lundi 4 février 2013

Mésange bleue






Une mésange bleue s’est posé ce matin au bord de ma fenêtre
    restée longtemps
        longtemps
    on dirait qu’elle dort dans tous ses mouvements
le froid est descendu trop vite

Dans le creux de mes mains
le bec qui se défend
   ailes froissées le cœur
si rapide sous le plumage

            et ces yeux si brillants
profonds comme des puits

étranges et importants




Marine



La toile originelle...



et ses déclinaisons grâce au talent de Jean-Pierre




















par Véronique Gens

Le parfum de la dame en noir


Août 1965.
Quai de Paludate sur le port de la lune.
Les hangars de la compagnie Delmas Vieljeux sont en effervescence.
La Douane de mer s’active.
Dans deux heures le Foucault décollera son flanc noir à la ligne de flottaison vineuse des vieux quais où autrefois s’endormaient en toute bonne conscience les bateaux négriers partant de Bordeaux. Il va rejoindre à son allure de vieux cabot l’au-delà de la terre, le versus de cette autre ligne tracée entre les vagues et dont la houle s’amuse à bouger l’alignement imperceptible des points.

C’est un paquebot à l’ancienne, pas un de ces mastodontes à la blancheur impersonnelle qui semblent vouloir s’enfoncer dans le regard au sortir d’une publicité pour des croisières soi-disant culturelles. Le château en est encadré de deux cheminées qui ronronnent déjà leur panache, sur ses trois ponts courent les femmes de chambres en uniforme blanc et noir. Des officiers penchés au-dessus du bastingage arborent cette nonchalance distinguée de ceux qui sont déjà amarinés. L’un deux vient enfin baisser cette corde qui nous sépare depuis quelques minutes de l’évasion.

La Passerelle bouge sous nos pieds dans un  rythme curieux, mariage forcé de nos pas et du bercement de l’eau. Devant moi, une jeune femme vêtue d’une de ces robes très juponnées et fort serrées à la taille dont la mode a été lancée par quelques actrices en vogue. Le tissu noir, de sa tournure, son chignon banane et surtout le parfum qui la suit me plongent en subite et définitive adoration pour elle.

D’escale en escale, entre Vigo,Madère, et toute la côte Africaine, je m’attacherai à ses pas, sangsue enfantine et têtue, esclave de mon icône blonde et imperturbable, esclave pour toujours de ce parfum aussi léger, rare, puissant et
classe que le sillage d’un beau navire fendant l’équateur.

Août 1975
Première sortie au Grand Théâtre, je suis ce qu’il est convenu d’appeler une étudiante pauvre. Partagée à l’époque entre mes études de Chant et des études de russe, je penche de plus en plus dangereusement vers le bâbord de la musique et le ras-le-bol du cyrillique.

On y donne ce soir-là le vaisseau fantôme. Horreur de Wagner mais des amis m’y ont traînée pour me sortir de ma vie de rat de bibliothèque.
Juste devant moi, coulant de la nuque d’une spectatrice, le capiteux parfum enrobe ma peau de ses caresses, aussi fraîches qu’au premier jour. Mélange d’herbe coupée et d’écorces, d’agrumes ou de verveine, je ne sais analyser mais mon cerveau bégaye de bonheur, à me faire perdre tout préjugé et me rendre amoureuse d’une musique que j’ai découvert avec le temps plus subtile que ne pourraient le laisser croire ses accents martiaux.

Août 1985 :
Ma deuxième fille est encore petite, mais je ne suis plus l’étudiante fauchée qui s’enfermait dans sa chambre pour refuser de voir ces vitrines inaccessibles. Pendant des années, mon maquillage s’est résumé à un peu de jus de betterave sur les lèvres pour les rosir et carrément de la gouache sur les paupières avec un pinceau en martre le plus fin possible et dilué suffisamment pour ne par plisser la peau en séchant. J’ose désormais entrer dans une parfumerie. Ce jour là, après en avoir essayé jusqu’à l’écoeurement, je le retrouve enfin, sous un élégant habillage vert et blanc. Il est mien depuis…
Il réveille les odeurs de voyage, les envies d’amour, les faims de coulisses où se préparent les spectacles, les amours courtoises qui se muent en amitié…





Madrid, le jardin botanique royal







En mai dernier, nous nous rendions à
Madrid, malheureusement sans avoir pensé un seul instant avant de programmer notre court séjour par ailleurs initialement dédié à une expo de Suisekis, que cela tomberait le premier Mai.
C'est donc avec beaucoup d'inquiétude que nous nous sommes acheminés à pied vers les musées que nous comptions visiter pour ... les trouver fermés. Heureusement, ce jour-là, juste en face du musée du Prado que nous connaissons par coeur, se trouvait ouvert le jardin botanique royal.



 Construit au XVIIIème sur le paseo del Prado, ce jardin faisait partie du projet de Charles III de créer dans sa capitale des espaces de verdure accessibles à tous, protéger les espèces botaniques connues ou rapportées des Amériques et en transmettre in situ les caractéristiques, mais également restructurer la ville et veiller à la santé de ses sujets en leur offrant des lieux aérés propices au délassement et à la promenade méditative.


Grand projet on le voit...  Dès ses débuts ce jardin servit en effet à l'enseignement de la botanique, à la constitution d'archives grâce à des milliers de documents dessinés et répertoriés, permit d'envoyer aux Amériques et dans le Pacifique des artistes et botanistes afin de récolter des espèces et les inventorier.

Les plantes furent classées selon la méthode de Linné et organisées en terrasses thématiques.

Nous nous sommes engouffrés avec bien du plaisir dans les huit hectares d'allées et de terrasses de ce jardin exceptionnel, fort bien entretenu quoiqu'il ait manqué disparaître un temps faute de volonté de le mantenir en bon état.

La plus basse d'entre ces terrasses que vous voyez ici en surplomb :


est dite la Terrasse des Carrés. Elle regorge de plantes ornementales, en particulier des tonnelles fabuleuses de
roses anciennes au parfum inoubliable, des plantes médicinales, aromatiques:



et potagères comme ces étonnants bulbes de plus d'un mètre de haut chapeautés en églises orthodoxes ( on nomme d'ailleurs du joli nom de " bulbe" les coupoles colorées de ces merveilleuses églises dont l'une des plus connues est
Saint Basile à Moscou) . Mais revenons à notre plante, il s'agit de l'ail rocambole, ou ail géant d'Espagne:

.

Quelques fleurs superbes. Voyez comme la lumière diffuse sous la jupe d'une élégante :


Un délicat Coeur de Marie


Merveilleux taffetas de cette ciste dont la robe éphèmère ( les fleurs de cet arbuste ne vivent qu'une seule journée, mais quelle journée...) est toute froissée:





Une belle asphodèle




La terrasse suivante est celle des Écoles botaniques où se situe la collection taxinomique des plantes. Elle permet de parcourir le règne végétal, des plantes les plus primitives jusqu’aux plus évoluées dans leur écosystème reconstitué. Entre deux rêveries sous de grands arbres inconnus, nous allons nous reposer dans la fraîcheur d'un espace dédié aux fougères de toutes sortes. L'ombre et la brumisation ambiante nous emportent bien loin sous les tropiques et dans les temps anciens.


La dernière terrasse est dite " Terrasse Romantique," elle est divisée en petits espaces arrondis, dessinés à la française et plantés de fleurs plus courantes mais dans une jolie déclinaison de couleurs.

A l'ombre de magnolias en fleurs


nous allons beaucoup apprécier cette promenade tranquille entre les iris et autres beautés, buissons d'asclépias:


d'hibiscus


ou d'aliaires qui ponctuent de blancheur les pieds des haies de myrte


 Puis la serre des cactées dont voici les seuls qui ne m'effraient pas:  ils ressemblent à s'y méprendre à des cailloux...

Après avoir traversé les pavillons successifs baignés d'une ambiance à chaque fois plus chaude, nous retournons enfin à l'air libre et apprécions doublement la fraîcheur de la brise qui se lève et les bonsaï offerts au Jardin par Felippe Gonzalez, ancien premier ministre dont la collection somptueuse donne idée de la passion qui l'a longtemps animé et de la générosité  ( les peuples donnent beaucoup pour que leurs dirigeants soient généreux...) de ses invités chefs d'Etats...








Chacun de ces arbres est très haut et très âgé. Deux ou trois siècles pour certains d'entre eux.




Cette forêt qui peut sembler minuscule est pourtant de taille impressionnante...



Et pour finir cette promenade qui fut un vrai resourcement au coeur de la ville, une musique typiquement madrilène, la Zarzuela, où se mêlent thèmes folkloriques et danses populaires venues d'Amérique centrale comme le paso-doble, musique qui accompagne les corridas et les ferias. Ici, une pièce que l'on joue souvent lors de la corrida ou du
paseo, cortège qui entame la corrida et permet de présenter les différents protagonistes de chaque équipage avant que le combat ne commence... " Agua, azucarillos y aguardiente ". Je ne peux m'empêcher en certains endroits de cette musique d'entendre intérieurement les " Oléééééé..! " de la foule...
 Pardonnez le tintement à la fin de cet enregistrement, qui m'annonce l'arrivée d'un courrier, ici tout est artisanal (sourire)

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/paseo.mp3





Hommage à Jorge Cardoso





En route vers Madrid, laissant derrière nous les montagnes sauvages du pays basque et
notre petite salamandre, oubliant les collines de Navarre domestiquées d'éoliennes, nous baignons de bonheur en pays de Castilla y Leon,  tant de fois parcouru depuis trente ans, pendant longtemps dans une vieille et courageuse 4L .

Ces champs de colza ou de blé en herbe, leurs couleurs si fraîches entourées de reliefs adoucis sous un ciel changeant sont une merveille...

L'Espagne est peu tissée de routes. Les villages y sont très épars, que souvent relie une piste invisible depuis l'autopista. En cette saison la nature est de toute beauté,  nous l' abandonnons à regret en parvenant dans la capitale, non sans avoir franchi quelques beaux défilés dignes du cinéma américain ainsi que 
le col de Somosierra, l'une des bien tristes étapes de la conquète Napoléonienne.
Ci-dessous les portes de l'Europe à l'entrée Nord de Madrid. Quel contraste en laideur et rigidité avec le si souple, inventif et mouvant Desfiladero franchi quelques heures plus tôt, où nos enfants petits voyaient surgir des cow-boys et des Indiens ( photo d'une brochure) :





Madrid est une ville étrange, qui pousse sur le désert ses immeubles d'emblée très hauts, interdisant au regard et à la pensée cette accoutumance douce  que peut procurer à qui n'aime pas la ville la présence de  pavillons de banlieue ou de petits immeubles préludant aux gratte-ciel du centre ville.
Madrid
c'est d'emblée la recherche de la verticalité ou de l'étrange élevé au ciel
les barres HLM de brique aux fenêtres desquels flotte du linge,
les panneaux publicitaire géants aux couleurs à vomir
et la folie des échangeurs autoroutiers
qui précédent de peu les immeubles très " j'y-ai-investi-toute-ma-tirelire " .

Et cela est d'autant plus rebutant que la ville vieillle est - parfois - superbe et bien aérée de grandes rues ou de petits quartiers sympas. Mais toute cette suffisance , qu'elle soit design ou dans un style plus Stalinien, écrase et hâche menu ce qui pourrait encore palpiter.





Nous y avons fait il y a trente-deux ans la connaissance d'un homme exceptionnel, un Ami et un frère et ceci tout à fait par hasard.

C'était Noël, et, en guise de messe, nous nous étions rendus dans un de ces cabarets qui fleurissent dans la capitale madrilène, à ceci près que ce cabaret était dédié à la musique classique sud-Américaine, Tolderias était le nom du lieu, qui signifie " Campement de Gitans " ou " Indigènes".

Dans une ambiance très recueillie venaient là des exilés qu'un continent tenu de toutes parts par les militaires avait fini par chasser. Ce soir là nous furent données deux des plus grandes émotions de notre existence.
En première partie de concert un harpiste péruvien, inconnu et qui je crois l'est resté. Ce qu'il sortait de son instrument était au-delà de toute virtuosité ( et il faisait ce qu'il voulait de ses doigts dans une cascade de notes) , nous le sentions habité par une mémoire multiple, protéiforme, dans un engagement de son être jamais vu ni entendu nulle part. Nous en avions les larmes aux yeux et encore maintenant une immense émotion en repensant à lui.

En seconde partie de soirée, Jorge Cardoso.



En regardant ses mains qui bougeaient à peine, sa respiration calée sur celle des phrases musicales, la gentillesse avec laquelle il présentait ses oeuvres, le sentiment de nous trouver en face d'un géant de la guitare comme il n'y en aurait plus, l'égal d'un Segovia.  Une mélancolie, un rythme, une facilité éblouissante mais profonde surgissaient de l'instrument et de l'homme et nous nous sommes précipités sur les deux artistes à la fin de leur prestation, fort appréciée au demeurant de toute l'assistance.

Le harpiste nous a fui, refusant de saisir notre main et même notre sourire, se tenant à distance de deux mètres dont nous ne pouvions ni personne franchir à l'évidence la ceinture. Nous le sentions soudain très angoissé.
Jorge nous expliqua par suite qu'il était un  génie de la musique instrumentale reconnu de ses pairs sur la place de Madrid, mais qu'il tenait à rester ignoré des foules, à sa toute simple place. Il était autiste.


Jorge avait envie de se faire connaître. Heureux de rencontrer des français qui parlaient aussi bien espagnol, il nous invita le soir même dans son appartement où il faisait si froid que pour réchauffer les pièces, " On ouvrait la porte du frigidaire". C'est dire s'il faisait froid...
Là vivaient en communauté, partageant le loyer et la galère, des écrivains, sculpteurs, musiciens, scénaristes, poètes, tous ayant fui leur Argentine natale, diaspora joyeuse et précaire que Jorge menait de son énergie et sa bonne humeur.


Le coup de foudre fut tel que rentrés à Bordeaux, avec pour toute preuve un mauvais enregistrement sur cassette, nous avons fait le tour de toutes les salles de programmation, y compris le grand Théâtre où on nous regarda avec dédain.
J'enseignais à l'époque au Conservatoire de Talence. Ce ne fut pas le collègue guitariste qui fut enthousiaste, normal, il ne lui arrivait pas à la cheville, mais un adorable collègue saxophoniste qui prit sur lui d'organiser dans un château des environs le premier concert de Jorge en France. La presse fut d'emblée sous le charme et ainsi démarra en quelques semaines une   carrière internationaleet une amitié qui se nourrit d'elle-même.
Quand Jorge vient donner des concerts dans notre région, le bonheur d'entendre depuis ma cuisine sa guitare résonner dans ma classe pour une ultime répétition, ces impros d'après dîner, chanter avec lui les chansons de Lorca, préparer avec lui le repas en attendant Michel ( ah... les tagliatelles maison de Jorge, sa salade de poulpe, ses asados argentinos) ...

Il fut notre témoin, ici la veille de notre mariage:




Sur la route de Madrid nous écoutions quelques uns de ses enregistrements que je vous offre ci-dessous. Et je râlais un peu car pour s'en sortir, cet artiste ( qui est également chirurgien ) qui n'avait pas les moyens de se payer un agent dut attendre des années avant d'obtenir permis de séjour et de travail espagnols, passer des concours puis un doctorat de musicologie à Madrid afin de valider ses diplômes argentins qui ne valaient rien aux yeux de la vieille Europe.

Et quoique ayant ensuite enseigné des années au Conservatoire de Madrid, mené de front la direction artistique de je ne sais combien de festivals internationaux, quoique président des années durant de guitares du Monde, quoique la plupart des guitaristes d'aujourd'hui lui doivent tout ce qu'ils sont car aussi bien en musique ancienne que latino ou classique, Jorge restera LA référence, en dépit d'une discographie importante qui le classait chez RCA comme l'un des cinq guitaristes du siècle, en dépit de ce CV hors du commun et d'une critique unanime,  aujourd'hui vivant en France Jorge ... survit.

Ses diplômes, travaux et participation en tant que jury à de nombreux concours internationaux ne lui permettent toujours pas d'enseigner en France. Il vit depuis des années à Paris, ville qu'il adore pour son caractère cosmopolite et trouve-t-il, bien plus tolérant que Madrid (?) il a réussi à y obtenir avec difficultés le statut... d'intermittent du spectacle qui est si aisément délivré à n'importe qui. Mais aucun Conservatoire de quartier qui accueille ce virtuose et enseignant  chaleureux et si ouvert.

Il n'est pas labellisé France.

Et je râle de nos sociétés bureaucratiques, aussi froides et inhumaines que ces villes champignons qui poussent dans le désert, aussi peu reconnaissantes à la vie de ce qu'elle offre de génie humain créatif et généreux, plus préoccupées de bâtir vers le haut pour faire riche, tailler droit de grandes avenues luxueuses au coeur de leurs cités, que d'accueillir avec amitié le parcours fait de révoltes, de transcendance  de l'éphémère, le chemin esthétique et éthique d'un homme.

Nous avons donc écouté en route ces différentes haltes musicales que je vous offre maintenant.
Jorge enregistre toujours en une seule prise, il a horreur des retouches de studio , et donc on entend ici ces bruits d'ongles qui sont la vie même.
Sa mélancolie d'homme déraciné qui cherche l'Origine ( titre de l'album)



Par Jorge Cardoso


Diferencias sobre guerdame las vacas - guitare renaissance
Variations sur un  thème



Ya se asiento el rey Ramiro Danse traditionnelle des Canaries




Canarios
Autre dans traditionnelle des Iles Canaries
Les notes piquées à la fin de certaines phrases
nous disent si bien les petits sauts des danseurs
ces mélodies entremêlées
les évitements et rapprochements des corps amoureux




 
Zamba - Guitare classique
danse Argentine qui n'a rien à voir avec la Samba brésilienne



Polo Margariteno danse lente Argentine



Oeuvres extraites de ce disque

On peut trouver quelques uns de ses disques

à la Fnac





Musique, Peinture, Poésie, Penser * 44 * Bach, 9, le clavier bien tempéré, intégrale par S. Richter



Prélude et Fugue n° I en Ut majeur

tonalité de la joie, de la pureté,
des commencements naïfs qui vont au terme de leur démarche.


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Prélude et Fugue n° II en Ut mineurtonalité de la plainte, du désespoir.
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Prélude et Fugue n° VI en Ré mineurLa tonalité de la tranquillité de l'âme, de la fluidité de l'existence, de la confiance...
http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/1-06_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_6_In_D_Minor_BWV_851.mp3


Prélude et Fugue n° VII en Mi bémol majeurTonalité de la conversation avec Dieu que symbolisent ses trois altérations.


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/1-07_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_7_In_E_Flat_BWV_852.mp3


Prélude et Fugue n° VIII en Mi bémol mineurTonalité de l'inquiétude questionnante de l'âme.
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Prélude et Fugue n° IX en Mi majeurTonalité de la nature, de la vitalité et des scènes bucoliques


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Prélude et Fugue n° X en Mi mineurTonalité du trouble de la pensée,
de l'inquiétude recherchant en vain quelque soulagement.

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/1-10_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_10_In_E_Minor_BWV_855.mp3


Prélude et Fugue n° XI en Fa majeur
Tonalité des tempêtes, de la colère, de la fureur.



http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/1-11_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_11_In_F_BWV_856.mp3

Prélude et Fugue n° XII en Fa mineurTonalité de la douleur intime, de la mélancolie et de la langueur.

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/1-12_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_12_In_F_Minor_BWV_857.mp3
 


Prélude et Fugue n° XIII en Fa dièse majeurTonalité de la respiration libre, légèreté, communion avec la nature,

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/1-13_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_13_In_F_Sharp_BWV_858.mp3


Prélude et Fugue n° XIV en Fa dièse mineur
Tonalité de l'obscurité qui tiraille la passion
comme le chien hargneux tire la draperie.



http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/1-14_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_14_In_F_Sharp_Minor_BWV_859.mp3


Prélude et Fugue n° XV en Sol majeur
Tonalité de la gaieté, du brio, de l'aisance heureuse.


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/2-01_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_15_In_G_BWV_860_1.mp3


Prélude et Fugue n° XVI en Sol mineur
Tonalité de la tendresse, du sérieux, de la grâce,
http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/2-02_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_16_In_G_Minor_BWV_861.mp3


Prélude et Fugue n° XVII en La bémol majeurTonalité de la gaieté, du calme,  de la sérénité grandiose
http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/2-03_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_17_In_A_Flat_BWV_862.mp3


Prélude et Fugue n° XVIII en Sol dièse mineur
Tonalité de l'oppression, de la morosité, de la mort.



http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/2-04_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_18_In_G_Sharp_Minor_BWV_863.mp3



Prélude et Fugue n° XIX en La majeur
Tonalité de la confiance et de la joie champêtre.


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/2-05_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_19_In_A_BWV_864.mp3



Prélude et fugue n° XXI en Si bémol majeur
Tonalité de la joie magnifique, du divertissement, de l'espérance en un monde meilleur

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/2-07_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_21_In_B_Flat_BWV_866.mp3


Prélude et Fugue n° XXII en Si bémol mineur
Tonalité des veillées mortuaires, de la passion du Christ,
de la tristesse irremédiable face à la mort
.



http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Bach/2-08_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_22_In_B_Flat_Minor_BWV_867_1.mp3



Prélude et Fugue n° XXIII en Si majeur

 




Musique, Peinture, Poésie, Penser * 43 * Bach, 8 : le clavier bien tempéré seconde partie






bach orgue


       Prélude et Fugue n° XIII en FA DIESE MAJEUR



Respiration libre, légèreté, communion avec la nature, voilà ce que nous dit cette tonalité. Le Prélude écrit en motifs d'arpèges sur une mesure très balançée est tout entier dans le contraste entre ces lignes régulières et l'accompagnement en syncopes. Le tout reste joyeux et aérien, sans aucun doute gâce à la manière dont le sujet est légèrement modifié d'une mesure à l'autre  ( l'intervalle Fa-Do transformé en Fa-Ré)



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La Fugue
à trois voix est dans le même esprit bucolique. Son sujet en deux parties séparées d'un court silence est bien accompagné d'un contre-sujet en double croches dont les notes répétées accentuent le caractère insistant, sautillant et joyeux. C'est de tout le recueil l'une de mes fugues préférées...

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http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/1-13_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_13_In_F_Sharp_BWV_858.mp3


           Prélude et Fugue n° XIV en FA dièse MINEUR



Dans le langage imagé des psychologues de l'intention tonale du XVIIIème siècle, cette tonalité était celle de l'obscurité qui tiraille la passion comme le chien hargneux tire la draperie.
Le Prélude est ici une invention à deux voix qui fait dialoguer ses deux mains sans interruption quoique avec une certaine sécheresse.

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La Fugue à quatre voix dégage une mélancolie profonde, presque inéluctable.
Le contre-sujet  d'une infinie tristesse, repose sur un chromatisme très riche et des répétitions de notes deux par deux qui insistent sur le sentiment jusqu'à la fin.



http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/1-14_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_14_In_F_Sharp_Minor_BWV_859.mp3



         Prélude et Fugue n° XV en SOL MAJEUR


Le Prélude le plus bref de tout le recueil: dix-neuf mesures seulement! Mais quelle effervescence dans ces arpèges qui entremêlent les deux mains en une joyeuse exubérance. Et la tonalité de Sol majeur y dit ce qui la constitue: gaieté, brio, aisance.

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La Fugue à trois voix qui le suit développe avec le même entrain un sujet long de quatre mesures qui s'élance pallier par pallier vers un intervalle de neuvième ( entre la note la plus grave: Ré, et celle la plus aigue: Mi). Bach y utilise de nombreux procédés d'écritures qui se coulent parfaitement dans la course à la coda: marches harmoniques, canons, renversements. Vers la fin, les ornements écrits en triples croches  qui sonnent comme des roulements de tambour accompagnant le ralentissement de la pièce contribuent au sentiment d'accélération et de jubilation presque solennelle.


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          Prélude et Fugue n° XVI en SOL MINEUR



Un Prélude à l'entrée presque romantique, dont la tonalité laisse présager sa tendresse, son sérieux, sa grâce même...

Le trille sur la longue note tenue de la main droite rend encore plus présent le bercement des accords brisés de la main gauche:


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Ce sentiment de brisure est accentué par l'alternance continuelle de la ligne de chant entre ce trille accompagné:

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et des mesures plus vivement ornementées:

prélude 16 trois

Quelque chose se passe donc ici, au caractère inéluctable, d'une nostalgie un point rêveuse et interrogeante avec sa longue cadence conclusive ornée .

La Fugue à quatre voix est sérieuse comme l'annonce la tonalité. Pour autant son sujet très calme n'est pas traité avec sévérité mais avec métier. Fugue d'école donc...



http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/2-02_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_16_In_G_Minor_BWV_861.mp3



         Prélude et Fugue n° XVII en LA bémol MAJEUR



Pas de définition du sens psychologique pour cette tonalité que Bach traite à la fois avec ampleur dans la Fugue et une gaieté élégante, royale, dans le Prélude.
Celui-ci a un côté très concertant, très italien, avec sa belle mélodie  dont l'écriture aérée  s'appuie sur de solides accords parfaits avant un développement en doubles croches légères et volubiles:


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La Fugue à quatre voix est souvent appelée " Fugue Cathédrale " tant son calme, son élévation sereine vers les sommets sans que jamais on ne sente l'effort d'écriture, donnent une idée du génie de Bach. Elle commence par quelques notes évoquant le son de cloches et ce sujet réapparait onze fois en entier, trois autres fois tronqué, donc quatorze fois en tout, rappelez vous, la signature de Bach. Trois mesures avant la fin, une belle cadence rompue captive l'attention avant la reprise tranquille et apaisée.


cadence fugue 17

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/2-03_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_17_In_A_Flat_BWV_862.mp3




              Prélude et Fugue n° XVIII en  SOL dièse MINEUR


La tonalité de l'oppression, de la morosité, de la mort
est traitée ici avec une grande sérénité dans un Prélude qui tient de l'Invention. Le tempo assez rapide adopté par Richter ( sans doute en relation avec la mesure ternaire à temps binaires qui induit un balancement naturel) ne rend pas compte comme d'autres interprétations plus lentes de la douleur profonde qui habite cette oeuvre:

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La Fugue à quatre voix est d'une rare complexité, et son motif aux notes répétées est ô combien une illustration de ces barreaux infranchissables de l'opression.

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/2-04_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_18_In_G_Sharp_Minor_BWV_863.mp3



          Prélude et Fugue n° XIX en  LA MAJEUR



prélude 19


Le Prélude de ce dyptique est des plus sereins de tout l'ouvage. Il illustre assez bien le sens de sa tonalité qui est celui de la confiance et de la joie champêtre.
Il se présente comme une invention à trois voix sur trois sujets différents, tous tirés vers le haut ou qui lorsqu'ils s'en éloignent y reviennent toujours.

La Fugue à trois voix est une danse ternaire, gaie comme une ronde et dont le sujet progresse par intervalles de quartes ascendantes. A peu près vers la moitié de cette oeuvre surgit un contre-sujet en double croches sous lequel le premier sujet continue sa course volubile et joyeuse.



http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/2-05_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_19_In_A_BWV_864.mp3



          Prélude et Fugue n° XX en LA MINEUR



Ici le Prélude et la Fugue s'opposent totalement.
Le Prélude, écrit sur un rythme à 9/8,  élance avec légèreté son thème soutenu par un trille mesuré et quipasse d'une main à l'autre avec brio. Une véritable étude de virtuosité qui sert la tonalité d'allure fastueuse et grave.


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La Fugue pose problème du fait de la note tenue des dernières mesures qui laisse supposer qu'elle fut initialement écrite pour l'orgue. Il était en effet impossible de tenir une note aussi longtemps avec un tel contrepoint fouillé sur un clavecin ou un clavicorde. D'où le sentiment que Prélude et Fugue ont été appariés davantage par souci de les réunir que par cohérence mutuelle. Elle est d'une difficulté considérable et d'une expression très puissante, organistique au plein sens du terme.

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/2-06_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_20_In_A_Minor_BWV_865.mp3



     Prélude et Fugue n° XXI en SI bémol MAJEUR



Le Prélude de ce dyptique est une petite merveille, un bijou tout en dentelle.  Toccata improvisée à la manière de Couperin, il se termine par une évaporation littérale du son à la dernière mesure, suspendue dans l'éther et qui nous laisse sans voix... Ses accords somptueux dans la seconde partie relancent l'attention et le questionnement autour de cette tonalité qui est celle de la joie magnifique, du divertissement, de l'espérance en un monde meilleur. Mon préféré de tout l'ouvage, je l'avoue, pour les plaisirs qu'il donne à la main, au coeur, à l'esprit.


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La Fugue à trois voix est tout aussi passionnante et m'a donné bien des bonheurs toute ma vie de pianiste. Elle est la plus joyeuse de tout l'ouvrage. Son sujet, très souple et s'étendant sur plus de quatre mesures:

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s'adjoint très vite un second contre-sujet fort de cinq notes répétées suivies d'une ritournelle  en double croches qui accentuent le caractère de danse villageoise de cette pièce.

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Il s'agit pour moi du dyptique le plus achevé, le plus puissant de tout l'ouvrage. Elégance de l'écriture, raffinement de la mélodie puisée à la tradition séculaire, science du contrepoint, virtuosité qui n'empêche les pauses méditatives, tout y est...


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/2-07_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_21_In_B_Flat_BWV_866.mp3



         Prélude et Fugue n° XXII en  SI bémol MINEUR




Le Prélude illustre parfaiement, dans sa forme de procession lente , le climat que suggère la tonalité: celle des veillées mortuaires, de la passion du Christ, de la tristesse irrémédiable face à la mort.
Il se caractérise par la marche régulière des croches de la main gauche qui soutiennent le motif très simple et très obstiné de la main droite:


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L'oeuvre qui débute à quatre voix se termine à neuf parties, un peu comme un convoi qui se nourrirait des promeneurs de passage et les emporterait dans sa marche funèbre. Climat très sombre donc qui prépare celui de la Fugue à cinq voix qui le suit.
D'un style tout à fait épuré, construite sur des valeurs longues, elle déroule sa forme de choral à cinq voix égales au décours d'un chromatisme très élaboré. Puis elle se replie après une strette de pas moins de dix mesures.

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Bach/2-08_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_22_In_B_Flat_Minor_BWV_867_1.mp3


          Prélude et Fugue n° XXIII en  SI MAJEUR


Une grande parenté ici entre le sujet du Prélude et celui de la Fugue:

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Ce Prélude fugué à cinq voix s'articule autour d'un thème calme et souriant, aimable même et dont les gouttes d'eau des notes contredisent l'idée que l'on se faisait de la tonalité: celle des passions, de la fureur, de la jalousie.
La Fugue nourrit le même climat tranquille dont l'écriture solide et solennelle est accentuée par le trille qui clot l'entrée du sujet.



http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Bach/2-09_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_23_In_B_BWV_868_1.mp3


     
Prélude et Fugue n° XXIV en SI MINEUR



C'est à cette
tonalité qui est celle de la patience et de la résignation que Bach confie le dernier dyptique de l'ouvrage.

Le Prélude
, un des rares sous lesquels Bach ait donné des indication de tempo, est une longue méditation intime. Divisé en deux parties de longueur inégale, avec reprise indiquée, comme s'il fallait insister sur le sens de la patience et bien s'en pénétrer.
La Fugue
, la plus longue de tout le recueil se rapproche par l'esprit de celui qui traversa ses Passions. Peu d'artifices d'écriture mais une grande sobriété



http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Bach/2-10_Bach__Well-Tempered_Clavier_Book_1_-_Prelude__Fugue_24_In_B_Minor_BWV_869_1.mp3