vendredi 25 janvier 2013

Boris Cyrulnik, l'empathie






Section 1
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Section 2


Section 11










Basil Besler, la Pivoine





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Péan était un guérisseur de l'antiquité. Ses patients? Les dieux. Et c'est son nom que porte une des fleurs les plus majestueuses qui soit: la Pivoine.

40 espèces connues à ce jour qui peuvent prendre mille formes: vivaces , arbustives ou herbacées qui renaissent chaque printemps plus abondantes et de nuances toutes plus délicates les unes que les autres...

Hippocrate la prescrivait dans les affections qui touchent particulièrement les femmes, sous forme de graines pilées mélangées au vin.
Bien sûr, il fallait éviter de la cueillir la nuit! Cette fleur associée à la Lune était défendue par le pivert. En ces temps d'unité cosmogonique tout être vivant ou non sur cette terre était relié aux autres par des sortes de chaînes. L'oiseau relié à la Pivoine en défendait donc l'existence en crevant les yeux de ceux qui la dérobaient à la nuit.

Reliée donc à la Lune, cette fleur était particulièrement indiquée dans le traîtement de ce qui est cyclique: règles des femmes, fièvres et éruptions chroniques, plaies récidivantes...

Les Chinois, quant à eux, l'utilisaient depuis le deuxième siècle avant notre ère pour soigner les troubles du foie, apaiser les douleurs, faciliter la digestion, pallier à l'anémie, consolider la part Yin de notre être.
Mais c'est à titre ornemental que cette civilisation la porte au plus haut dans ses jardins traditionnels.

Basil Besler nous en donne ici une belle représentation que je vous offre. La photo a été récupérée par mes soins sur la toile il y a deux ans ainsi que  trois cent autres pages de Besler au moment où ses planches étaient désossées et vendues au plus offrant aux USA. Pas question que seuls les gros porte-monnaies puissent se régaler de ces images délicieuses qui datent du XVIème siècle:


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Basil Besler, le basilic


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Petit roi petit roi
j'ai cru voir ta couronne
pourquoi t'es tu sauvé? L'ange qui suit mes pas se moque du pouvoir...

Petit roi petit roi
j'ai cru voir tes écailles
pourquoi t'es-tu enfui? Je rêvais la morsure du miroir de ta peau...

Petit roi petit roi
j'ai aperçu tes plumes
pourquoi t'envoles-tu? Je voulais sur tes ailes échapper à l'impur...

Petit roi petit roi
j'ai cru voir tes beaux yeux
pourquoi les fermes-tu? J'espérais y trouver la clarté de toute ombre...

Petit roi petit roi
j'ai senti ton parfum que la chaleur offense
aurais-tu entendu le chant lointain du coq ?
Je ne te trouve plus dans les grands rebonds d'herbe étincelée de pierres
petit roi
où es-tu?


Je suis là je suis là
plonge moi dans l'eau rouge
une blessure attend la liqueur arquebouse
mes feuilles et mes fleurs vont repousser la mort
 

Basil Besler, la Tomate



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Nous sommes Michel et moi très en colère, nous qui aimons les vieux ouvrages de Botanique, voilà qu'aux Etats-Unis ( sans doute ailleurs cela viendra-t-il?) ils se mettent à désosser les livres, à vendre feuille par feuille le travail d'un amoureux des fleurs que l'on sent encore vif sur la page.

Seize années de labeur pour le pharmacien de Nuremberg Basil BESLER
né en 1561 mort en 1629, chargé par le prince-évêque Johann Konrad von Gemmingen de reconstituer dans son chateau fort huit jardins de la Renaissance et d'en cataloguer les espèces.
367 pages dont 188 planches auxquelles ont contribué des dessinateurs à jamais anonymes
367 pages dont les antiquaires américains arrachent les planches originales pour les vendre une par une
certainement au poids de la couleur
car j'ai remarqué que plus la page est colorée, plus le dessin y occupe de surface, plus la planche se vend cher
les plus désertes s'arracheront tout de même à 2500 dollars US, les plus chargées sont mises à prix entre 4500 et 15 000 dollars. Et sitôt la planche vendue, sa photographie disparait du site.

Bien sûr on trouve dans le commerce une édition à petit tirage des planches de ce fin observateur des plantes... il n'empêche, pourquoi ainsi malmener l'original? Rien ne peut remplacer le plaisir du contact avec un vieux livre des milliers de fois touché, ouvert, aimé.
Tout est nourrissant dans un livre tel que celui-ci, aussi bien les images que le texte qui les accompagnait et qui passe à la trappe.


Aussi ai-je photographié chaque planche pour vous en faire cadeau chaque semaine, qu'elles ne soient pas le privilège de quelques rares au porte-monnaie bien garni. Car il y avait un moyen de donner accès à une multitude de personnes à ce bel ouvrage, le garder dans une bibliothèque où il pouvait être consulté soit sous sa forme livre soit sous forme numérisée. C'est du pillage et ce d'autant plus que les planches étaient assorties de considérations sur les vertus et utilisations de ces plantes.
On commence avec un pied de tomate dont on redécouvre aujourd'hui les bienfaits, en particulier des recherches très pointues mettent en avant son action préventive prouvée d'un cancer rare mais foudroyant, celui du pancréas.

La fritillaire ou l'enfant qui jouait aux dames







Dammad s’était couché entre deux collines,
la tête sur l’une ,
les pieds sur l’autre,
le dos calé au  fond d’une vallée...
Dammad pensait,
et pendant qu’il pensait le soleil s’épuisait à sauter par dessus son ventre pour vite vite tendre ses rayons entre les murs des maisons,
des étables, des ronces.


Dammad se moquait de la fraîcheur matinale,
des enfants qui seraient en retard à l’école,
des troupeaux endormis à l’heure où ils devraient monter aux pâturages.
Dammad pensait en mâchonnant un tronc d’arbre que seules les fleurs et les oiseaux pourraient le sauver.

Qu’ils étaient loin les jours du petit garçon qui voyait loin,
si loin que lorsqu’il jouait aux dames son regard tranchait le temps et courait vers l’issue des combats entre pions noirs et blancs.

Qu’elle était loin l’enfance et ses jeux pour savoir.

Comment lui vint un soir

l’envie d’échanger son génie contre monnaie sonnante et trébuchante, nul ne l’a dit,
en moins de temps qu’il n’en faut pour dire ouf !
il détroussa tout le pays.

Mais sorciers, druides, maléficiens et jeteurs de sorts aimaient Dammad
aussi pour sa faiblesse qui ne pouvait durer.

Aussi se réunirent-ils dans le plus grand secret.
Et  bientôt
à chaque joute remportée
Dammad grossit comme un ballon.

Les premiers temps, cela l’amusa car il voyait encore plus loin et dans le temps et dans l’espace…
Mais très vite

se penchant sur cette ombre gigantesque attachée à ses pas qui écrasait les champs,
enjambait les collines et glaçait les ruisseaux,
accumulait les nuages dans le plus bleu du ciel

très vite il renifla le parfum de la haine
très vite il se sentit très lourd de sa légèreté


Oh, se disait Dammad, retrouver ma chambre coquette et ma jolie maison!
Ne plus dormir à la belle étoile
ne plus sentir le coffre de la nuit se refermer sur moi avec son bruit de voleur d’âmes…

Dammad se fabriqua une immense pancarte.
On y lisait de loin :

" Echange toute ma fortune contre le retour à ma taille réelle à qui me fera perdre une partie de dame."
Et bien sûr les candidats furent nombreux, que l'idée d'être à leur tour un géant ne rebutait pas…
Hélas, Dammad avait beau se forcer, éteindre son regard ou ses pensées, toujours sa main trouvait la position gagnante.
Alors il s’en fut le cœur gros de peine vers les collines les plus lointaines.

C’est là que nous l’avons trouvé mâchonnant un tronc d’arbre et pensant que seules les fleurs et les oiseaux pourraient le sauver.


Mais les sorciers, jeteurs de sort, druides et maléficiens avaient bien travaillé.
Dans leurs immenses marmites étaient nés deux oiseaux comme on n’en vit jamais,
plumage d’or
regard d’épine.

Ils les lâchèrent dans cette fin de jour où leurs ailes se confondaient aux rayons du soleil.
Ils les lâchèrent et les oiseaux ne virent dans tout le paysage que ce corps gigantesque offert à leur faim.

Dammad les entendit venir et leur offrit ses mains gonflées comme des outres.
Qui dira la douleur de mains sur lequelles s’acharnent les oiseaux ?
C'était le prix à payer...

Dammad s’enfuit avec sa petite taille revenue car il sentait bien que les monstres en voulaient à ses yeux.

Mais chemin courant

il sema derrière lui quelques gouttes de sang.

Elles plongèrent dans la terre pour échapper au dessein menaçant des grandes ailes d’or…
Au printemps suivant il en sortit des fleurs étranges, dont les pétales dirent  à chacun que l’on doit jouer pour jouer et non pour appauvrir celui avec lequel on joue.
On les nomma fritillaires.
La vraie  richesse n’est-elle pas dans la beauté surprenante des choses de ce monde
et dans le rire qui est offert
lorsque l’on gagne

ou  perd ?



 
 

Basil Besler, l'artichaut, le gecko et l'oiseau



Pour petits et grands...
un prétexte qui attendait depuis des semaines
pour illustrer
un beau dessin de Basil Besler


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Tout seul oiseau. Tout seul tout seul.
Et moi
petit gecko
hissé de pattes gouttes
le regard en raisin je suis allé vers lui.

Et les fauteuils me direz-vous ? Les deux fauteuils assis sur la corinthe au-dessus de la rampe?
Pas eu le temps
la rampressée !
Il y avait des feuilles et des feuilles
une forêt de feuilles
on aurait dit un grand troupeau de manchots blancs
et noirs les Empereurs des glaces
sauf qu'ils pas étaient blancs
sauf qu'ils pas  étaient noirs
et leur corps était plat et leur bec a pas d’yeux

Le vent les recourbait d'un moment vert à l’autre

Ils m’ont laissé entrer
non sans croquer le tendre où poussent mes pensées.
Très sombre dans
très sombre le violet qui me piquait les pieds.

La forêt de manchots toute à cous attentifs

aveugle de beaux cris pointait son bec au ciel.
Mon être de gecko dans cette nuit serrée
sentait doute une écharde et près de l'orangé.

Trouverai-je l’oiseau ?
Ne m'avait-il pépié que pour m’emprisonner...?


Nous ne manquons de rien
je le rêve
il me rêve
les manchots plats sans yeux font une forterèche.

Entends son coeur.
Tout bas.
 


artichaut.jpg



Basil Besler, la fritillaire couronne impériale





fritillaire-Besler.jpg



Il en est des fleurs comme de certaines espèces animales. Elles suscitent chez les amateurs des compétitions aussi féroces que celles qui conduisent aujourd'hui à exposer son chat ou son chien dans un concours  spécialisé... Sans doute la chevelure de feuillage qui chapeaute la fleur à plus d'un mètre parfois est-elle pour bonne part responsable de cet attachement  quasi identitaire quoique inter-espèces et d'une envie de le valoriser ... ?

La ferveur pour la fritillaire dite " couronne impériale " date du XVIIème siècle. Bien avant sans doute puisque Brueghel l'ancien la coinçait au sommet d'un bouquet.

Ici une autre toile de Philippe de Marlier qui cumule les liliacées et bulbes de toutes nature. Et longtemps après, Van Gogh en faisait un bouquet somptueux.

Cette fleur époustouflante est originaire de Perse mais a très bien su s'adapter à nos climats, pourvu que la terre y soit plutôt lourde, voire inondée.

Elle est le fleuron d'une espèce qui compte des variétés aussi nombreuses que les sols où elles acclimatent leur robe étonnante...

fritillaire-Besler.jpg

On lui donnait le surnom de " Fleur qui pleure", en raison des nectaires pendant à l'extérieur de ses nombreuses fleurs et qui secrètent en permanence du nectar!

Son bulbe dit-on éloigne les mulots et autres amateurs à dents pointues.
Aimant la compagnie des petits habitants de mon jardin, je ne prendrai pas le risque de les faire fuir ailleurs et, de toutes manières, la sécheresse du lieu ne lui conviendrait guère.

Et puis, c'est une fleur bien compliquée quoique fort belle. Je lui préfère la modeste simplicité de la fritillaire pintade ... qui elle non plus ne pousserait pas chez moi par manque d'humidité mais que l'on peut voir pousser par milleirs à la bonne saison en bord de Garonne, là où l'eau rentre loin, loin dans la terre.

Quelle merveilleuse inventivité que celle de la Nature! Non?

Et pour accompagner en Musique, un extrait du Couronnement de Poppée de Claudio Monteverdi par Philippe Jaroussky et Christina Pluhar:






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basil Besler, la mauve arborescente







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Robuste, dressée dans toute sa vigoureuse simplicité, la Lavatère est l'amie des jardiniers. Sa dispersion est barochore ( un joli mot tout neuf dans mon vocabulaire) ce  qui signifie simplement que la plante dissémine autour d'elle les graines de ses capsules, par simple gravité car elles sont trop lourdes pour être emportées par le vent.

Elle renaît chaque année plus imposante et fleurit sans grands soins.

Frugale, mais si généreuse, elle remplit très vite un coin de terre pauvre, ombragée ou ensoleillé. Tout lui va sauf les terrains argileux et mal drainés!!
Idéale dans un jardin à l'anglaise, elle se marie gracieusement avec les roses.

Ici un petit diaporama du jardin de Roquelin
Les lavatères peuvent, tant leurs buissons poussent haut et de manière désordonnée,  être confondues avec des buissons de roses...


Et pour tout arranger, ses fleurs  aux couleurs si délicates ( roses, parme, blanches, pourpre ) sont comestibles et peuvent  joliment orner une salade d'été avant de fondre sous nos lèvres.
A l'instar de certaines de ses cousines ( la mauve sylvestre qui souvent envahit nos pelouses ou l'althéa ) ses racines, feuilles, tiges sont encore aujourd'hui utilisées  en pharmacie comme laxatif et dans les infections respiratoires.  Mais ne vous risquez pas à fabriquer de tisanes maison avec vos fleurs: il faut respecter des dosages efficaces et non dangereux et le métier d'apothicaire ne s'improvise pas...



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Et pour accompagner cette Mauve, un blues, celui d'Ahmad Jamal

Musique en lien direct ici  pour ceux qui ne peuvent lire le dewplayer ci-dessus


       

Basil Besler, la scille blanche et le crocus




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Pour continuer la mise en ligne de ces pages arrachées à leurs support d'origine et vendues au plus offrant, afin que chacun puisse posséder un peu de cette beauté, sur cette gravure  est mise en avant la Scille blanche.

La substance contenue dans le bulbe de cette plante toxique de la famille des oignons est connue depuis l'antiquité pour ses vertus diurétiques et cardio-toniques à condition d'être administrée en infime quantité bien sûr, faute de cette précaution elle provoque un arrêt cardiaque, comme la digitale. D'origine méditerranéenne, on trouve cette fleur un peu partout désormais, même si elle avoue une préférence pour les bords de mer et les sols sableux. C'est sans doute la raison pour laquelle on la  rencontre fréquemment dans nos paysages girondins  recouverts par endroits du sable des Landes toutes proches.

Il faut se méfier de cette plante car même le contact de ses feuilles et pétales avec la peau peut provoquer des réactions inflammatoires vives et douloureuses, via les cristaux d'oxalate de calcium . Ici une page très documentée.

Les autres fleurs représentées sont, en haut, le délicieux Crocus versicoloris de nos jardins, dont la Bible disait qu'il était " le Lotus des vallées ".  La mythologie grecque s'emparera, à travers le mythe de Prométhée,  de cette fleur dont une variété donne... le safran.

En bas du pied de la scille,  l' Hépatique. Cette petite renoncule possède elle aussi, quand elle est séchée, des vertus diurétiques. Elle est protégée dans certaines régions de France.



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Basil Besler, le Ricin


 

Besler Ricin














Basil Besler, Le lys

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Basil Besler, le palais aux milles parois






Bonne lecture.

Pour écouter sans ouvrir de nouvelle fenêtre:



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Dan–Bah n’en croyait pas ses yeux. Il avait enfin vaincu la Mort, cette hideuse bougresse qui lui avait volé si tôt sa bien-aimée et à laquelle il s’était juré de faire plier genou.

Dan-Bah, car tel était son nom en Mandarin, qui signifie Courage,  Dan-Bah le philosophe
courait pour faire mentir la friande
dont le nez large ouvert humait chaque matin les chemins du vent.

- Où est Dan-Bah ? rugissait-elle de sa voix d’os.
Un petit vent servile rampait jusqu’au refuge du pauvre homme, y dérobait quelques parfums et les rapportait à sa maîtresse. Et la Mort arrivait en grand fracas,
défonçait la fenêtre, tentait de l’attraper…
mais dan-Bah était rapide, plus rapide que la ort


Combien de maisons laissa-t-il derrière lui? Un jour il comprit.

- Les murs de pierre sont un palais factice, même au pauvre hère que je suis.leur solidité apparente est mensonge. La Mort y trouve son garde-manger et le ciment qui unit chaque pièce ne repousse sa venue que d’une petite heure.


Mais foi de Dan -Dah elle ne me mangera pas !


Il se cacha dans une épaisse forêt nichée au creux de montagnes où les vents les plus audacieux ne s’aventuraient plus depuis longtemps déjà. Hélas…
Quelques jours à peine après sa dernière fuite,
toujours conduite
par son chien de vent
elle  le retrouva
abbatit les arbres de son pas lourd
en fit des planches et commença à le cerner

- Je te tiens, tu es fait, mon gars !
- Cause toujours… sourit Dan-Dah en se jetant au ruisseau où l’attendait sa barque.

Chemin voguant, il comprit.

- Le bois n’a repoussé la mort que de quelques jours, pire, ce palais en apparence si souple et accueillant semblae être un allié peu regardant à résister à ses avances.. Il me faut trouver autre chose.

Foi de Dan-Dah, elle ne m’enfermera pas dans le bois d’éternité !

La rivière empruntée l’emporta à contre courant jusque sa source au sommet d’une montagne.


Il s’y tenait
un immense palais de vents
aux  courants si puissants
que les nuages peinaient à les contenir
de leurs muscles gris et blancs
Mais eux
de s’assembler en étages tours corridors portes
murs escaliers en spirales.

- Voilà maison qui me convient ! Murmura Dan-Dah, changeante comme je la rêve, et assez puissante pour repousser les forces du ciel. Enfin je vais dormir.
Et de fait, il dormit tout son soûl durant une bonne semaine tant la fatigue qui le tenait était immense.
Le temps passa, qu’il occupait à méditer ou à cultiver son jardin, ce qui est chose voisine.

Hélas… toujours conduite par son chien de vent,
Elle arriva, écarta un à un les voilages et les murs
et de peu s’en fallut qu’elle ne l’emmaillote.


- Je te tiens ! tu es fait mon gars !
- Cause toujours, sourit Dan-Bah en sautant dans le premier précipice dont l’entrelacs de lianes et de branches accueillit gentiment sa chute.

Descendant comme un singe le long des arbres, il comprit.

- Les palais, qu’ils soient de vent ou de pierre, ne repoussent la Mort que de quelques mois. Pire, leur magnificence est à elle seule un tombeau. La Mort y trouve de quoi attirer d'autres victimes innocentes.
Foi de  Dan-Bah je ne serai son hameçon , et si je dois mourir ce jour, que ce soit moi qui choisisse l'heure et le lieu.


Alors il se laissa  tomber à terre avec l’espoir qu’elle s’ouvre sous son poids et se repliee doucement sur son visage.
Soudain
à quelques centimètres de son nez
une  petite plante surgit.

- Viens ! rentre dans mes murs, je peux te  sauver de la mort .
- Toi ? Mais tu es bien trop petite, tu tiendrais dans ma main !
- Aies confiance, rentre.

Déjà sonnaient dans la campagne alentour le cliquetis des os de sa funeste ennemie.

Dan-Bah,  quoique conscient du ridicule de la situation, prit son élan et sauta sur la plante. Les parois nacrées, odorantes, très douces au toucher se refermèrent sur lui.

La mort au - dehors et vue d'en bas était toute floue, comme nimbée de lait, surtout, elle semblait toute petite.
D’un doigt crochu elle tenta d’ouvrir la maison plante.
Mal lui en prit, elle fut repoussée d’une bonne année par une force inconnue : la paroi blessée non seulement se régénérait plus vite que la faim de nuire de la Mort, mais elle donnait naissance à d’autres parois aussi douces et odorantes qu’elle..

On ne désespère pas ainsi la Mort.
Elle revint à la charge, plusieurs fois,  chaque fois repoussée de deux puis trois puis dix puis cent… années, tandis que Dan-Bah vivait heureux avec une gente veuve qui avait elle aussi trouvé refuge en un recoin de ce lieu étrange.
 

Bientôt de murs il y eut mille
et de tout autant d’années
la mort par l’oignon
est-elle repoussée
dit-on...

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Musique chinoise traditionnelle

A partir d'un dicton chinois
" L'oignon repousse la mort de cent ans"





Le barbier de Sibérie


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Si vous saviez combien j'ai hésité avant d’oser ce que je tiens pour un des exercices les plus périlleux qui soit:

le coup de cœur pour un film.

Celui-ci est un vieux film - dix ans déjà ! - sans autres prétentions que nous distraire et nous émouvoir avec une belle histoire bien filmée et remarquablement interprétée.
Il fait partie de ceux que je revois sans me lasser .
   
J'ai horreur de m'ennuyer au cinéma, et si j'en sors n'ayant rien compris, du moins aimé-je avoir été charmée, surprise, envoutée, amoureuse des héros, de la musique et de l'histoire.
Tous les genres me sont bons; thriller, histoire, science fiction, horreur, humour, saga romantique, documentaire.

    ***
Ici, tout commence par Mozart et ce merveilleux air
extrait des Noces de Figaro, qu'écoute dans son campement une jeune recrue américaine, au grand dam d'un officier un peu rude et ignorant du génie musical.

Pendant qu'il explique à un supérieur obtus les subtilités mozartiennes, la mère de ce jeune homme au tempérament gentiment rebelle lui écrit une longue lettre afin de lui révéler le nom de son vrai père et se libérer du secret de celui qui fut le seul amour de sa vie …

Et tout recommence alors quelques années plus tôt, en Russie, par ce même air de Mozart que chante un des cadets de l’école militaire du Tsar alors que lui et ses compagnons empruntent le train qui les ramènera vers leur caserne.

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L’un d’eux, le superbe et joyeux Andreï TolstoÏ, incarné par Oleg Menchikov, monte  dans le compartiment d’une très jolie jeune femme dont il va tomber éperdument amoureux ( je suis le même jour tombée amoureuse d'Oleg... d'ailleurs...)
Avec cette jeune Américaine libérée et peut-être ... cynique? il va - le temps d'être récupéré par son supérieur - partager quelques fameux couplets d ’opéra mais aussi quelques funestes coupes de champagne…


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Bien sûr ils se reverront, bien sûr ils vont se chercher, s’éviter, s’aimer. Je ne vous en dirai pas davantage, car ce film à la fois romantique et drôle, à la fin si poignante, vibre tout entier de l’âme Russe telle que je l’aime à travers sa si généreuse et sensuelle langue.

D’aucuns ont pu reprocher à cette fresque à grand spectacle de célébrer sans fard un retour à la Russie des Tsars, une critique sans détours de la révolution. Et il est vrai qu'elle nous semble bien superficielle cette cour qui ne vit que de bals, de banquets et de cérémonies pompeuses en l'honneur d'un bien capricieux Tsarévitch  alors que grondent sous les porches les prémices de la révolte. Mais, si on y regarde de plus près, qu'en est-il aujourd'hui du petit peuple russe toujours lésé, après les années goulag et le basculement dans le capitalisme le plus sauvage?

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On fait toujours de mauvais procès aux films aimés du public. Celui-ci, sans snobisme, sans autre desseins que nous faire rire, peur ou pleurer, celui-ci réussit tous ses paris.

Difficile de résister à ces cadets davantage préoccupés de faire sonner l'épée ou se mutiner que de leur avenir.

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Difficile de rester de marbre devant la désopilante scène de cirage de la salle de bal :

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La gorge se serre d'émotion en écoutant la vie tragique de l'héroïne, en découvrant peu à peu ces deux êtres que pousse l'un vers l'autre une passion hors du commun que tout s'acharne à empêcher, et on reste ébloui par la mise en images de cette grande beuverie de Noël aux allures d'un tableau de Jérome Bosch, au cours de laquelle un  général ivrogne va dévoiler sa vraie nature.

L’image est somptueuse, la musique enlevante, complètement russe et dans la lignée narrative et orchestrative d'un Tchaïkovsky ou d'un Katchaturian, les scènes cocasses alternent avec la tendresse vraie.

Le film tout entier est porté par les quatre personnages principaux, la douce et subtile Julia Ormond, Oleg Menchikov qui va brutalement passer du lutin émerveillé qu’il était au tout début à un homme consumé par le destin et dont nous voyons le visage se défaire, vieillir sous nos yeux, se vider de sa substance

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Richard Harris en inventeur fou et sans scrupule au bord de la faillite et puis ce général Radlov, magistralement interprété par Alexeï Petrenko, dont la stature, la gouaille, la rondeur font pour notre bonheur une ombre jubilante, naïve, entière, passionnée, stupide, chaleureuse et violente à la fois à un autre fameux général de notre enfance, Dourakine ( Dourak en russe signifie «  imbécile »)

Vous trouverez ici quelques extraits de ce film tout public, entièrement composé pour les amoureux de belles histoires d'amour - même si son caractère mélancolique en cette Saint Valentin n'est pas tout à fait de circonstance - j’espère qu’il vous fera comme moi passer du rire au larmes et des moments intenses .


    Le barbier de Sibérie
  de larges extraits en Russe