marcher pas le reste de sa vie
appuyée au vide et à l'absence




archei



Photographie
de
Daniel Cazin









 

Panser








archei





La nudité du paysage
pansait enfin
la peine écrite sur les masques

Qu'avions-nous fui
si ce n'est ces blessures



archei



Photographie
de
Daniel Cazin









 

Rides








archei





Eau fraîche
coulant entre mes doigts
le temps et toi
êtes de même nature

Et je suis votre ride.



archei



Photographie
de
Daniel Cazin









 

Modestie








archei





Ici la faim ne se raconte pas
la soif est sage
le fruit que l'on partage
est une lampe devant soi




archei



Photographie
de
Daniel Cazin









 

Nudité








archei





Mais que sais tu de l'amour
cet infini qu'on porte en se sentant indigne
toi qui ne vois
toi qui n'entends
toi qui pouvais toucher la chaleur du mot chance
et ne l'as pas saisie?

Tu vis pendant que l'autre meurt
pendant que l'autre n'ose
lever vers toi ses yeux



archei



Photographie
de
Daniel Cazin









 

Germe le ciel






archei.jpg

Ce que tu cherches est là
        dans ces reflets abandonnés du sel
  dans l'accord majestueux
du ciel
et de la pierre



  Les géants muets se sont rendusleur robe pétrifiée
         ne rougit plus le vent



Ce que tu cherches est là

     

Mais toi
sais tu que c'est ton ombre
qui porte
le nuagedans la durée du bleu ?
serré


archei.jpg


Photographie
de
Daniel Cazin




http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/01_Prologue_1.mp3