samedi 2 février 2013

Bols



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On ne fabrique plus ces grands bols de faïence
Aux guirlandes bleutées
Où s'enroulaient contents les petits
poings d’enfance
Lèvres chocolatées

Pourtant on s’y perdait en appuyant les yeux
Sur les îles de lait
Dont la peau se fripait
Dans un grand coin du cercle

J’aimais imaginer caressant les fissures
Esquissées mais à peine
Que j’ouvrirais un jour un delta de blessures
Et sur le flux bouillant aux  mulâtres marbrures
Irais penser la nuit en des terres lointaines


par Viviane Lamarlère publié dans :

Coquelicots

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Derniers coquelicots
papillons enchaînés à l’avoine qui danse
courlis  pétales rouges
  esquisses dans l'air chaud
sarabande d’insectes
            bayadères infimes au désordre brumeux


Une peur joyeuse
entre les pinèdes

perdu la mer ?


La pause d’un bosquet
sérénade d’odeurs

glissant le long des fûts malmenés par le vent

leur ombres de penseurs

 

Enfin entre les branches
bien au- delà des brumes

fuyant l’été de blanc coutil

bien plus loin que le temps

la grande plaine d’eau


On n'entend plus les orphéons de feuilles et d'or
les grillons se sont tûs

On n’entend que les chants du corps chevé de faims
les embruns coulent leurs moères
chagrines d’eau humbles et douces


Tellement mien ce silence
ponctué d’oiseaux
dans un ciel implacable

Tellement mien ce nuage

et sa langue désir
aux caprices du vent…


Promenade en Vallée d'Aure



Alors que la neige est tombée ces jours-ci en d'autres régions (sourire)
voici nos vertes Pyrénées en plein mois de février...



Vu d'hier
une lente ascension
 Vallée d' Aure aux alpages  brouillons
l' éventail japonais des arbres de fumée sur le bord de la route



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Vu de loin
le silence

ceinturant la montagne une idée de la mer
un peu courbe
trop pâle


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Vu d'en bas
le vertige
que nous étions pour elle
fleur de lune éclatée




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Vu de près
scarabée
petit soldat mutin pris entre deux vallées




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Elle s'appelait Octobre







Elle s’appelait Octobre et je l’ai refermée

sur les brins frais surgis de la dernière pluie.
Je pourrais me pencher et à travers cet huis
qui sépare les
mois chanter du bout des  doigts
la fantaisie profuse
rhapsode chlorophylle et de gaîté confuse

Mais ce sont  les embruns

aux courtines salées
les vagues dont la peau est fripée de légendes
et  les meutes de nuages gibbeux qui m'attendent
aux confins de l’hiver, tassés
comme des chiens

Le vent me  sarabande une danse de sable

s’égaille dans  mon dos  et se cabre et s’enfuit
tout gonflé de ces gris
collants comme les nuits sans sommeil, misérables…

L'hiver hate mes pas vers  l’océan  la grève

posés sur des abysses
aussi noirs et profonds aussi moites et lisses
que des baisers sans trève.

Quand il se tangue bleu moucheté vert de gris, quand les vagues déferlent depuis l’horizon et mouillent jusqu’au ciel avant de s’échouer

Un bruit sec sur le sable

et ça  cogne aux abers
à enserrer leur gorge et ça prend son élan
puis déflore, léchant
les creux, parfois laissant
les eaux d'une clairière
un peu  de moire tiède un mélange de haine
et d’amour pour la pierre.

Le sable est tout cranté

de préludes fugués jusqu'à en perdre haleine
ici des tortillons
il paraît que ce sont
arénicoles versifications


Elle s’appelait Octobre


Mais je vais vers les dunes et la frêle artémise

dans le ciel un oiseau couché contre la bise
apporte l’hivernage
d’un long cri désolé
au goémon posé
un désir de rivage
qui tremble dans la buée...




Le réel s'inventait




Le réel s’inventait
    sans ciseau
et sans hâte

J’à peine découvrais

       
l’ennui de me lever déjà
quand une voix flûtée

Et pourquoi chante-t-il cet oiseau ?

                c’est l’hiver
et l’hiver on se tait que je sache
    on ferme à clef son nid, on part se mettre au ver
dans un autre fuseau
                                            horaire.






Le rappel des oiseaux de Rameau

Viens...





Tu m’as offert un anneau
c’est à peine si les bords de la pierre entament nos gestes

Il faut que je te dise quelque chose

qui appartient à l’été
aux bruits d’amour dans l’herbe

viens...



L'enfant, nom singulier



L’enfant
nom masculin
pluri-elle
Je n’en veux pas aux dictionnaires

        ils font ce qu’ils pleuvent
    d’approximations
mais je traîne avec moi le souvenir de n’avoir pas été le garçon attendu
        mi fille mi-raison
On touche à la folie quand on s’appelle un autre dans le cœur d'une mère

        des Vint Sans il y en a par milliers
par millions peut-être
    je n’ai jamais aimé ni les jeux de ballons ni les jeux de poupée
      Dans les dangers si doux de l’ignorance
j’allais
    amoureuse des trains miniatures des maquettes de bateaux
enfermée dans mes bras pour me rapetisser rentrer dans les wagons
la fuite
    tentant obstinément de prendre garde à rien de ce qui défilait
le bruit autour de moi rongeait comme du gros sel sur une plaie ouverte
L’enfant

NON! singulier
pluri-ailes

Chêne de Noël






L'ombre s'est mise de côté

ne reste que lumière et un vouloir si dense
que les bras et les doigts et les branches
semblent une intelligence

aux vaisseaux dénudés




Plinthes équatoriales





C’est la route qui nous a dit que nous changions de département.
Un petit bruit différent sous les roues, le macadam moins bien entretenu, des cahots, des fissures, les fossés en bataille...

Et puis dans l’air flottant ces graines égarées qui cherchent un terreau,

le vert bleuté des champs de poireaux et les arbres fruitiers qui n’en finissent pas de regarder les vitres.


Au bout de midi, la maison, ses haies immenses en averses
sauvages qui déferlent
leurs rumeurs d’abeilles.

Je ne sais plus le nom des arbustes qui penchent leur ivoire au-dessus du grillage.


C’est tout empli de fleurs et de silence.

Les volets sont fermés, sauf ceux de l’entrée, c’est ainsi : elle vit dans le noir.

Petit à petit elle se déleste de la lumière comme si elle avait peur d’entrer dans l’émotion trop bavarde des couleurs


Sa peau est celle des vieilles personnes pétale de rose ancienne,

la table est mise,

belle

comme elle a toujours su.

Deux lampes repoussent la nuit en plein jour

il fait si sombre ici

comment peut-elle vivre dans cette nuit permanente?


Je la regarde vivre

si lente maintenant

ses petits pas précautionneux des obstacles

elle a si peu de visites et tant envie de se dire

se plaint de cette douleur qui s'enlise,

prête à exploser la tempe souvent.


Ecoute

tendresse

au moment de partir elle ralentit imperceptiblement le temps

me cherche dans la remise un potage pour ce soir

des pots de confiture un vieux livre qu'elle avait aimé

que nous poursuivions le partage au - delà du portail refermé


elle va rester seule


quelque chose court


au milieu du grand corps de la maison

la traverse

me traverse


plinthe équatoriale




Allumer le feu


Lorsque l’hiver est là

j’aime rentrer le bois qui se trouve derrière la
maison
laisser sécher au salon ses parfums ses humeurs

la pièce est assoiffée elle boit tout en quelques heures


Les bûches sont à point

je me sens toute perdue

est-ce que je sais encore allumer un feu?


Je ne sais pas pourquoi

depuis toujours

regarder le feu mordre le bois

glisser entre coeur et peau ses aussières orangées

baiser licher l'écorce retrousser intrépide son aumusse la faire voltiger se tordre et s'encendrer

cela me bouleverse

je ne sais pas pourquoi c'est oublié

mais une chose babille au fond

une sorte de joie qui surgit en même temps que l’inquiétude
d’avoir oublié le
comment

du feu


Je commence toujours par nettoyer le foyer de la dernière cendre

ma grand mère conservait toute la cendre de l’année et l’utilisait pour laver les draps qui n’en étaient que plus blancs

pose des vieux papiers journaux torsadés

quelques fagots de petit bois

ce qui me tombe sous les doigts et enfin

enfin

les trois bûches


( il vous manque ici le bruit plein de soucis que fait l’édifice instable jusqu’à ce qu’à force de chercher les encoches le tout se cale )




Alors c’est comme un sauvetage

le cœur bat à gauche à droite au milieu presqu’à sortir du corps

la fumée se fait plus grise comme pour dire " Moi aussi

je suis donc je pense! "

des petites étincelles rejaillissent du foyer

quelques flammes semblent renaître

suppriment joyeusement de toutes petites bêtes

certaines trouvent encore à s'enfuir

une prière animiste pour elles

ainsi va la vie...


Détestation de l'été ses chaleurs imposées

passion pour l"hiver ses froidures stimulantes

sacrifier au rituel

voir le papier se tordre se gauffrer se soumettre

flâner entre tous les oublis qui pourraient avoir conduit à l’échec

il m'est arrivé tant de fois de n’avoir pas réussi à allumer le feu et je n’en ai tiré aucune leçon

à chaque fois c’est familier et distant

une seule et même chose à dire

mais on ne sait pas dans quel ordre


Quand le feu a pris et que la flamme rentre jusque sous ma peau

tenir le plus longtemps possible tout près

cuisson des joues

reculer car c’est insupportable

s'éloigner mais tout près

au cas où il s’éteindrait

souffler avec mon grand bâton percé d’un trou brûlé à chaque extrémité

l’erreur est de chaque instant je ne m'en sers jamais de la même façon

à chaque fois les lèvres teintées au charbon de bois


Pas besoin de regarder l’enfer à la télévision

il me suffit de faire un feu

les angoisses ancestrales remontent dans ma chair et allument la mémoire

tenir le monde au bout du souffle au bout des mains

 

Danse rituelle du feu de De Falla



Etonnement





Je t'aime d'un amour

étonné de sa folie
je t'aime d'un amour
bleu, vert, noir rouge sang
or achevé
je t'aime sans savoir
où se trouvent les pas
les pas qu'il faut marcher
les  pas
conduisant au pays
où l'amour
sait
qu'il ne se dit pas

Plume



Qu’il est beau cet oiseau, ses ailes poudre bleue

Posées sur mes iris
découpent dans l’air blanc des losanges qui glissent
Et je vais faire un vœu.
Que pourrais-je rêver ce matin qui s’éveille

Encore un
Mais un beau, tout empli des barques du soleil

Que pourrais-je savoir qui ne soit pas torture

Pour ce monde que j’aime
D’ailleurs ai-je le droit de tracer des ratures ?
Ai-je vraiment le droit d’écrire ce poème ?


Que vais-je demander à cet oiseau joyeux

Qui butine mes fleurs ?
Son nom, oui, et son âge et... non, mon coeur curieux
Trop curieux n’as- tu vu des ailes la douceur
Et la légèreté de danseuse en chaussons
Sur les pétales blancs leur pollen qui éclate?
Ce n’était un oiseau mais un beau papillon

Qui goûtait l’univers juste au bout de ses pattes.