mardi 15 janvier 2013

Bandiagara la Belle





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Et que sais-tu du vent amarré sur les dunes
pas une source
rien
que l’épopée liquide de vies en transhumance
la quête javelot du cadeau évanoui
les caravanes bleues et les nids de milans écorchés aux falaises
et comme un désespoir dans les regards baissés ou les voix démunies

J’aime ton nom Bandiagara

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Assieds-toi voyageuse
il est temps de savoir ce qui
pousse les êtres aux portes de l’enfer
Kònsògu dingi
dangi èmè
ègè yò woi

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Bandiagara la rouge
je sais que tes rochers recèlent une braise
un vieux secret qui bouge comme une sauvagerie
entre les accidents les failles et les voix
dis-moi Bandiagara
les plaisirs verticaux sous les grands murs fripés que la foudre escalade
les plantations rythmées sous  l'ombre conquérante

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Assieds-toi voyageuse
Le feu ne comptait pas il y en avait partout on ne manquait de rien
les hommes avaient le choix
tout au fond de la grotte
les dieux avaient offert d’emporter qui l’or qui l’argent et qui l’eau ou le pain
mais il restait dans l’ombre une chose sans nom
et c’est un pauvre hère qui l’a prise en ses mains
n òrò-in wò ga
gara ba ègèli


Bandiagara la Sage
pourquoi cette tristesse portée comme une honte
tu étais si vivante
maintenant ton visage s'éloigne de ta peau


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Ecoute voyageuse
cette chose sans nom et sans forme et sans bruit il l’a posée chez lui et n’y a plus touché
qui avait choisi l’or qui l’argent qui le pain
a cherché à comprendre comment un moins malin et bien moins fortuné
s’obstinait au bonheur
et chacun est venu pour arracher la chose à la douce pénombre


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Bandiagara la grande
tes cases caméléon se fondent dans la pierre
elles disent où est la chose elles disent
yeux fermés

Non voyageuse
les chants se sont brisés
un jour de lassitude la chose s’est enfuie
là-bas
vers l’autre bord
là même où le silence est saisi de vertige

Bandiagara
qui était cette chose ?

Voyageuse
personne ne sait
elle s’appelait
Paix



Une culture séculaire , d'une rare richesse, qui pourrait disparaître sous le sabre et la violence doublée d'inculture  de religions aux crimes conquérants.


Femme des pays profonds


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Femme des pays profonds
ta démarche alanguie
les beaux fruits sur ta nuque ruissellent
et le chemin devant quand le soleil morfond
les ombres rétrécies

Ah… ! tes fesses
coco de mer coquilles chair collier glissant à contre jour
la brinquebalante caresse
de tes seins en pleurote
que traient insouciantes menottes
d'un bambin décalé sur les hanches
ton beau regard qui penche
vers les avant amour

Afrique ma terre ma terre ma terre
n’oublie jamais tes femmes
leurs reins si fatigués de chercher sous la pierre
les racines consumées et l’invisible flamme
de l’eau quelle pitié

Afrique ma terre ma terre ma terre
serpent couve un soleil
misérable affamé sa peau est si
frippée
qu’il n’a plus de courage et l’enfant va mourir
dans sa première pente
si tu ne hurles pas avec tes dernières forces
le chagrin du millet les soupes de sorgho que tu ne connais plus
et le pouvoir des hommes qui te gâche la pluie



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Ecouter une musique traditionnelle africaine

Baka forest people

Complainte de la butte




Petite mendigote
Je sens ta menotte
Qui cherche ma main

Le regard se pose – trois temps pour un contact, pour un recul, pour une fuite, trois temps comme une valse anachronique revêtant une enfance volée .
Premier temps –étonnement. Cette main est si frêle, comme abandonnée sur un ventre déjà lourd pour son âge. Les doigts atones , dont on ne sait s’ils retiennent le pagne ou s’y raccrochent, n’ont déjà plus les courbes, les pleins et rebondis de l’adolescence. Main griffée par la sécheresse de la terre, main gratteuse, main aux ongles éclatés qui fouaille en recherche de racines.

Deuxième temps-recul devant ces yeux abattus, qui ne se fixent nulle part, d’un noir sans fond mais aussi sans surface, ni vides, ni pleins, cavités d’une autre nature qu’humaine.
Troisième temps-poids lorsque l’autre main se tend, doigts en crocs prêts à harponner la moindre aumône. Et le voudrais-je que je me sens paralysée devant ce geste « d’une –qui- a -presque -le -même –âge- que- moi » , mais déjà si vieille.
Elle a à peine 13 ans . Enceinte de plusieurs mois et mendiante sur la place de la poste à Ouaga.
Sa taille fine, ses rêves évanouis, si elle en avait – en avait-elle- dans ce pays en pleine épidémie de choléra, sa taille fine est loin. Que va-t-elle devenir ?

J’ai 16 ans. Cet âge où dans l’ombre complice de la seule salle de cinéma de la ville , je confie mes frissons à des bouches exploratrices et des mains encore pataudes.
Cet âge où l’on se rêve poétesse, en quête d’un Chénier de hasard. L’idée d’un amour fou qui se résumerait à des étreintes de mots, à un choc tel qu’il ne pourrait qu’engendrer la fuite des amants dans des directions opposées, un amour qui serait à lui tout seul univers en expansion, cette idée- là me plait davantage que les bribes de caresses dérobées au cycle Marcel Carné dont mon flirt du moment n’a que faire.

Pourtant je rêve d’escaliers à grimper jusqu’au prochain ponton, d’une Seine où me noyer comme d’une jouissance.

Elle, ne rêvera plus jamais. Elle, elle est déjà occupée à ce petit corps lové en ses creux de fillette, dans ce solde d’amour qui érige les deux cônes de ses seins bien proches de couler.

Dans ma classe viennent des jeunes femmes de mon âge, bébé endormis contre leur dos. Mais elles ont toutes une famille.

Celle-ci, qui me tend la main, ne pourra s’échapper nulle part, ni même à quelqu’un et personne ne viendra la chercher.
Alors pour elle, en imaginant son regard de jeune maman, en espérant que la petite mendigote aura pu trouver une épaule où s’appuyer et que ses mains seront redevenues douces et souples.



Ma soeur peule




Ma soeur peule
ton pas souple
fruit
mur
tes hanches colibris
et ce poids
sur ta nuque
algue brune
fragile

Ma soeur Peule

je devine à ton pas que vous êtes si belle

Quand nous nous croiserons

allongeant les voyelles pour mieux vous caresser
laisse moi s'il te plait dans la fin du vertige
éperdue et dissoute à tes decrescendo

Ma soeur Peule


Viens.

Pour que l’arbre
et pour l’ombre

Viens...

Plantations




Ils se trompent

    ceux qui accrochent au ciel leurs racines
         comme autant de lances hargneuses

Les nuages se moquent des dieux

et les dieux des nuages et des hommes


C'est dans la glaise que l'on doit planter ses origines

        si l'on veut en cueillir les  fruits



Burkina Faso







Une nouvelle rubrique pour faire découvrir les pays et peuples du monde, leurs richesses, leurs pénuries et leurs souffrances aussi.

Souvent des dessins ou des cartes parlent davantage que les  chiffres et les mots. Celles que je vous offre sont régulièrement mises à jour .


Pour commencer,  les pays exportateurs d'armes,
la France ( en violet) y tient une place honteuse.

A regarder ces cartes, comment ne pas s'attrister du fil ténu des deux continents les plus touchés par des conflits, qui semblent soutenir le ballon d'oxygène et autres produits moins aimables des économies situées au-dessus de l'équateur:



Le taux de mortalité pour cause de guerres au XXI ème siècle
le continent le plus touché étant l'Afrique
En rouge foncé le Congo, en rouge clair la Somalie, en sable le Darfour
les autres pays sont le Rwanda, le Zimbabwé, le Maroc, le Libéria...
en bleu, la Bosnie.




Pour comparer par rapport au nombre d'habitants





Les pays les plus pauvres




Ceux qui vivent avec moins de deux dollars par jour, la




Les pays où l'on a le plus facilement accès aux études universitaires
On constate ici la maigreur effrayante du continent Africain .

On




La part du budget consacrée à la recherche scientifique autant dire
que l'Afrique y est réduite à un fil

ay




Les pays qui vivent encore aujourd'hui un génocide
ou dans des guerres continuelles:
Afghanistan, République démocratique du Congo, Irak, Somalii, Timor-Leste, Zambie,  Zimbabwe.
:


Q

Q



Quand la sécheresse et la faim tuent l'Afrique, les  Pays sahéliens étant naturellement les premiers touchés, mais la Chine ( en vert )  n'y échappe pas.



© Copyright 2006 SASI Group (University of Sheffield) and Mark Newman (University of Michigan).



Je sais, c'est démoralisant. Cela nous permet aussi de prendre conscience de nos immenses privilèges et de ces inégalités effroyables, liées à la ponction de tout un continent par les multinationales occidentales, Russes, Chinoises, Indiennes, à son armement par les mêmes puissances, au désintérêt collectif de ce qui est en train de mourir là.


Comment endiguer la pauvreté sur un continent qui est broyé depuis des décennies par des guerres, des catastrophes climatiques, une fuite des cerveaux, des pandémies gravissimes, un déficit croissant d' égalité entre hommes et femmes, la corruption de ses dirigeants, une montée en puissance des radicalismes religieux?

L'obsession pour la " croissance " ne peut que l'enfoncer encore davantage .
 

Pour remonter le moral, quelques liens vers
le Burkina Faso , Pays des hommes Intègres, que je connais fort bien.

Un tout petit pays débrouillard, modeste, parmi les plus pauvres et les plus joyeux et pacifiques de la planète... Ci-dessous, le musée de la musique Africaine à Ouagadougou.


Le pays tout entier y réfléchit aux solutions locales ou locorégionales,   y fait sans tapage revivre l'agriculture traditionnelle avec une grande intelligence de la répartition des semences sur cette terre aride .

L'agriculture occupe 85 % de sa population, 6% se consacrant à l'élevage, le restant aux services qui sont publics ou à la presse qui est tout à fait libre et très drôle, mordante et critique à la fois.

La pauvreté y est endémique, touchant les populations rurales que la sécheresse galopante atteint en tout premier lieu. Mais ce pays
qui ne lutte contre personne et dont la religion animiste à 65%  lui garantit une ignorance salutaire de tout prosélytisme, ce merveilleux petit pays se bat pour lui-même. Il a choisi ses priorités.

Chacun s'y débrouille pour apporter sa contribution, ici, un marchand de volailles qui se rend au marché de Ouaga, un Touareg sans doute:


Le gouvernement rend compte publiquement et très régulièrement aux électeurs de ses réussites et échecs ou lenteurs,  privilégie les rencontres avec la population, accorde une part importante aux femmes dans la bonne gouvernance, prend soin de l'héritage multi-culturel. Les ethnies nombreuses y vivent en paix ... Elles se croisent depuis si longtemps.

Tout doucement, s'appuyant sur ses forces  humaines qui sont grandes, sur l'aide des pays les plus riches, sur certaines régions de France telle le Morbihan qui aide à monter des projets de jardins maraichers

ce qui nous semble simple, mais signifie là bas forer des puits, amener l'eau, la conserver, mobiliser tout un village...
Fort de tout ceci et de l'annulation d'une grande partie de sa dette,  ce petit pays parvient à faire mentir les mauvais chiffres de l'illettrisme, du sida, du manque d'eau.

C'est un des rares pays à se tenir à ses promesses électorales sur le plan des droits humains.


Si je devais lui donner une devise ce serait un haïku de Issa


" Ce printemps dans ma cabane
Absolument rien
Absolument tout "




Voyage au pays des cases africaines




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L'Afrique, où  je suis née et ai vécu dix-huit bonnes années si on compte un séjour de jeune maman au Maroc, m'a laissé des souvenirs à la fois atroces et merveilleux. C'est dans ces derniers que je vous emmène aujourd'hui, pour un diaporama
au pays des maisons traditionnelles africaines
Cette idée m’est venue en écoutant les merveilleuses Escales de Jacques Ibert dont l’une, intitulée Rome-Palerme est très surprenante,
d’une part parce qu’il n’y a rien d’Italien dans le mode utilisé !!
D’autre part parce qu’une escale c’est
,
pour l’esprit commun

un lieu où l'on se pose et non pas le trajet entre deux endroits.
C'est cette étrangeté, le mélange de rêverie, de nostalgie aussi qui m’ont conduite sans détours aux souvenirs de l’enfance...
Afrique aux cases si différentes, si étranges si amusantes souvent.
Bien sûr, il manquera les parfums, la poussière en nuage sur les pistes de latérite, les " S'en fout la mort " chargés jusqu'à la gueule, l'odeur après la pluie si rare ou si diluvienne selon les lieux. Tans pis. En route vers...


Les délicieuses maisons Obus Pouss au Nord Cameroun

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que vous voyez ici adossées à... leur modèle chez les termites!


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Le Burkina est lui aussi d'une richesse incroyable
de variété architecturale



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en particulier la région de Kassena, au sud du pays à la frontière du Bénin. Les maisons y sont, comme celle ci-dessus et les suivantes peintes de motifs géométriques aux significations bien précises sur le rang ou l'état matrimonial de leur propriétaire. Leurs toits en terrasses sont parfois recouverts de plantes qui assurent un minimum de fraîcheur

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Ces maisons sont de véritables labyrinthes dans lesquels tout semble fait pour tromper le regard et faire perdre l'équilibre. On retrouve d'ailleurs les mêmes motifs dansants sur les pagnes enroulés aux hanches des femmes

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Les plus belles cases du pays se trouvent à Tiebelé

Elles sont faite d'un mélange de terre, d'eau et de bouse que l'on appelle banco, très résistant aux intempéries. Les villages ont une forme de huit, nombre parfait en Afrique comme ailleurs qui en outre là-bas est celui de l'Ancêtre primordial. Cette maison ressemble à une poterie ou mieux encore à un pouf de cuir patiné par le temps, elle s'insère dans un village qui a plus de trois cents ans.

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Bien sûr, on ne peut imaginer le charme de ces petits villages qui tentent de survivre aux abords des villes, ici un village sénoufo à la frontière Malienne. Les cases ressemblent à des greniers surélevés pour se protéger des rampants.

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Ce mélange de terre rousse, de chapeaux pointus et de formes très simples me charme toujours autant...
Il me rappelle les délicieuses maisons du pays Dogon dont je vous ai déjà parlé par ailleurs, sur la falaise de Bandiagara au Mali

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Plus on remonte vers le Sahara, plus les villages s'aplatissent et troquent leurs toits de chaume contre des terrasses. Ici en Mauritanie, on tempère la dureté terrible du climat en ornant merveilleusement les cases de ces motifs que l'on retrouvera peint au henné sur les mains des Berbères:

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La beauté de ces cases traditionnelles me permet d'oublier que dans toute l'Afrique les bidonvilles grossissent, les campagnes se désertifient, et qu'il faut toute l'énergie de jeunes associations locales pour faire redécouvrir aux maçons et paysans les vertus d'une architecture naturelle, belle, humaine...

Pour terminer, je vous offre un petit MP3, l'enregistrement de cette fabuleuse Escale de Jacques Ibert si peu jouée et dont je comprends maintenant pourquoi son climat d'inquiète mélancolie traversé de grands souffles lyriques ou de paysages plus primesautiers m'a fait me retourner sur mes pas...

Cameroun

 


L’Afrique la nuit vous chante mélopées
Boubous senteurs manioc
pili-pili pointes de cris,
oiseaux junglant et singe hurleurs
l’
Afrique la nuit, un train qui siffle
une fois, trois fois
entre les dents,
rails déchaussés
et accident.

Douala.
Un seul quai. Pour un seul train. Un seul voyage.
Les eaux du port, écume du coucher de soleil sur fondu- enchainé de latérite et de boue, fument leurs derniers instants avant le départ des chalutiers. Contre les hangars à l’agonie, toute une ruche remballe prestement les restes du marché ambulant venu s’installer là au petit matin. Parfum âcre de morue pourrissante mêlé à la verdeur légèrement punaisée de la coriandre . Les femmes sont belles, croupes douces et flottantes, et au sommet de leurs oscillations, une de ces bassines chargées jusqu’à la gueule qui contient tout leur barda du jour. Il faut rejoindre un autre quai. Une autre « Cohue des "au revoir". Celle du train.

Un parcours du combattant d’atteindre notre wagon au milieu de cette foule résolue qui va jusqu’à la dernière minute essayer de vendre son maigre étal avant de repartir, à pied le plus souvent, vers le village ou les « déjà banlieues », comme ils disent ,de carton et tôle ondulée.
Il est étonnant ce peuple bamiléké. La peau d’un noir presque bleu et les yeux vert lagon. Souvenir phosphorescent des eaux quand la mer n’appartenait encore qu’aux gousses effrontées des pirogues et que les vikings venaient explorer ce pays de volcans, crevettes et diamant.

« Et j’entends siffler le train..
« Que c’est triste un train qui siffle… »
Il est étonnant ce train. Une vieille Micheline à chaque extrémité, auxquelles sont ficelés des wagons à bestiaux et des copies presque conformes de l’Orient express.

20 heures. Nous serons à Yaoundé dans très précisément 22 heures.. si tout va bien.

Le plus dur aura été la journée, chaleur décourageante, d’une épaisseur que l’on n’imagine pas en Europe. L’air aquatique qui s’insinue partout jusqu’à faire souhaiter la noyade ne laisse aucun répit. Mais il y a surtout la présence lisse du canyon de verdure dans lequel se faufilent les rails, gigantesques foulards tendus de part et d’autre de la voie et escamotant au regard la plus petite idée du ciel.

Peindre le silence
De ce mur d'émeraude
Primitif et immense

Peindre la foret muette
Et les grands yeux qui guettent
L'homme avide qui rode

Peindre la prudence
De la jungle blessée
Lorsque l'homme apparait

Peindre les cris
De l'ivoire sculpté
De la chair dépouillée
Du pelage sans vie

Peindre les muscles verts
Des arbres
cannibales
Qui enserrent l'or pale
De l'humaine chair

Et l'absolue jouissance
Point d'orgue du silence
Chlorophylle. Englouti!
Le prédateur maudit.
Des chants
D'oiseaux
Jaillissent
Subits.

Le plus étonnant, c’est la nuit. On roule à 10 à l’heure environ. La touffeur est telle que vitres ouvertes, nous n’avons d’autre loisir qu’attendre que cela se passe et ne sommes pas déçus.
Toute la nuit vont se succéder le long de la voie ferrée des caravanes de marchands ambulants profitant de la lenteur très slow du convoi pour venir vanter leur camelote. Toute la nuit des gens vont monter, descendre, comme d’un omnibus. Ici on s’arrête pour laisser passer un berger et son troupeau de zébus, là on a le temps d’entrevoir dans les futaies les mille yeux silencieux suspendus en guirlandes aux branches. Là encore, le train stoppe pour laisser passer un « s’en –fout- la -mort » enveloppé de sa nébuleuse de cuivre, qui arrive d’une transversale taillé au coupe-coupe, roulant en moyenne sur deux roues au lieu de quatre, prêt à exploser dans la nature ses cages de volatiles et la troupe de jeunes femmes qui reviennent du marché , trop heureuses d’aller plus vite que la modernité.
Pendant ce temps, des enfants viennent faire la manche, s’agrippent à la fenêtre ouverte pour explorer notre cabine, puis « nous quittent sans un adieu » avec une écharpe qu’ils négocieront aux passagers en transit vers l’Europe, laissant en souvenir de ce troc improvisé quelques noix de cola pour tenir la nuit et un peu de leur regard accroché aux fausses boiseries
-Ton train, c’est taxi –brousse ..

22 heures le lendemain.
Le train a sifflé toute la nuit. D’une voix aussi lasse que celle de Richard Anthony.
Il s’arrête à environ 200 mètres de la gare. Depuis des années, les rails y sont défoncés, il n’y a personne pour réparer. A force de voir dérailler la loco tous les deux jours au même endroit, les autorités compétentes ont décidé qu’il terminerait son voyage un peu plus tôt..si on peut dire.
Un train slow slow…
Ce n’est pas triste un train qui siffle dans la nuit !
J'entendrai siffler ce train toute ma vie…

Marchés



Les marchés africains suintent leurs capiteuses
fragrances de piment et de poudre amoureuse.
La corne de Zébu voisine avec la peau
De  morues séchées pendant leurs oripeaux

Le soleil tape-yeux.

Dans un recoin un Vieux
Répare un balafon aux accords pataquès
Pendant que des enfants avec de pauvres caisses
Se fabriquent des jouets plus beaux que leurs modèles...

Le joaillier cajole un bracelet rebelle
Qui tente d'échapper au lasso filigrane
Alors que sa voisine orne de frangipane
Les tresses d'une femme aux muscles de statue.

Le marché se fait rue.

Un hableur de fortune vante sans se lasser
Tous ses " En-attendant ", ses samaras tressés
Qui sursoient un moment aux chaussures fermées
Et font la joie puérile des touristes vampés.

Ici la maraîchère aux bassines émaillées
Range sur son boubou le manioc et l'igname
Et dans chaque carré énervé se déclament
Des palabres sans fin, marchandages  joués
Autour des statuettes, d'ébène ou bien d'ivoire
Ou des bronze coulés
A la cire perdue.

Manioc, cumin pili pili et la chaleur qui fond
Les peaux les unes aux autres,
Brunes, noires ou blanches

Le chauffeur de taxi dans sa voiture épave
Emporte sur son toit les chèvres et les poules
Entassées, ahuries que ce carosse roule
Comme un " S'en fout la mort" dont la poudreuse étrave
Laisse les caquetances sur la mer des risées
Mal avisées.
Là bas, tout dure
Plus qu'il ne doit durer.



Forêt africaine




    Une chaleur de tourbe est amarrée au vert
        le vent ne souffle plus
ni le soleil

Cinq saisons

    qu'une fumée monte du fleuve
    serait-elle un refuge aux oiseaux ?

Ils se sont tus soudain
        alors que nous passions
ça dessine une plaie au milieu de la route
          
le silence
là-bas
       est cru comme un tendon
          

Mangroves
    un parfum qui marmite
    entre les oublis de quelques bêtes sauvages
la terre rouge
souple et lente
avale chaque empreinte
    elle aura faim toujours

Ici est un endroit de gueules et de crocs
près de perdre et mourir


On est seul
entre le désir d’eau
de fraîcheur
de silence
on est seul
devant les grands rapides brisant aux rochers
la mémoire de leurs sources

Désert



Les déserts sont terre féconde pour peu que l’on accorde un tout autre regard aux chuchotements des cailloux ...

On n’est jamais seul dans le désert. Il suffit d’attendre et de quelque ombre à côté de laquelle on était passé sans la voir surgiront des enfants ou des bêtes sauvages qui se volatiliseront comme elles étaient venues. Mirage ou réalité? On ne peut qu'être confronté à la perte du sens ou sa découverte dans le désert. La moindre pierre renvoie aux évidences accumulées en nos pays d'abondance, aux constructions ambitieuses et éphémères que le temps mangera de son lent appétit.

Le moindre geste pèse et donne le sentiment d'une mort imminente mais curieusement, le corps est tout empli d'exaltation. Au désert on ne peut qu'être porté vers le bleu du ciel par l'or du sable. Vivre y devient réellement un acte de l'esprit, une
pensée en marche et en ouverture.

J’ai traversé le Sahara, deux fois. Avec à chaque fois cette ivresse et cette inquiétude que donnent les grands espaces dont on sait que leur intention cachée est à la fois de vous perdre et vous dénuder.
Le désert... c’est d’abord la légèreté. On n’emporte que peu de choses, au premier chef de l’eau. Surtout, on y découvre que l’on n’est pas le centre du monde.
Un désert, ce sont des pistes qui se rassemblent et se désunissent,
des reliefs qui jouent à se déplacer la nuit avec des bruits de tam- tam et emportent dans leurs multitudes de pieds siliceux un paysage qui le lendemain aura encore radicalement changé, au sens où il aura posé ses racines ailleurs...
Un désert c'est une voix qui vous sussure
que l'on est que trace infime et sans importance
une ébauche de morsure de la vie sur un support de chair
Un désert cela rappelle à chaque seconde
que l’être humain est venu au monde
pour se soumettre à ses lois, non les tordre.
Et puis, il pleut parfois dans le désert.

Providenciel que de traîtrise
En tes non-nuages
Harnachés de jacquettes de vent
Capitaines au long cours dans les cyphoses grises
Les tempestaires sont de retours.

Ils sont sortis de leur repaire
Et gagnent l’onduleux séjour
Faufilent bisectrisses et des processions d' orgues
Ruisselantes d'arômes
Là où pavoise la morgue
De parois ocre rouge.

Le ce qui n'est plus bleu
Qui l'a mis en colère
Pour qu'il verse avec rage sur la dune apeurée
Ces graines regard plomb
Pleurées en d’autres horizons?

L'harmattan aux ailes de vautour
Dépose une oasis sur le sable qui bouge.


Esclaves


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Ma peau chanson d’ébène
tu, restée encordée aux nuits sourdes, mes cris
n'espèrent plus d échos
ma peau je t’ai laissée
aux  forêts insouciantes,  cases nues,  terre rouge


Ma peau chanson de pleurs
on m’a jeté aux fers
et emporté très loin dans des pays de plaies
les embruns caressaient la coque du navire
et moi j’étais si seul et pourtant si nombreux à mourir dans le noir
qui enjambait la mer
j’ai senti sur ma chair les baisers en maraude
la rebellion des corps et leur dernière danse
leur haleine giclée et les mots échoués


Ma peau chanson de lutte
j’ai prié j’ai prié
qu’on défasse ces liens, j’ai prié
la cavale j'ai prié du tam-tam j'ai prié quand la nuit agonise
j'aurais voulu goûter la grande faim des vagues
j’ai prié un exil au fond de ce navire ma peau chanson de faim
de soif et de
pourquoi

Ma peau chanson d’ébène
la nuit est repliée
sur elle même


Les aventures de Myrra de Pat Thiébaut



Il est des livres dont, en les ouvrant
de la première touche de couleur à la dernière lettre
on sait qu'on se trouve en pays connu et pourtant à voyager encore.

Un Ami m'a offert il y a quelques jours un livre délicieux écrit par l'un de ses amis illustrateur et écrivain
un livre
qui fait tomber en enfance dans le sens où l'on tombe amoureux
c'est à dire où l'on s'élève vers l'autre
à travers l'autre
pour l'autre.

" Le Voyage de Myra" de Pat  Thiébaut est la quête pleine de joie et de couleurs d'une toute petite fille
à laquelle le papa jardinier et mourant confie comme seul héritage
un noyau. Mais pas n'importe quel noyau de n'importe quel fruit de n'importe quel arbre! un noyau d'un arbre lointain et très important.

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Un noyau à planter dans une terre accueillante et fertile
un noyau en jardin qui donnerait naissance
aux jardins qui se cachent à l'intérieur des fruits.


Myra va s'en aller, déchirer les pays qui s'offrent sous ses pas
traverser le sec, le sable, le désert
puis les forêts pluvieuses  d'une rosée apaisante
sans jamais perdre espoir, sans y perdre son âme
ni surtout son émerveillement.

Je n'en dirai pas plus.
On se  doute qu'elle va trouver un jour cette terre aimable où poser à la fois sa jeune vie et la graine léguée
et pourtant la phrase qui se déroule en longues arabesques laisse
à chaque fin de page
inquiétude planer.

Ce qui frappe d'emblée dans ce livre pour "enfants " grands et petits est la rythmique et le legato des couleurs.

En particulier, les ciels bleus, si difficiles à réaliser, et où la tentation de l'uniformité est tout autant un piège que celle du contraste brutal entre bleu et nuages. Ici le bleu est comme habité de gouttes diffuses dont on sent qu'elles vont se ramasser, s'unir, donner un quelque chose à venir.
La première page est un régal d'équilibre entre l'ombre
très subtile de la chambre, le vert vibrant et droit de la nature éternelle derrière la fenêtre, l'ocre-doré de cette fin de jour éclairant une vie s'en va, le contrepoint papillon blanc de l'âme du père jardinier s'apprêtant à quitter ce monde
et ce tableau d'un arbre au-dessus du lit
ouvert comme une porte pour traverser le livre
... on devine que l'on entre dans un conte initiatique.

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Les pages qui suivront nous emmènent à loisir
( mais on imagine l'immense travail de réflexion qui a été mené sur l'impact des couleurs)
dans des mondes univoques
ou bien
des univers de contrastes
sans que jamais la violence ne vienne nous chaffouiner.

Une page verte et d'or
pleine de fraîcheur et d'espérance
et toujours ces papillons qui suivent pour guider

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La mise en page est belle
avec ce papillon qui volète d'une page à l'autre
encadrant l'histoire
sur la gauche d'un bleu azuréen
sur la droite d'un beau pourpre
fil de vie et d'ailes
survolant les champs et les fleurs du trèfle
dans des dessins qui sont d'une légèreté épurée

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Je vous conseille pour petits et grands cette histoire qui parle au profond de soi
je veux dire qui parle à ce qui n'a plus de nom depuis longtemps
mais les cherche et les retrouve sous une plume et un pinceau d'artiste
qui parle les quêtes oubliées
les départs sans regrets vers les métamorphoses.

On peut trouver ce livre délicieux aux éditions COPRUR


et puis d'autres ouvrages illustrés par Pat Thiébaut sur Amazon
Ce monde a besoin de rêves et de livres qui réconcilient avec cette part de nous injustement oubliée... Alors osons nous offrir ou offrir à d'autres ces plaisirs minuscules qui donnent joie à l'âme!




Question à la chair









Une pensée
creuse la chair du ciel
de ses
moignons noircis

Mais l
es nuages s' enfuient avec d'autres voyelles

Les clous savent bien, eux, fichés sous la dentelle,
qu'on ne peut attraper tous les mondes qui passent.

Unique l'univers ?
Quel abus de langage !

Tout est insaisissable
et tout peut s'inventer à l'heure où on le pense
puis mourir d'un clin d'oeil

A l'ombre de ces rouilles
ne reste que le su
l'abrupt inguérissable

ne reste
Le ciel tourne
eau café










 

Le promeneur solitaire





La nuque un peu fléchie
sa peau est tracassée de grillages terreux
et sur son dos voûté de tant de galéjades
si on prenait le temps de démèler un peu
le fumet du lointain posé en embuscade
à l'assaut de nos "fuis! de peur qu’il ne conte âge "
on lui tendrait la main.
                            Sa route monte et va
                                    à chaque fois plus haut
                                                à chaque fois plus loin
Les bouquets d’eau bouillie giclant sous ses chaussures
éclaboussent l'air pur.
Apparent absolu des choses déjà sèches
il suffit d’un peu d’eau croupie dans une flaque pour ouvrir une brèche
 
Si on savait chacun trouver le paysan caché dans le langage
et l’odeur du labour
si on savait l’amour
on comprendrait pourquoi
il regarde tout droit et jamais en arrière
        dizaines de tromper
            dizaines de pleurer
à qui tourne la tête et recherche le vrai entre la chair et l'âme
La seule certitude qui ne blesse ses mains
c’est de remettre en terre une fleur arrachée
elle poussait simplement, là, entre deux années.
Un enfant sait en lui que le moindre brin d’herbe
nait de l’âme d’un homme
et que chaque buisson est du soleil en gerbe
Il s’enivre de pommes
imprudentes volées sur le bord
du chemin


Ce qui restait, ou vert...





Rouille océane n° 3Ci





Ce qui restait ouvert

Le  coeur presque du bruit
allumant d'autres germes aux battements plus clairs

Le salut par l'absence

l'Après au poids de feu
sur le dernier fuyard

Enfin quand le désert
un navire échoué dans son linge de rouille

Sous nos pas nulle trace

Et nous serions le ciel en plaine au bord de l'eau
l'oiseau
son vol
joyeux sous notre peau





      Après une carrière d'instituteur, notre voisin de la Brède
Erick  Dronnet
se consacre à la Botanique, créant un des sites de flore française  de référence sur la toile.  Ses remarquables travaux et recensements dans le cadre de sociétés savantes n'évincent pas une autre passion:


La photographie .


Ici se poseront des échos en mots
à ses images pleines de poésie.





Jonathan Livingstone le Goéland



 

Toi, Fazil Say, Pianiste, Turc et condamné pour blasphème



Cette grande voix Turque et laïque de l'art pianistique risque aujourd'hui entre un an et un an et demi d'emprisonnement pour avoir osé se moquer un peu de la religion musulmane... autrement dit, avoir usé  de son droit légitime de rire de toute chose, comme tout être humain devrait pouvoir le faire sans crainte pour sa vie.


Délit de blasphème, délit de liberté d'expression
. Et nous devons nous insurger !


Fazil est à la croisée des chemins entre d'une part l'art musical occidental qu'il porte aux sommets avec puissance, énergie et passion, d'autre part l'héritage traditionnel de son pays mais également l'art de l'improvisation afro-américaine.


En hommage à ce talent qui, comme tant d'autres en Turquie, pourrait bien être condamné à se taire, quelques pièces représentatives sous ses doigts emplis de fougue et de poésie:

Tchaïkovsky, Concerto n° 1, troisième mouvement, accompagné par l'orchestre de Saint Petersburg






Fazil Say, Black Earth pour piano solo ( mais il y joue aussi bien des cordes seules, comme une harpe, que du clavier) dans laquelle résonnent et s'entremèlent réminiscences du piano romantique,  modes questionnants de la musique turque et improvisation jazzy. dans un climat inquiet que l'on peut comprendre à la lumière des événements récents qui s'accumulent et confirment ce que nous redoutons...






                    Tu n'es pas seul, Fazil!

.


Papillon d'eau guerrier de nuit










Comme une encre pâlie
le hasard s'éloigne

après avoir uni
papillon d'eau guerrier de nuit












 

Fragment 3 Les pierres qui gardent les portails



Les pierres qui gardent les portails
    savourent ce qui leur vient des joyeuses tablées assises sous les arbres
    l’innocence cruelle des mômes
l’été
            chatouillant d’un brin d’herbe un grillon dans son nid
        et puis le dépiautant pour savoir
                        où il cache sa boite à outils


Les pierres qui gardent les portails
                aiment les mots des branches
    et la blancheur des paumes enlacées longtemps
                    les allées déroulant
                reines
        une lenteur
jusqu’au seuil où la liesse attend


Les pierres qui gardent les portails
                pourraient en raconter de ces dessous de jupes
    aux désirs naufragés
                les baisers que l’on fauche à l’embaumée du vent
    la douceur et le trouble des chairs en frôlées


Elles ne diront rien des fables entendues entre mur et volé

Ce qui les fait pousser
            les pierres qui gardent les portails
    ce sont les éventails des dames jusqu' au soir
            ouverts et dont la brise écrit au pied de l'herbe
    des mensonges bien lisses
aussi purs que la faim d'infortunes imberbes


Sonate pour violon et piano op. 13 de Paderewski

Fragment 8 Vide autour d'un vent mort




La cage d'escalier était un de mes bonheurs.

Il tient à de l'impalpable souvent

et là,
c'était la résonance extraordinaire de l'espace qui le dessinait.

Toute tendue vers le puits de jour qui s'ouvrait aux greniers
j'avait peine à saisir d'un seul regard la perspective verticale des murs
la torsade acajou de la rampe et des marches
le garde-fou aux balustres bronzées dont certaines branlaient
comme une invite à la chute

Assurée d'être seule
je vocalisais sans entraves
et l'écho m'habillait de ses retours flatteurs parfois
édifiants souvent

Puis je prenais peur en pensant que
bien peu de cris reviennent d'eux-mêmes
vers la bouche qui les a libérés

Sentais-je qu'ils couraient
comme ma jeunesse
ingénus vers d'autres rivages
emportant avec eux mes révoltes
mes joies
et derrière eux le corps
vide autour d'un vent mort ?

Fragment 2 Calvaire

 



De loin, sa silhouette flottant de guingois
      sur l'herbe grise de tant et tant de voyages
  nous disait le début du passage.
 
Son ombre au fil des heures indiquait tour à tour le porche de la maison
           celui de l'antique chapelle
  la route sans fioritures et plutôt mal entretenue qui séparait l'un et l'autre
               et à l'extrême bord de laquelle il avait été planté

 
Ni l'allée domaniale ni le sentier roman ne pouvaient se prendre de front
   mais par quelques manoeuvres périlleuses et lentes
du corps ou de l'automobile
  au plus près de la croix penchée.

Nous arrivions toujours à l'heure
                  où l'aiguille de son ombre
                                   indiquait le destin.

Bonheur d'être assise du côté du oui
    au monde basculant avec le capot de la voiture
  dans quelques centimètres d'une eau murmurante et longue
sous la clarté pleine de pièges
d'un été en haillons

 
Et je rêvais alors
               aux pierres qui gardent les portails
     à leur entêtement à créer des obstacles
pour que grandir dans la maison de Dieu
       ou celle des hommes
         ne soit vers le ciel mais devant soi
  au prix de courbes et de haltes