jeudi 10 janvier 2013

Musique, Peinture, Poésie, Chanter * 13 * L'Ars nova ailleurs








Pendant que Guillaume de Machaut et ses émules explorent l'espace ouvert par Philippe de Vitry, qu'en est-il en d'autres régions de l'Europe?

Si l'on excepte le sanctuaire de Montserrat en Catalogne qui va développer un Ars Nova tout à fait original, seule l'Italie s'approprie les nouvelles découvertes des clercs et poètes français, les
adapte aux singularités de la péninsule, invente son propre système de notation.

Mais le talent de musiciens tout tournés vers le profane n'inspire guère les prélats du temps et les souverains pontifes... Les Papes en Avignon  comme à Rome préfèrent accompagner le génie de peintres comme Giotto.

( Je vous invite au passage à suivre ce le lien proposé par la ville de Caen. Vous découvrirez sans sortir de chez vous la Basilique de Saint François d'Assise et les magnifiques fresques de Giotto )


L'une d'elles aux superbes nuances et à la composition très subtile
qui fait du visage du saint le centre d'une croix invisible
formée par le paysage
Saint François donnant son manteau à un pauvre





C'est donc vers le mécénat des princes et de la riche bourgeoisie du Nord de l'Italie,
pour lesquels la pratique musicale amatrice était un élément important de l'éducation, que se tournèrent les compositeurs italiens.

Afin de répondre aux attentes exigeantes- et parfois volages  voire tyranniques - de ce public très éclairé, les voilà tenus d'abandonner rapidement les complexités du contrepoint ou du rythme, si chers  à l'école française, pour ne se consacrer qu'à la beauté de la ligne mélodique et à la virtuosité de l'interprétation.

Van den Borren
a parfaitement défini l'esprit de ce siècle : « La musique du Trecento italien se distingue par une physionomie toute particulière à laquelle l'appellation de gothique ne saurait convenir que très partiellement. En effet, nulle angulosité, nulle tendance à l'orfèvrerie délicatement travaillée ne se discerne dans les pièces de Landini, de ses contemporains et de ses prédécesseurs, mais bien plutôt une recherche de souplesse de la ligne mélodique. »

Le paradis est redevenu terrestre et il descend doucement de Bologne jusqu'en Toscane.



En France la composition se fonde encore sur la teneur  liturgique ( la basse, donc )
En Italie, c'est autour de la voix supérieure, qui chante le texte poétique, que vont s'articuler les différentes voix.

En France on reste attaché aux distinctions médiévales entre musique théorique et musique pratique, le théoricien seul ayant droit au titre de musicus.En Italie la pratique de l'improvisation se répand dans les églises et chacun devient un musicus, qu'il soit clerc ou laïc, homme ou femme, professionnel ou amateur.

En France la musique fait partie du quadrivium, aux côtés de l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie.
En Italie elle est déjà considérée à part entière comme un art.

Le campanile de Venise n'existe pas encore mais la cité des Doges et le Roi de Chypre réservent un accueil princier à Landini qu'ils couronnent Prince des poètes en 1364.
       
   
  


J'ai choisi de vous faire écouter les trois compositeurs les plus marquants de cette période, sachant que les zones d'influence se sont déplacées de l'Italie du Nord vers Florence. Je ne vous les présente pas par ordre chronologique mais relativement à leur retentissement aujourd'hui.


Le plus connu:
Francesco Landini ( 1325-1397 )  dit " l'Aveugle".

Il excelle dès son enfance dans l'art du chant, le luth, la flute, et l'orgue, d'où d'ailleurs son autre surnom: Francesco des Orgues.
Compositeur de la cour de Vérone puis à Venise, il est le plus célèbre des musiciens de l'Ars Nova Italien. Son écriture d'une grande simplicité le distingue des maîtres français de plus en plus ivres d'allégories et d'exubérance, fût-ce au détriment du plaisir de l'auditeur.
Les 154 œuvres qui nous restent de lui représentent à elles seules un quart de la musique Italienne du XIVème siècle qui nous soit parvenue.
Je vous propose d'écouter un choeur à deux voix pour enfants, d'une très grande élégance:

O che bon eco









Le plus influencé par Guillaume de Machaut:
Jacopo da Bologna

Maître de Landini et virtuose de la harpe, il nous a laissé quelques 54 oeuvres, essentiellement des matricalle ( poème en langue maternelle) à deux et trois voix. L'usage a transformé ce terme originel de matrical en madrigal et ce mot ne recouvre pas le même genre musical à l'époque de l'Ars Nova et sous la Renaissance.
Les thèmes en étaient la noblesse des sentiments, sans emphase, toujours dans une recherche de simplicité formelle et de beauté mélodique.
Un autre genre musical très en vogue alors, la Caccia, ou Chasse, s'attachait davantage à l'imitation musicale de la vie.
On ne peut ici qu'évoquer le futur Janequin mais nous y reviendrons.

De ce compositeur, une pièce instrumentale en trio, sans doute  un intermède entre deux pièces chantées comme il avait coutume d'en écrire. La forme  met en avant le hautbois d'amour, le luth en contrechant improvise sur l'accompagnement très discret d'une viole. La pièce se termine par quelques mesures plus enlevées et très ornementées.

I'me sun un Che





Le plus dramatique enfin:
Andrea de Florence
 
Ecriture inventive osant les dissonnances, recherche d'intervalles nouveaux, harmonisations sortant de l'ordinaire... Je vous laisse écouter une très belle ballade dans laquelle la voix féminine,  soutenue par un seul luth improvisant, déclame un texte aux accents très émouvants. Une oeuvre qui laisse présager des récitatifs du XVIème siècle:

Ballade








Regardons cette très belle fresque
d'Agnolo Gaddi. Les personnages foisonnants y semblent désemparés, scrutant en toutes directions, dans un mélange d'agitation et d'indécision. La nuit approche ce grand désordre.

C'est dans un tel climat d'hésitation
stylistique, partagés qu'ils étaient entre l'hermétisme/intellectualisme croissant des compositeurs français, le raffinement ornemental devenu excessif  chez les italiens, que les uns et les autres se lancent à corps perdu dans des réalisations de plus en plus complexes, sans grande spontanéité et sans jamais penser à l'émotion de celui qui écoute.
Le musicien français ou italien de ce XIVème siècle est devenu professionnel.
Il compose pour se dépasser techniquement. Mais tout absorbé par la performance il en oublie... la Musique.

L'Ars Nova touche à sa fin. Il aura apporté une consolidation de la notation écrite, le raffinement du contrepoint, un souci d'harmonisation et d'orchestration plus élaborés, des subtilités rythmiques surtout restées inégalées jusqu'au XXème siècle.
Dans le Nord de la France, et il faut ici rendre grâce à la puissance du Duché de Bourgogne dont l'influence politique et culturelle dépassaient alors très largement l'aire géographique que nous connaissons aujourd'hui,
dans le nord de la France donc,
c'est d'un anglais bien installé à Calais, John Dunstable
et d'un jeune français de Cambrai, Guillaume Dufay
que viendra le mot d'ordre: " Retour à la simplicité!"





Musique, Peinture, Poésie, Chanter * 12 * Instruments médiévaux version longue




Pour ceux qui trouveraient l'article trop long
et préfèrent ne regarder que les images et écouter la musique,
une synthèse
c'est ici que cela se passe







Avant d'aborder le développement de l'Ars Nova hors des frontières de France, un petit tour d'horizon des instruments de musique alors utilisés.  J'avais dans un autre article évoqué quelques uns d'entre ceux qui étaient en usage à cette époque là,  voici la suite.
Partir en quête de la filiation de ces instruments n'est pas chose simple tant l'humain sous toutes les latitudes a su tirer ingénieusement parti de matériaux souvent éloignés pour obtenir des effets assez similaires... et inversement. Tant aussi les mouvements migratoires des peuples génèrent d'enseignements mutuels dont on ne retrouve pas toujours de manière assurée les différentes sources.
Ce que l'on nomme organologie ( étude des instruments de musique ) suscite donc passions et polémiques.
Pour synthétiser disons que, en matière d'instruments à cordes ( pincées ou frottées), il existe deux familles:
- les instruments à fond plat dérivés de la Lyre grecque et de la harpe sumérienne.
- les instruments à fond bombé dérivés de l' Oud Persan.

Tous instruments que la très riche civilisation Egyptienne va s'approprier et diffuser



Je me permets dans un esprit de prudence de citer ici la préface de Jacques Chailley à l'ouvrage de Jean M
aillard,  Anthologie de chants de troubadours. Nice, Edition Delrieu, 1967.

Un nécessaire rappel: Il n'existait pas alors de musique spécifiquement instrumentale au sens où on l’entend aujourd’hui. 
La mode contemporaine qui consiste à faire sonner ensemble en grand nombre ces instruments médiévaux est un contresens total, eu égard aux difficultés à ajuster des instruments dont l'accord était réglé alors selon les lois pythagoriciennes des quintes justes mais, on l'oublie trop, chacun en fonction du son fondamental qui lui était propre.
Faute de diapason commun, les instrumentistes se succédaient donc plus qu'ils ne jouaient de concert...



L'ancêtre de tous les cordophones est l'arc musical, que l'on retrouve dès la préhistoire aussi bien dans l'Ariège ( Grotte des trois Frères) qu'en Afrique et Asie.
Ici un arc africain, dont la corde est frottée par une baguette de bois et le son amplifié dans une calebasse :



Imaginons l'humain de ces temps reculés cherchant à embellir sa vie avec des sons, détournant l'instrument de chasse pour des occupations en apparence inutiles. Quel cheminement entre cet instrument primitif et ceux qui suivent ...

La citole
La citole reconstituée d'après le manuscrit 222
du Mont Saint-Michel, du XIIIème siècle



Une citole anglaise du début du XIIIème siècle
très précieusement ornementée
transformée ultérieurement en violon





Du provencal cithola, la citole est un instrument à cordes pincées, né de l'évolution de  la kithare antique ( la lyre) à laquelle était adjointe une caisse résonance afin de la rendre plus puissante.
De corps cintré en général,  son manche était assorti de repères ou frettes, qui permettaient à l'instrumentiste une plus grande précision de son jeu. Le site anglais d'une très grande richesse dont j'ai tiré quelques-unes des illustrations ci-dessus nous parle de cet instrument très prisé toujours associé sur les fresques aux anges musiciens. On joue encore de la citole au Portugal (où elle est l'instrument du Fado) en Corse, en Irlande ou Bretagne.
A la même époque que la citole apparait :



La Guiterne




Gaillarde  pour guiterne
dans laquelle vous entendez une basse de viole accompagnante


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/2-24Cittern-GalliardefromCitternandBassfromtheCittharnSchoole1.mp3

Appelé aussi citthern, la guiterne appartient à la famille du luth ( l'Oud arabe: al oud, le bois. Je vous conterai une autre fois les tribulations du merveilleux Oud )

Instrument à fond bombé, sa table d'harmonie fut longtemps, comme celle de l'Oud,  de peau tendue. Par la suite on la réalisa toute entière dans le bois, jouée au plectre de plume ou à l'ongle.
Elle fut un instrument très populaire au XIVème siècle. Guillaume de Machaut en fait mention dans un de ses poèmes, la Prise d'Alexandrie:
Leüs, moraches et guiternes/ Dont on joue dans les tavernes.Leüs: Luths.
Mauraches : nom donné aux guitares mauresques, qui sont en fait des luths à très long manche.




La Vièle à archet




En voici un instrument passionnant! Et de riche ascendance ... qui pourrait à lui seul réconcilier les peuples du monde.

Son nom vient de l'italien " Fidula ", lui même venant de l'allemand " Fidel ", lui même venant du mot Islandais " Fidla ": cordophone à quatre cordes et archet. Nous ne sommes pas loin du fiddle anglais, hé bien non, aucune relation entre la vièle et le violon...
Comme nombre d'instruments elle était " monoxyle " c'est-à-dire creusée ( comme les pirogues) dans la masse du bois. Cette façon lui assurait sa solidité et perdura au moins jusqu'au XV ème siècle.

Les trois instruments à cordes et archet qui suivent peuvent être raisonnablement tenus - par rencontres hasardeuses et enrichissement réciproque - pour les ancêtres de la Vièle, instrument donc universel.
Le Ravanastron indien ( 3000 ans avant notre ètre) qui déplace vers le bas la caisse de résonance de l'instrument primitif, utilise un second arc ( archet ) coincé ( solidaire) entre les cordes. à la place du bâton préhistorique.  Il se promènera sous diverses formes dans toute l'Asie Centrale et le Moyen-Orient, en général n'excédant pas deux cordes:


Le Crwth irlandais et Gallois, instrument tout à fait autochtone, particulier à la culture Celtique et connu depuis le VIème siècle de notre ère. Grâce aux Vikings il va se répandre sur toute l'Europe de l'Ouest. Il est composé d'une table d'harmonie monoxyle tendue de trois à six cordes frottées. On le pose verticalement sur la cuisse



Le Fidla islandais dont la facture était proche de ce specimen fort beau reproduisant la Strakharpa scandinave, du VIIème siècle de notre ère:




Les multiples mouvements de population des Vikings, Normands et Rus permirent la rencontre et le perfectionnement réciproque des instruments à cordes frottées originaires de l'Europe du Nord, de l'Asie centrale et du Moyen Orient jusqu'à la Vièle dont l'usage fut peu à peu répandu par les conquérants scandinaves.

Afin de pouvoir jouer distinctement une seule corde, on bomba le chevalet porteur des cordes, qui était initialement plat ainsi que la table d'harmonie.

La vièle Normande resta identique à elle-même jusqu'au XVIème siècle. Elle cohabitera avec les différentes familles de gigues ( du celte KIK: gigot, d'où la forme des instruments qui inspireront par suite la famille des violes et violons) et il est attesté aujourd'hui que les principes organologiques de la vièle (mais également de la viole ) n'ont rien à voir avec le violon qui est un instrument d'apparition quasi spontanée. Nous y reviendrons ultérieurement.





Du Persan R'beb, qui désigne aussi bien des vièles primitives à long manche qu'un cordophone à cordes pincées apparu au Xème siècle en Perse,  latinisé en Rubeba, le rebec est l’un des instruments les plus spontanément associés aujourd'hui à la musique médiévale.

A noter cependant que ce que l'on crut être des rebecs dans l'iconographie et la statuaire religieuse chrétiennes, en particulier à Moissac, était des vièles Normandes.  Et pour cause... le r'beb oriental apparait à la fin du XIVème siècle dans l'iconographie, soit deux siècles après les vièles piriformes ou les gigues avec lesquelles on le confond souvent dans les commentaires savants. Quant au rebec occidentalisé, sa figuration est encore plus tardive...

Il fut à l'origine en forme de coque de barque, taillé dans une seule pièce de bois.
De manche coudé, de petite taille, il constitue une évolution occidentale du
magnifique R'bab  Persan, resté quasi à l'identique en Iran, Irak, puis Maghreb. Ci-dessous un  R'beb tunisien, dont vous pouvez voir un lointain et pourtant très proche parent sur l'enluminure des Cantigas qui ouvre cet article:



Cet instrument est fait de bois et de peau tendue sur sa partie inférieure. Comme on peut le constater le R'beb ne comporte pas de frettes ( contrairement au rebec). Il exige donc une technique très particulière pour changer de note, qui consiste non pas à bloquer la corde en un endroit pré-établi de la touche, mais à la coincer fortement entre la pulpe du doigt et l'ongle ( technique du crochetage)

On trouve dans toute l'Asie Centrale ( Afghanistan, Népal, Inde, Cachemire, Siam ) et l'Orient des instruments très proches dont les noms peuvent être selon les régions rabab, rûbab, robâb, rebâb, r'bab, rubob, rawap etc. Avec le temps le rebec sera supplanté par la viole, mais un de ses enfants sera l'instrument préféré des maîtres à danser du XVIème et XVIIème siècles: la pochette, instrument si petit qu'il tenait dans la poche:






Le Psalterion




Plus que pour tout autre instrument, on réalise avec le psalterion à quel point la terminologie est flottante, et générale l'absence de concertation dans l'évolution de leur facture. Je dois avouer humblement que cet instrument m'a posé immense souci...
Le terme Psalterion viendrait d'un mot grec qui signifie : pincer une corde.

Il
est apparu dans la littérature au troisième siècle avant notre ère, dans une traduction grecque de l'Ancien testament, dite Septuaginta, du terme Nebel. Le Nebel était le nom donné par les hébreux à la harpe de David.
Puis Saint Clément d'Alexandrie y fait référence dans ses Stromates, semblant inclure sous ce vocable tous les instruments à cordes pincées en usage en Egypte pour accompagner les voix. C'est là que les mots se mélangent. J'y reviendrai.
Au Vème siècle de notre ère Boèce dans son traité de la musique le décrit comme une cithare à dix cordes mais nous ne sauront pas si les cordes étaient tendues sur une table d'harmonie ou sur un simple cadre.
Le psalterion est davantage une famille d'instruments, aux formes aussi variées que les lieux où on l'adopta, qu'un instrument particulier. Il suffit pour s'en convaincre de regarder de près l'iconographie et la statuaire recensées autour de lui.

Il apparait pour la première fois en Europe sur le portail royal de la Cathédrale de Chartres en 1140.

Ci-dessous
un psalterion de l'époque Romane en l'Eglise de Falaise dans le Calvados:





Du XIIIème siècle à Cluny, amorçant la forme des psalterions en groin de cochon  tel que le premier présenté, qui se généraliseront à partir de cette époque.



Puis un psaltérion rectangulaire du XIVème siècle tel que représenté sur les Cantigas de Santa Maria. On voit la clef d'accord sur la droite, elle devait rester présente sur l'instrument: pourquoi?



Et ici un inventaire de nombreux psalterions
Dans tous les cas nous avons affaire à une cithare sur table utilisée à des fins d'accompagnement des élèves musiciens.

En outre des instruments portatifs, assez légers pour être portés autour du cou.

Vient-il :

- Du Kanun de l'antiquité grecque, instrument monocorde inventé par Pythagore pour étudier les intervalles musicaux. La mise à plat sur table d'harmonie de l'échelle des sons élaborée par Pythagore avec l'aide du kanun primitif aurait-elle donné naissance à la grande famille des psaltérions?

- De la Kithara ( Lyre) grecque, Romaine  ou
hébraïque , telles le Kinnor de David ( importée par les Hébreux en Egypte et qui donnera, du fait de sa forme son nom à la région Nord-est du lac de Tibériade, Kinnereth), instrument auquel serait ajoutée ultérieurement une table d'harmonie ?

- Du Qanun Persan dont il est fait mention pour la première fois au Xème siècle de notre ère dans les contes des Mille et une nuits ?
Aucune description ne nous en est donnée, et aucun document iconographique.
Les instruments nommés Qanun introduits au Maghreb par l'empire Ottoman aun XVIIIème siècle étaient de forme plutôt rectangulaire que triangulaire et permettaient un jeu strictement monophonique à main droite, la main gauche étant mobilisée pour racourcir les cordes dont elle avait besoin pour les modulations. Ce n'est qu'au XIXème que fut inventée la très ingénieuse technique des leviers permettant de libérer la main gauche pendant plusieurs mesures.




- Le psalterion était-il cet instrument peint à la fin du XI ème siècle dans la crypte de l'Eglise de Tavant, en Indre et Loire? Elle nous montre le Roi David tenant une harpe dont les cordes sont tendues sur une table de bois plein ( on ne voit pas les vêtements au travers des cordes):



- Ou bien l'instrument que nous offre cette enluminure extraite de l'Hortus deliciarum Alsacien, IVème planche, première encyclopédie éditée par une abbesse du Mont Sainte Odile en 1175.
Elle représente le Roi David elle aussi et nomme clairement son instrument: psalterium di-decacordum ( le décacorde de Boèce.)  On constate que les cordes sont là encore tendues sur table d'harmonie ne comportant pas d'ouies, on perçoit la clef d'accord dans la main droite ( donc présence de chevilles et possibilité de les régler, sans doute pour adapter en temps réel l'instrument aux voix accompagnées et également moduler ) et le plectre dans la main gauche :





Récapitulons. Dès le XI ème siècle existaient au Nord-Ouest et  Nord-Est de la France des petits psalterions triangulaires tendus sur table pleine. Dès le XIIème siècle ils se munirent de clefs d'accord de leurs cordes.
Cette possibilité d'accorder l'instrument tout en jouant se retrouve sur les psalterions des cantigas de Santa Maria.
Et pourquoi pas une origine linguistique située dans la haute antiquité Egyptienne, désignant non pas un instrument en particulier mais une famille d'instruments vouée à accompagner la voix? Ayant légué aux siècles qui suivirent un terme générique davantage qu' organologique?
Je reviens à un vieux livre qui nous en parle. A chacun de se laisser charmer...

Le psalterion viendrait de l'ancien égyptien Santyr ( Santour ), sorte de harpe renversée nous dit l'auteur ( posée sur table de résonance). Les anciens égyptiens ajoutant un article aux substantifs l'auraient nommé Pisantyr, pour désigner, de façon plurielle,  tous les instruments à cordes pincées accompagnant les voix.
Le prophète Daniel fait mention dans la Bible de cet instrument, parfois orthographié physanterin. Selon l'auteur du livre en question, ce mot ne peut avoir ni racine hébraïque ni racine chaldéenne puisque dans ces langues tout mot doit comporter trois syllabes au plus et que le mot Pysanterin en comporte quatre. Les grecs auraient adopté ce mot sans vraiment savoir ce qu'il recouvrait ( étant donné son pluriel originel), le transformant au passage en Pysanterion  puis par contraction / élision en psalterion ( Le N était souvent, nous dit Voissius, transformé en L ).

Que penser de tout cela?
Qu'un terme générique exista depuis la plus haute antiquité grecque et Egyptienne, recouvrant  de multiples cordophones à cordes pincées dont la fonction était d'accompagner les chants religieux, sans qu'il y ait forcément de parenté directe entre les dits instruments.
Et que les peuples de différents horizons s'approprièrent ce terme, fabriquant chacun dans leur espace géographique, selon leurs tempérament, histoire locale et besoins singuliers des instruments tout à fait originaux qui diffusèrent au gré des guerres et migrations et s'enrichirent les uns les autres. Il est remarquable que les plus anciens psalterions représentés sur le continent dans leur forme triangulaire ou trapézoïdale se situent tous au-dessus de la Loire. Ils apparaissent plus tardivement dans le Sud de l'Europe, ce qui accréditerait la notion d'une diffusion du Nord vers le Sud et non l'inverse. Les psalterions rectangulaires Andalous n'auront en effet que peu de diffusion
.


Quant au Qanun persan, dont j'ai pu lire ici et là écrit avec une parfaite mauvaise foi qu'il était l'ancêtre du psalterion, du clavecin et même du kanun de Pythagore ( !!! ) je renvoie pour ne pas surcharger la lecture,à  un excellent article sur un site très bien documenté .



L'Organistrum



Traditionnel de Galice
On y entend très bien les petits chocs des sautereaux

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/traditionnelGalice.mp3


Ancêtre de la vielle à roue ( ou chifournie) , l’organistrum nait au début du XII ème siècle chez les moines bénédictins qui en font le premier instrument de musique à pénétrer dans une église.
Il possèdait à l'origine quatre cordes et était de forme oblongue comme on peut le voir sur l'exemplaire de  Notre Dame de Paris.
Par suite il se contenta de trois cordes, une chanterelle pour la mélodie et deux bourdons. Le son y est produit par une roue ( archet perpétuel ) qui frotte les cordes en tournant. On joue la mélodie en tirant sur les sautereaux ( ces petites pointes que vous voyez sur le manche) qui vont raccourcir plus ou moins la partie vibrante de la chanterelle. L’organistrum nécessitait donc deux instrumentistes : l’un tournait la manivelle qui actionne la roue et l’autre jouait la mélodie avec les tirettes des sautereaux.
Celui que vous voyez ci-dessus est une reproduction de l'instrument représenté sur le portique de la Gloire à Saint-Jacques de Compostelle.Cet instrument fut très vite méprisé des couches dites cultivées de la société, au point d'être nommé " La vièle des gueux". Mais le XVIIème et XVIII ème siècle lui rendront grâce de ses possibilités à travers des oeuvres de Boismortier, Vivaldi, Mozart...
Je consacrerai un numéro spécial à la Chifournie dans quelques semaines car cet instrument superbe,



descendant de l'organistrum, typiquement Européen, est d'une grande richesse de répertoire et d'émotions.




La Bombarde




Cliquer sur la photo pour découvrir une page très complète


Courante double pour Bombardes


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/2-01Shawm-2CourantesfromNeweTeutscheWeltlicheGesanglein.mp3



Originaire d'Egypte, présente sous diverses formes et tailles en Orient, Maghreb puis  Europe médiévale, la bombarde était un instrument très puissant, de la famille des hautbois. Elle fut jouée dans toute la France durant tout le Moyen-âge jusqu'au XVIème siècle où l'iconographie la présente alors comme un instrument diabolique. Elle ne sera plus guère utilisée et fabriquée qu'en Bretagne pour accompagner des festivités, mariages, pardons et fêtes religieuses où sa puissance et la rondeur de sa sonorité en font un instrument encore très prisé aujourd'hui.




Musique, Peinture, poésie, Penser * 11 * Machaut et l'Ars nova




" Au temps de Dieu va être substitué le temps du marchand "  Jacques Le Goff




Portrait de Guillaume de Machaut



Nous sommes en ces merveilleux débuts du gothique flamboyant. Alors que résonnent encore dans les nefs les voix des chantres, l'époque se convertit à l'irrespect et de ce point de vue, on ne peut penser l'Ars Nova sans faire référence au Roman de la Rose  dont la seconde partie s'éloigne de l'ésotérisme et de l'amour courtois si présents dans la première partie pour poser questions de société. L'Ars Nova coïncide en effet avec le déclin de la chevalerie et des principes universels de l'Eglise et la montée en puissance d'une nouvelle couche sociale: la bourgeoisie.

N'oublions pas non plus le fameux Roman de Fauvel (1310-1316) que Philippe de Vitry va mettre en musique, oeuvre qui assure la transition avec
l'Ars Antiqua. Ci-dessous, une illustration  de ce Roman:




Nous nous trouvons à la fin du règne de Philippe le Bel, et les démêlés entre le roi de France et le pape Boniface VIII ne se comptent plus, qui frappent les sujets du royaume, dans leur ensemble, d'excommunication. Il faut dire que le pape prétend se situer au-dessus des puissances temporelles et que l'on n'en impose pas ainsi aux habitants des Gaules.
Pour revenir au roman de Fauvel, cette histoire très critique de l'Église et de la société se donne pour héros un âne nommé Fauvel.  Chacune des lettres de son nom serait l'initiale d'un vice:  Flatterie, Avarice, Vilenie, Vanité, Envie, Lâcheté. Il pourrait aussi signifier, selon les spécialistes de langue cryptée " Fausseté voilée".


Au cours de l'intrigue,  c'est Dame Fortune qui permet à l'Âne de devenir roi et faire ramper devant lui nobles et  hommes d'Église. La morale très subversive pour ces temps-là finit par opposer le Bien et le Mal au cours d'un tournoi dont aucun des deux ne sort vainqueur.

Le recueil contient cent trente-deux pièces musicales qui vont contribuer à diffuser largement les formes motets, rondeaux, lais, virelais, séquences  mais également la notation en mesures égales.


Pour les hommes d'Eglise, il ne peut être porté de coup plus rude à ce don de Dieu fait aux hommes: le Temps.
Il ne leur échappe pas, en effet, que ce temps compté, domestiqué, divisé selon le bon vouloir humain, va très rapidement devenir celui des marchands, et de l'usure.
Le travail nominal et acheté va remplacer les humbles et anonymes travaux et temps liturgiques, travaux partagés entre moines et gens du peuple.

Et c'est bien d'enjeux de pouvoirs qu'il est question là, car comment contenir dans une durée qui peut être convoquée par chacun, avec laquelle chacun dans les pouvoirs en place va pouvoir exercer toutes sortes de chantages, comment avoir la maîtrise des masses de bras qui jusqu'alors se satisfaisaient de maigres rétributions et de mettre leur foi et leurs forces au service de grands projets inscrits avec eux dans l'éternité?



Les clercs refusent donc avec la dernière des énergies de troquer le plain-chant et ses mélismes élévateurs contre les plaisirs horizontaux de la polyphonie. Ils sont soutenus dans leur combat par le pape Jean XXII, qui dans un décrêt de 1324 stigmatise avec force cette nouvelle musique qui " Court sans se reposer, enivre les oreilles au lieu de les apaiser
De fait, une nouvelle relation aux Saintes Ecritures s'instaure, qui fait la part du message humaniste offert par le Christ et celle de son détournement par les prélats. Mais aussi, plus prosaïquement, une nouvelle relation à l'écriture musicale.

Philippe de Vitry , encore lui, n'y est pas pour peu de choses. Il perfectionne l'isorythmie,  procédé qui permet de superposer une séquence rythmique ( Talea, bouture) répétée à l'identique d'un bout à l'autre d'une l'oeuvre à une séquence mélodique ( Color, couleur) qui n'a pas forcément la même longueur.

La mélodie, par convention, devra aller au bout de sa conclusion formelle, mais il arrivera souvent que la séquence rythmique choisie pour la soutenir ne cadre pas exactement avec elle. Qu'importe, on l'interrompra en plein milieu s'il le faut!
On voit ci-dessous, dans ce court extrait du motet que vous écouterez ensuite,  que le rythme comporte cinq notes, alors que la mélodie en comporte six.





Les décalages inévitables donnent naissance à des combinaisons d'une surprenante inventivité dont on retrouvera l'équivalent bien plus tard, chez des compositeurs tels que Bartok, Messiaen ou Phil Glass. A noter que les motets de Guillaume de Machaut, par la rigueur sans faille de leur construction, ont fasciné Igor Stravisnky mais aussi des compositeurs tels que Stockhausen ou Webern.

Pour revenir à Vitry,  à la traditionnelle et très écclésiastique division  ternaire des valeurs ( une valeur de note longue égale trois valeurs brèves)  il ajoute une division binaire. vous pouvez voir ci-dessous ces notes rectangulaires associées selon le symbole qui entame la mesure ( cercle ou cercle ouvert et traversé d'une barre) à deux ou trois notes carrées.



Afin de résoudre le souci de notation que cela lui pose, ce grand théoricien met au point le  système parfait-imparfait  dont vous trouverez le détail très érudit et passionnant en suivant ce lien mais que je vous résume ainsi:

Lorsque la note vaut trois brèves, elle est dite " parfaite " et écrite à l'encre noire.
Lorsqu'elle vaut deux brèves, elle est dite " imparfaite " et notée à l'encre rouge comme on peut le voir en s'approchant de tout près sur ce Codex en forme de coeur.
Ces formes de partitions étaient très en vogue alors, vous en verrez un plus tardif en bas de l'article.



Il ne reste plus aux compositeurs qu'à jouer avec ces divisions ternaires et binaires,  jongler avec les entrées des voix, interruptions de séquences, modulations inédites en osant quelques altérations  ( telles le DO #, le SOL # ou le RÉ # qui éloignent du diatonisme ecclésiastique et ouvrent des horizons immenses ), retards ou hoquets etc. Chacun peut donner libre cours ainsi à des spéculations arithmétiques, symboliques, graphiques.

Le plus marquant des compositeurs de ce XIVème siècle est un chanoine de Reims, natif d'un tout petit village de Champagne, d'origine modeste, ami du Duc de Berry




et du Roi de Bohème, auteur prolifique de rondeaux, virelais et ballades, grand connaisseur de l'Europe qu'il parcourt de compagnie avec son seigneur, Jean de Luxembourg.

Guillaume de Machaut ( 1300-1377 ), contemporain de Pétrarque, est très conscient d'appartenir à un siècle où tout bascule, et l'on sait le traumatisme laissé par les défaites de Crécy et de Poitiers.

Celui que l'on tient souvent pour le dernier des trouvères, mais qui s'en défendait et s'autoproclamait Poète ET musicien et non plus poète-musicien, assiste avec tristesse à la fin de l'amour courtois et ses règles de morale joyeuse, tout en se passionnant pour le monde autour de lui dans la marche duquel il tente de découvrir une cohérence.
La roue de la Fortune, la Nature et l'Amour tiennent par conséquent une grande place dans l'oeuvre si vaste de ce clerc attaché au profane pour lequel " Musique est une science qui veut qu'on vie, chante et danse, cure n'a de mélancolie...". 

Ce sont ces principes qui lui dictent de nouer ensemble  " La vieille et la neuve forges " , l'art des troubadours et trouvères aux découvertes récentes de l'écriture, le divin à l'humain afin de transformer le monde.

On le voit sur la première miniature de son Prologue recevoir une princesse, Dame Nature, qui lui fait offrande de ses trois enfants: Intelligence, Rhétorique, Musique.



Dans la seconde miniature, c'est Amour qui lui fait cadeau de ses trois enfants: Doux penser, Plaisance et Espérance.

Si nous recensons les symboles de ce simple prologue, Nature - figure féminine - est une valeur longue divisée en trois valeurs brèves, donc une Parfaite.
Amour - figure maculine - et ses trois enfants est aussi une valeur parfaite.
Mais pour atteindre à la perfection ternaire, il faut à leur dualité ajouter l'Artiste dont on peut dire que sa conception moderne nait avec Guillaume de Machaut.

Le temps des chantres et copistes anonymes est bien révolu...

Son oeuvre maintenant dont je vous laisse écouter deux courts extraits, est à l'image de l'homme passionné de proportions mathématiques et d'équilibre formel: triple. Narrative, poétique, musicale.
C'est bien sûr ce dernier volet qui m'intéresse
Sans entrer dans des détails techniques qui seraient fastidieux, disons que sa fascination pour les calculs mathématiques rigoureux  le conduit à explorer toutes les possibilités de l'isorythmie en en multipliant les difficultés. Il manifeste une nette préférence pour le motet, mais il écrira aussi bien des chansons dont il s'évertuera à concilier la forme visuelle ( comme des calligrammes musicaux) et le fond, rondeaux, ballades, virelais, complaintes -qui pouvaient tous être accompagnés d'instruments-  ainsi qu'une Messe qui n'était semble-t-il pas destinée à l'office .



Un superbe chansonnier en forme de coeur lui aussi
celui de Jean de Montchenu, d'un siècle postérieur à Machaut




Place à l'écoute...

Tout d'abord un motet profane, le numéro 10. La pièce est emplie de " Hoquets " , ces respirations brêves qui permettaient aux voix de reprendre leur souffle sans que jamais le morceau ne s'interrompe. Les contretemps ainsi créés contribuent au sentiment de trébuchement ou de syncope, sans que jamais se perde la dynamique d'ensemble et la sensation d'écho permanent et de circularité, très évocateurs de la roue de la Fortune si chère au compositeur. La pièce, brève mais très dense s'arrête brusquement sur une cadence que je trouve fort interrogative.






Et puis parce que la messe est dite (sourire)
l'Ite Missa est de la messe à Nostre-Dame
dont par moments émerge à l'une ou l'autre voix d'homme le thème principal




comme l'explique de façon magistrale
ce site
à explorer absolument

Quatuor

ou

puisque nous sommes encore au temps des chateaux forts

A quoi sert une poivrière




Vers tû






    Ne réponds pas

Laisse moi une chance
même emplie de menaces
d’entre-baîller ton Être
    je sens qu’il coule en toi un lait comme un baptême

Où est-il le
secret que l’olive cela
    dont le parfum bleuté herbe mes souvenirs et me rôde dans l’âme
        es-tu jade déjà
ou pierre de Campan quand le printemps la mande ?

Une envie de jouer
    tu as si souvent mis mon pinceau en déroute
il m’était si facile de pénétrer l’or
la pourpre la terre de Sienne
            mais cette couleur tienne
elle me verte-longue et me poire et me paume

Te regardant je crois

Je crois en un monde où l’on cesserait de chercher à comprendre tout ce qui peut se comprendre
       je crois en la fin des canifs et la victoire de l’érable
            et surtout dans la flamme si haut

 Je crois en un monde qui ne vendra le jour au prix de cent nuits blanches
           je crois encore aux branches et leurs prêtres de gui
       je crois aux monts et aux prairies qui cèdent au silence
            et non pas à la roue et ses tristes semences

   Je crois en un monde d’une telle valeur
         qu’on n’aurait pas besoin de compas ni d'équerre
 pour donner un bon goût de froment au pain rond de l'ardeur
        pétri de mains qui montrent
            de mains enracinées aux puits et aux menhir
de mains qui garderaient l'émotion encore tiède
            en forme d'oeuf entre les doigts

Te regardant je crois aux pierres
crues en plein soleil
aux averses de flaques
    dans la barque des choses
            les voix écloses
enfin
            qu'on n'expliquerait pas


Soudain je m’aperçois que je ne dois ouvrir
grand mon étonnement

Vert, ne me réponds pas

Je voudrais comme toi
être le Vert
qui n’a
temps rien mais donne




Une pierre




Une pierre

    muscles bandés
        les yeux tournés vers l'horizon

attend de la mer une réponse à quelque chose
  
 
    elle a perdu sa mort
sans doute
















Candide



-Candide où t'en vas-tu

Si bon matin?

-Je cherche le chemin
Des coloris perdus;

-Tu avalas les berlingots
Du joyeux Arc en ciel
Un matin frais où le soleil
Dansait dans une
goutte d'eau !
Donc ne me chante point les choeurs de l'innocence...

-Matité ou brillance
De l'horizon je suis la ligne
Que levant et couchant désignent
Je scelle une éternelle absence.
Crois tu que ce soit confortable?

-Je vais tenter d'etre aimable...
Sans  toi où seraient nés la virginale rose,
Le lotus, le nuage, le papier où se posent
Les reves du poète? Tu n'es pas que silence
Tu es à toi tout seul tous les possibles! Pense
Que ta non-couleur est rite de passage
Traversée lumineuse, appel aux grands voyages...
Ne vêtait-on jadis de blanc les candidats?
Tu es l'Alpha et l'Omega
De mondes confondus.
Mais...tu deviens tout rose...
Qu'as tu?

-C'est que je me sens tout confus
Lorsque tu me décomposes.



Peau espace temps



Eternité


Peau
Espace
Temps

Tendre la main quelque chose s'écarte
il suffirait d'un rien pour se fondre dans la transparence ou la nuit
résister
se concentrer sur soi peau espace temps ne pas se dissoudre



Entre ma peau et ce qui la baigne quelle différence ?

De densité sans doute


je ne sais pas vraiment si j'habite mon corps
je m'écoute respirer comme si c'était la première fois
c'est drôle quand on s'écoute tout se suspend

on perçoit mieux la peau
sur la cage des os
comment tout cela est-il cousu
pour résister ainsi à des trucs si profonds et qui cognent et cognent

ils ne se feront jamais à l'étroitesse du lieu

Différence de densité sans doute
ou
de nature

peau espace temps
chaque jour émiettée
ce matin
je me suis consacrée à rentrer au-dedans
comme on enfile un gant
ça ne m'a pas fait mal je l'ai fait en pensée
voyage au coeur de l'être humain

Empruntant des chemins qui n'ont que peu à voir avec l'anatomie
je me glisse jusqu'au centre
parfois l’extrasystole rappelle que tout est possible encore
dans l’imprévu


On a tant de fierté collée au bout des mots de la voix ou des doigts
on a tant de fierté qu’on oublie que les pas surgissent de la vase

Plus profond
le corps ne connait plus les mots
les pensées filent à l’anglaise
à croire que pour elles je n’existe pas
c’est à ce moment là que j’ai conscience d’être éternelle



le H


 




Je suis cette ombre axi-dentelle
    quadrillant de ses bras croisés
l’inquiétude déjà couchée
        des avaleurs de pas cloutés
que j’occis-danse
    me dit l’échelle.

-Ah ? .. bon….

Je vis assise dans mon coin
        à ruminer mon seul barreau
chez moi il n’y a ni bas ni haut
            je ne suis qu’ennui parallèle.

-Hé bien.. !

Souris, souris ! Un jour aussi
    tu te feras ombre au tapis
tu glisseras comme le trouble
        sur l’eau des âmes qui se dédoublent
abandonnant à l’ici bas
            tous leurs Hé bé et leurs ah bahhhh.

-Hé bé….

Ah...
Je vois que sous ton air d'Apache
très sûre de toi
tu est en quête de piste H
et tu crois que c'est du gâteau...

Pas vr' É?

-H..

Non, ne dis rien
juste
s'H
ce que k'H
le staccateau qui f'H


Prisme



g023-delaunay-simultaneous.jpg

Penser l'infra
en rouge nombre
palette sang
chairs caressées, peintes, gobées
terreau des fleurs
insaisissables, au vent volées


Oser l’orange goût soleil
aubes promesses veinées de miel
les yeux encore enclos des songes
plumeux et bronze


Voir se lever l’or du matin
en jaune et bleu, puis née soudain
riche de chutes
de revers
pointés piqués grands déboulés
sur le grand tableau de l’occulte


Tisser le vert
des chants de lutte
des communions,
des azimuts
aux angles ronds


Dire le bleu
l’infiniment
du temps qui court un deux trois quatre
passé ici, reviendra-t-il ? un jour sans doute
ou une nuit


Chanter les larmes indigo
en cueillant
les miettes de pluie
voile si doux, allo tango
chars, lie, le vin à mère, à flots


Dormir enfin dans le silence
Celui qui tait
l’ultra sans cible
du violet sombre,
me dissoudre,
ruisselet
mots noyés
en dé
coudre


Toile de Robert Delaunay