mercredi 6 février 2013

Musique, Peinture, Poésie, Penser * 65 * Carl-Philipp-Emmanuel Bach





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Se prévaloir de l'admiration de Haydn, Mozart et Beethoven serait-il un des marqueurs du génie? Sans doute car si dans la famille Bach on demande le plus souvent " le Père" on en oublie (et c'est dommage) les fils, tous talentueux et pour l'un d'eux, Carl Phillipp Emmanuel, tout simplement génial. Précurseur de la musique classique et même, par certains aspects, du style romantique, son oeuvre très abondante, d'une liberté formelle étonnante qui alliait le sens de la surprise harmonique à la volubilité improvisatrice reste largement méconnue.

La philosophie des Lumières et son souci de clarté et de rigueur, l'ombre si lourde d'un papa qui jouait du contrepoint comme d'autres respirent et d'un parrain qui se nommait Telemann, tout cela va porter le jeune C.P.E à sortir du chemin tracé. Il lui fut absolument impérieux de laisser parler ses émotions, laisser vivre son Moi caché, avec ses contradictions et ses paradoxes... Ne disait-il pas qu' " un musicien ne peut émouvoir le public avec son oeuvre que s'il en est lui-même ému" ?

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                                  Toile de Jean Huber

Mais commençons par le commencement! Deuxième enfant de Jean-Sébastien et de Maria Barbara, CPE Bach est né à Weimar en 1714. Elève de son père il se révèle un brillant claveciniste au tempérament plein de fougue, capable dès l'âge de onze ans de jouer à vue n'importe quelle oeuvre de son père.  L'atmosphère brillante et très créatrice de Leipzig stimule sans nul doute ses facilités naturelles aussi bien intellectuelles que musicales et c'est ainsi que, sous la supervision de Jean-Sébastien Bach, il se lance dans la composition de pièces pour clavecin puis pour formations de chambre, tout en poursuivant des études de droit sitôt reçu au baccalauréat de l'époque.
 Les fils de Bach savent le patrimoine musical qui repose sur leurs épaules et entre leurs doigts et ont à coeur de le transmettre. Enseigner s'impose, comme une évidence.
Il ne tarde pas à être embauché par le prince héritier de Prusse, futur Frédéric II, comme musicien de l'orchestre de la Cour de Prusse.

Il restera 30 années à son service, le suivant dans tous ses voyages et dans son ascension politique.

Ici le futur empereur en compagnie de sa soeur Whilelmine

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Il se trouve que le futur empereur est poète, philosophe et même musicien!! Malheureusement pour notre jeune compositeur, le monarque est flûtiste et celui qui fait la pluie et le beau temps dans l'orchestre est un musicien ô combien moins doué pour la musique que l'héritier de Bach mais bien plus habile à flatter. Nous voulons parler ici de Johan Quantz dont la musique reste d'intérêt mineur. Enfin... elle donnait au grand Frédéric II l'occasion de briller en concert, alors...

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CPE Bach est sous-payé par rapport aux flagorneurs qu'il dénonce. Mais il faut vivre et jusqu'en 1742, son oeuvre est dite " alimentaire ". Il compose des pièces faciles que pourra jouer le Prince, tout en préparant ce virage qui surprendra sans doute son entourage vers son style si personnel, si emblématique du Empfindsamkeit ( style sensible, émotionnel ) . C'est l'époque des sonates Prussiennes, dédiées à l'empereur, dont je vous propose le troisième mouvement de la sonate n° 4 Wq 48, tout en dentelle et construit comme une Invention de ... Bach père. Ecoutez ces si beaux contrastes de nuances et cette rigueur d'écriture à partir des quatre double-croches qui entament ce mouvement en forme de gigue:



Le clavier est décidément son compagnon favori et il ne va cesser de composer pour lui, plus de cent sonates dont la majeure partie fut publiée de son vivant mais aussi des concertis créés aussi bien sur le clavecin dont il extirpe le meilleur avec une recherche quasi obsessionnelle de la ligne chantée que sur clavicorde ou pianoforte.


Pour commencer un des tous premiers concertis, le Concerto pour clavier en ré majeur Wq 11, dont voici le généreux premier mouvement qui oppose un orchestre que n'auraient renié ni Lully ni Vivaldi, très Grand siècle dans sa majesté,  et un soliste volubile et questionnant, proche du style galant mais écoutez bien la magnifique cadence de virtuosité à la fin, comme elle s'égrenène avec puissance et mélancolie ( et avec des moyens très restreints : une gamme descendante!!!) 




J'ai volontairement parlé de mélancolie car notre homme l'était, souffrant sans doute profondément des rivalités de la cour, du poids de son nom et de n'être pas reconnuà sa juste valeur. Voulez-vous entendre cette âme chanter? C'est l'Adagio du Concerto pour clavecin Wq 20 qui nous le raconte, toujours autour de merveilleuses et simplissimes mélodies qui tout à coup nous font sentir Mozart si proche... Et là encore, c'est sans doute dans la cadence qu'il se donne tout:


On raconta beaucoup des relations de Jean-Sébastien avec son fils. On parla même de mépris. Nous n'y étions pas et nous garderons d'accorder crédit aux propos reportés par Cramer, peut-être bien jaloux. Bach admirait le talent de Carl-Philipp et en visionnaire encourageait le goût de son fils pour le clavicorde, instrument d'une grande puissance expressive qui participa de la révolution de l'écriture musicale. En témoigne ce bel Andante de la Sonate en La majeur Wq 65 pour clavier joué ici au piano et qui ne dépare pas sur cet instrument. Par moment j'y retrouve l'ambiance d'improvisation rêveuse, les envolées lyriques, le sens de l'asymétrie encore propre à certains génies du jazz comme Keith Jarrett. Mais écoutons ce mouvement:





Toujours jouée au piano une sonate dans le plus pur style de Scarlatti, la Sonate en Ut mineur, Wq 65-31. Elle est très caractéristique de la passion de son auteur pour les changements de rythmes, de mesure, les cadences librement improvisées au milieu du discours et qui le rompent, frisant parfois l'incohérence, les silences impromptus enfin qui prennent sens d'une respiration vitale dans le décours de la geste créative. Il s'agissait de laisser parler l'âme et le coeur. Un côté joueur aussi, ménageant l'attente et la curiosité de l'auditoire. D'ailleurs ce mouvement précis est intitulé Scherzando ( en jouant...):





  CPE Bach ne vivait pas que pour le clavier, la viole de gambe et le violoncelle lui parlaient tout autant et il y fut à la fois le brillant élève de son père, le dépositaire d'un art qui se diluait en faveur du seul violon, et sans doute le maître à créer d'un autre classique brillantissime dont on connaît si peu l'oeuvre: Boccherini.

Pour la viole de gambe accompagnée du clavecin voici l'Arioso de la sonate en Ut majeur Wq 136. Mêmes caractéristiques formelles obsédantes que dans l'oeuvre pour clavier et c'est ce qui fait de ce compositeur quelqu'un de si singulier, quoiqu'il touche. ici, le climat est tout d'amabilité et de douceur, une parenthèse sereine dans une vie inquiète:




De la viole de gambe au violoncelle il y a bien des différences, nous les sauterons joyeusement pour rejoindre le Concerto pour violoncelle Wq 172 en La Majeur dont vous entendrez successivement


le 1er mouvement




et le 3ème et dernier mouvement:


Vous aurez entendu l'orchestration presque baroque dans sa facture, très italienne, et le modernisme du violoncelle qui explore toute sa tessiture en entraînant l'orchestre dans des envolées plus dramatiques.
D'ailleurs la pensée de CPE reste égale à elle-même lorsqu'il utilise l'orchestre comme instrument à part entière comme dans cet extrait de la Symphonie n°1 Wq 179. Le climat y est tour à tour furieux, inquiet, comme une bourrasque traversée de questionnements métaphysiques! On ne peut s'empêcher d'y entendre encore la nature profondément brillante, spontanée, d'une intrépide créativité du compositeur:




 
Très attaché à son père dont il fut le gardien de l'oeuvre après sa mort, CPE lui rendit un hommage appuyé en écrivant un très beau Magnificat. Voici donc pour terminer cette promenade dans les bois d'un compositeur méconnu encore aujourd'hui, le Magnificat anima mea Dominum, rigoureux dans sa forme et dans sa puissance. Comment s'affranchir d'une telle ombre sinon en créant sa propre lumière...?




A la mort de CPE Bach, le 14 décembre 1788, une gazette de la ville de Hambourg écrivait: " La musique perd en lui une de ses plus belles parures ".

Il nous reste de lui cette oeuvre prolifique, comme un pont entre deux mondes, le baroque révolu et le classique naissant dont il fut un grand architecte.


Toile de Hubert Robert, 1788, le pont du Gard


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Musique, Peinture, Poésie, Penser * 64 * Le clacissisme Gluck





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Cet homme-là pense. En jouant. Il pense depuis sa naissance... Heureux temps que ceux où être totalement autodidacte n'empêchait ni de penser, ni l'ascension sociale ni le génie reconnu des contemporains.

Né en Bavière en 1714, Gluck entame sa vie d'intellectuel à l'âge de 16 ans par des études de philosophie. Non sans avoir tenté de mille manières d'infléchir la volonté paternelle qui voudrait le voir reprendre une charge somme toute très honorable  de " maître des eaux des forêts " au service de la famille des princes de Lobkowitz. Ce n'est pas que l'on n'ait pas su remarquer ses dispositions précoces pour la musique, des leçons de violons lui furent même dispensées dès son plus jeune âge. C'est tout simplement que... cela ne se faisait pas de vivre de musique!!

Voici donc notre jeune future étoile au firmament de l'opéra sur les routes de la philosophie mais aussi de son génie musical avec pour tout instrument... une guimbarde:

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Heureusement pour lui et pour nous son université lui permet de se former en violon, violoncelle, et surtout au chant.

La voix l'intéresse d'emblée et il ne se départira de cette tendresse spéciale toute sa vie durant. Pour elle il va se plier au conformisme de son temps qui est tout de sève et facture italienne. Entre 1737 et 1754, tournant de sa carrière, il compose sur des livrets maintes fois utilisés déjà ( le plus souvent du célèbre Métastase ) un opéra par an pour les théâtres qui l'accueillent, à Venise, Milan mais aussi Londres où il rencontre Haendel.

A l'époque de Gluck, les sujets d'opéra étaient inspirés en grande majorité par l'histoire romaine ancienne ou récente. Mais de plus en plus d'intellectuels dans toute l'Europe, au premier rang desquels Voltaire,  s'indignaient de la place excessive laissée au décoratif, à la surcharge ornementale et pour tout dire à la pré-éminence des chanteurs portés aux nues pour leurs vaines roucoulades au détriment du sens, de l'éthique, des valeurs humaines mises en musique.
L'Europe n'en avait pas encore fini avec ses controverses...


            Toile de Samuel Scott


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Atteindre au naturel, retrouver l'unicité perdue de la musique et du texte en concentrant à l'extrême le scénario, surtout faire valoir à chaque fois la victoire des valeurs nobles comme l'amitié, la fidélité, l'amour conjugal, la sincérité... Victoire sur les forces destructrices qui souvent entachaient les oeuvres de son temps. Voilà quelle sera l'entreprise menée par Gluck avec une détermination qui fera dire à Mozart que " Les français en matière d'opéra ne peuvent rien, ils doivent s'en remettre à des étrangers". Ce qui était un peu exagéré car Gluck est le grand héritier de Rameau et de Lully...

Mais revenons à ses voyages. Ils le conduisent entre 1746 et 1749 à Dresde, puis Hambourg, Copenhague, Naples et enfin Vienne où il épouse une toute jeune riche héritière.
Sa renommée internationale est alors à son apogée. Il devient dès 1752 chef de l'orchestre privé de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche.
S'ouvre alors à Vienne une longue période de presque vingt-deux années au cours desquelles l'influence française sur son art se fait de plus en plus sentir: la simplicité de la prosodie française, alors qu'il arrange des comédies françaises pour la cour viennoise, est décisive pour la suite de sa propre révolution intérieure. C'est le temps de la réforme de l'opéra seria.

Le poète italien
Ranieri de Calzabigi va aider Gluck dans sa quête. Il écrit pour lui des livrets dépouillés, où la musique se met entièrement au service du texte et non celle des interprètes, où une place importante est accordée aux interventions chorales comme dans la tragédie grecque, où enfin le ballet participe entièrement du drame et perd son caractère de bouche-trou décoratif.
Gluck rencontre durant ces années si fécondes les idées -voire les personnes- d'intellectuels et artistes aussi puissants que Noverre, qui de son côté révolutionne le ballet, Diderot ou encore Grimm.

Plusieurs chefs d'oeuvres naissent durant cette longue période, qui toutes témoignent du talent d'homme de théâtre mais aussi d'orchestrateur de Gluck.
Je vous propose d' écouter des extraits de quelques-uns d'entre eux.


           Toile de Camille Corot, Orphée ramenant Eurydice des Enfers



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Commençons avec l'Orphée et Eurydice dont voici le livret.
Tout d'abord La danse des spectres et des furies qui accueillent Orphée aux Enfers.
Elle est construite comme une chaconne sur un accompagnement de notes piquées qui se répètent en boucle pour soutenir un véritable tourbillon de violons. Celui-ci n'est pas sans rappeler le style de Vivaldi, en plus sombre peut-être, que ponctue la couleur éclatante des trombones à coulisse, instrument symbolisant les enfers dont les interventions grinçantes attisent le sentiment d'angoisse.


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Gluck/01_Danza_Degli_Spettri_e_Delle_Furie__Allegro_non_troppo.mp3

Le rôle masculin fut créé par un castrat, auquel il était donné pour consigne de ne point en faire trop... Ici le célèbre aria " J'ai perdu mon Eurydice " sera chanté par une mezzo,  Jennifer Larmore. Sa voix rend à merveille la plainte inquiète de l'époux:


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Gluck/44_Orphe769e_Et_Eurydice__Act_3__Jai_Perdu_Mon_Eurydice__Orphe769e.mp3
                    Toile de Fragonard, Dom Juan et la statue du commandeur




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Puis quelques extraits du magnifique et trop peu connu ballet-pantomime "Don Juan ou le festin de Pierre", d'après la comédie de Molière, qui témoigne du talent formidable de Gluck pour faire chanter l'orchestre.
Il y renoue constamment au décours de la partition avec le sens de la mélodie italienne qui avait bercé ses jeunes années d'exil volontaire en Italie, la vivacité et la clarté de l'orchestration toute française ou la grandeur un peu solennelle héritée des pays anglo-saxons. L'oeuvre comporte quelques trente et un numéros, dont le dernier fut repris dans l'Orphée et Eurydice sous le titre déjà écouté de Danse des spectres et des furies. En voici quatre autres.

Pour commencer l'ouverture appelée ici Sinfonia. La solennité des premières mesures ( la gravité du Commandeur)  y alterne incessamment avec une légèreté insouciante et dans une jubilation musicale italianisante qui évoque Don Juan:

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Gluck/127_Don_Juan___I_Sinfonia_-_Allegro.mp3


Ensuite une Sicilienne très douce ( allusion à la terre natale de Don Juan )  chantée par le hautbois accompagné des pizzicati des cordes.

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Gluck/129_Don_Juan___III_Andante.mp3

 
Vient une succession très imagée de Danses traditionnelles. Elles relatent l'épisode durant lequel Don Juan séduit deux jeunes paysannes. La pièce est clairement divisée en deux parties: la danse de séduction qui est une bourrée lancée par des rythmes pointés. Puis un épisode plus agité tout en trémolo des cordes qui correspond au moment où ayant été démasqué par les deux belles le vil séducteur doit s'enfuir sous le chant ironique du coucou ( qui signifiait alors " cocu ")
 ou pour le dire autrement " tel est pris qui croyait prendre "

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Gluck/139_Don_Juan___XIII_Allegro.mp3



Enfin un délicieux Menuet dans le style galant, et en même temps teinté de coquetteries orientalisantes et d'espagnolades par les tonalités, ornementations, inflexions et frottements choisis. L'époque était aux turqueries et Gluck n'y échappa pas... Le morceau en question, que je qualifierais de fandango-menuet pour le clin d'oeil, évoque le moment où contre l'évidence Don Juan ment au Commandeur.



http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Gluck/145_Don_Juan___XX_Moderato.mp3




           Toile de J-F-Pierre Peyron, Alceste mourante


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Le dernier grand succès de son séjour viennois sera l'opéra Alceste. La préface de l'oeuvre donne occasion à Gluck et à son librettiste d'énoncer clairement les principes stylistiques pour lesquels ils militent en quelque sorte depuis tant d'années.

Tension dramatique, scénario conçu dans la plus grande nudité possible afin d'exprimer dans toute leur force les sentiments humains, austérité de l'intrigue et par ailleurs diversité des personnages s'exprimant parfois tous ensemble dans un même air, importance des interventions chorales qui deviennent les piliers de l'architecture sonore et font le lien entre les personnages solistes et le spectateur, recherche de l'expression des sentiments à travers une écriture fouillée et complexe, dépouillée d'ornements inutiles et qui n'épargne pas ce que Gluck nommait lui-même " la recherche d'une belle simplicité " , lien clairement audible entre l'ouverture et la suite de l'oeuvre dont elle annonce les épisodes successifs, ce n'est qu'un tour rapide de l'horizon ouvert par Gluck.

En voici l'Ouverture mouvementée, changeante comme les états d'âme successifs des protagonistes de cette histoire tragique mais au dénouement heureux. Quelle puissance!!!

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Gluck/1-01_Alceste__Ouverture.mp3
Puis le très célèbre Ombre larves, intitulé selon certaines éditions par " Divinités du Styx " dont je n'ai trouvé aucune interprétation réellement convaincante... Quel dommage car c'est un sommet! Dans cet air Alceste décide de prendre la place de son mari mourant.
Voici l'air chanté par Ann-Sofie von Otter.

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Gluck/1-12_Alceste__Ombres_larves.mp3


Enfin le second grand air d'Alceste, Grand dieux, soutenez mon courage.
Chanté ici par la magnifique Véronique Gens toute en effroi dans un grand rôle enfin à sa mesure, il se situe au moment où Alceste (ayant accepté la proposition des dieux de prendre la place de son époux mourant dans la mort afin que  ce dernier recouvre la santé) se rend aux Enfers.
On sait que Hercule sauvera les deux époux du sinistre séjour et que leur vie se terminera heureuse...

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Gluck/01_Alceste_-_Acte_III_Scene_3_-_Air_DAleceste__Grands_Dieux_Soutenez_Mon_CourageAh_Divinite769s_Implacables.mp3
 

            Toile de Francesco Hayez, Renaud et Armide


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C'est en 1774 que Gluck quitte Vienne et tente sa chance à Paris. Il ne sait pas que l'attend ce fameux esprit chicaneur qui anime parfois les français... Il lui est difficile de s'adapter à la conception que les théâtres français se font du répertoire: peu de créations mais des redites d'oeuvres du passé proche ou lointain qui réveillent immanquablement les querelles anciennes... La reine Marie-Antoinette qui fut son élève au clavecin lors de son séjour viennois le prend sous son aile et il peut dans les premiers temps jouir d'un très honorable succès avec la francisation de ses Orphée et Alceste et surtout la création d'Iphigénie en Aulide puis de l'Armide.

Mais dans l'ombre veillent des émules de Rousseau ( souvenez-vous, la querelle des Bouffons) qui font du compositeur italien Piccini leur champion contre ce qu'ils vivent comme une dépravation des valeurs fondatrices de l'opéra. La querelle finira par prendre fin, et ceci d'autant que les deux compositeurs entretiennent des relations privées tout à fait amicales et dans une émulation musicale très élégante.

D'élégance et de cohérence on ne saurait parler relativement à ses adversaires qui lui reprochait tout à la fois ses origines étrangères et son éloignement d'une musique italienne, donc étrangère elle aussi...

Gluck finira par quitter la France en 1779,  non sans que ses audaces stylistiques n'aient complètement bouleversé les habitudes du public et rendu sa noblesse au terme " créer ".  Sa carrière s'éteindra doucement à Vienne, entrecoupée de graves crises d'apoplexie qui le laissent à chaque fois plus paralysé. Il meurt en 1787, peu avant que n'éclate la Révolution française, laissant derrière lui l'admiration sans réserve de Berlioz ou Wagner et des oeuvres qui n'abandonnèrent jamais la scène des théâtres européens.

De l'Armide, voici l'appel désespéré qu'Armide lance à la Haine, afin qu'elle retire de son coeur l'amour qu'elle sent y naître pour Renaud, son ennemi.

Venez, venez Haine implacable, chanté ici par Mireille Delunsh, au timbre parfois acide mais si prenant...

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Gluck/1-34_Armide__34__Venez_venez_Haine_implacable_.mp3
Puis le très court air Sors, sors du sein d'Armide
qui voit dialoguer la Haine et Armide sous les encouragements du choeur dans une écriture très fouillée et presque teintée d'urgence

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Gluck/1-39_Armide__39__Sors_sors_du_sein_dArmide_.mp3
 

Et pour finir un galop de soldats qui partent à la recherche de Renaud:

Nous ne trouvons partout que des gouffres...
http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Gluck/2-01_Armide__42_Nous_ne_trouvons_partout_que_des_gouffres_____Allons_chercher_Renaud_.mp3
 



On est déjà ici dans le Sturm und Drang évoqué par ailleurs dans ces pages.
Ce galop  n'est pas loin, en effet, d'évoquer dans sa tension, son articulation et son caractère dramatique presque pré-romantique la chevauchée que Berlioz écrira pour son héros en route pour l'Enfer dans la Damnation de Faust :


 




 

Musique, Peinture, Poésie, Penser * 63 * Le clacissisme: Telemann




En ces temps-là, une comète qui porterait sous peu le nom de celui qui avait en tête d'en définir la périodicité, Halley, frôlerait à nouveau le ciel terrestre de sa plume.
La belle tapisserie de Bayeux nous faisait part déjà de ce passage dès 1066 au-dessus des têtes intriguées de l'armée de Guillaume le Conquérant:



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Temps difficiles pour les peuples que cette fin de siècle là. Les protestants fuient la France où, à la suite de la promulgation de l'Edit de Nantes, leurs écoles sont fermées, leurs temples détruits, leur confession interdite. Le froid s'installe peu à peu, détruisant terres et récoltes, favorisant les épidémies et tuant par millions les populations des villes et des campagnes. Certes les peintres célèbrent un peu partout les jeux joyeux dans la neige et sur la glace mais c'est exercice de style: le froid décime l'Europe entière.


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Toile de Averkamp. ( clicquer sur la photo pour la voir en grand format )


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Toile de Beerstraaten ( clicquer sur la photo pour la voir en grand format)


De l'autre côté des mers et des océans, la presqu'île de Manhattan a été achetée par les navigateurs hollandais aux Algonquins natifs du lieu pour la somme de... 24 dollars!!!



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La traite des noirs continue de vider le continent africain de ses âmes.



traite des noirs bordeaux

En Allemagne, à Magdebourg précisément, en 1681 naît Telemann dans une famille de pasteurs.
L'enfant est exceptionnellement doué. La mort de son père alors qu'il a tout juste quatre ans le met sous la responsabilité éducative de sa mère. Pour celle-ci, et en dépit d'antécédents musiciens dans sa propre famille, le métier d'artiste ne vaut pas de bonnes et solides études générales. De fait,  rien ne résiste au jeune Telemann: latin, grec, géométrie, langues étrangères. A
u fond, autodidacte dans l'âme. Mais aucun des précepteurs qui lui sont choisis ne parvient à intéresser son insatiable curiosité. Sa mère finiti par l'envoyer en pension afin de décourager sa propension à se débarrasser des hommes de savoir ainsi que de sa vocation irrésistible pour la musique.

La pension? La belle affaire ! Il y compose une oeuvre par jour dont de difficiles cantates, opéras, sonates. Finalement, sa famille
accepte qu'il s'oriente vers des études musicales en contrepartie de sérieuses études de droit. Il mène tout de front et parvient même durant ses années d'étudiant à créer un orchestre et prendre la direction musicale de l'église de son université. Surtout, il fait la connaissance de Haendel avec lequel se noue une très solide amitié. Les deux jeunes gens s'encourageront longtemps mutuellement dans leur vocation.

Puis il s'installe à Leipzig où il fonde ce fameux Collegium Musicum dont la direction sera par suite reprise en 1729 par J.S.Bach.
Ce sont les temps de l'union heureuse avec Louise Eberlin ( qui le laissera veuf assez jeune), de l'amitié avec la famille  Bach, des responsabilités multiples et dispersées dans toute l'Allemagne, la Silésie, la Pologne...

Son esprit rigoureux et critique puise à toutes les sources possibles d'inspiration et de style. Travailleur forcené, il tient un compte précis de ses oeuvres, même si la majeure partie d'entre elles reste à l'état de manuscrits: la diffusion à grande échelle n'intéresse encore personne, pas même les génies... et il en est. Au point de préférer graver lui-même ses oeuvres pour impression puis édition.

Telemann est âgé de douze ans quand il compose son premier opéra...
A la fin de sa vie - qui fut longue- le vieux monsieur ne décompte pas moins de 6000 oeuvres! Soit davantage que Bach et Haendel réunis !

Une courte énumération mais parlante.
12 séries de cantates pour chaque dimanche de l'année, soit de quoi écouter l'office en musique douze années durant.
44 Passions. 100 oratorios. 40 opéras. 600 ouvertures à la française. Plusieurs centaines de concertos, de sonates, trios quatuors, on en passe.


On comprendrait presque que sa seconde épouse le quitte en 1736. La musique est la véritable compagne du compositeur et pour lui plaire, il s'installe à Paris afin de continuer plus aisément à subvenir à l'entretien de ses enfants dont il a gardé la charge.


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Toile de Nicolas J-B Raguenet.

Il restera deux ans dans la capitale française puis réduira peu à peu son tempo de composition.
Cet ami intime de Bach, au point de devenir le parrain de Carl Philipp Emmanuel, fut au contraire du Kantor animé d'une terrible bougeote.
Directeur des opéras dans toutes les villes où il passe, il ne cesse de créer des orchestres, fonder des revues musicales, donner mille concerts. Sa santé d'acier et son éternelle bonne humeur à donner de lui-même en font un artiste prisé, recherché et tenu en son temps pour le plus grand compositeur allemand, bien avant Bach.

D'où vient ce désamour pour sa musique?

Sans doute cela tient-il à une apparence de facilité et au fait que nombre de ces oeuvres étaient en quelque sorte son entrainement routinier. Avec ce que ce mot suppose de caractère répétitif.

Compositeur caméléon qui savait se couler dans tous les styles, il savait être français dans ses ouvertures, italiens dans ses concertis, allemand dans ses cantates et oeuvres polyphoniques, slave même dans certaines formules rythmiques et mélodiques et pour tout dire galant jusqu'au bout des doigts au point d'annoncer Mozart et l'époque classique aux portes de laquelle il se tient avec son sens inné de la belle ligne mélodique et de l'accompagnement qui ne pèse jamais mais soutient, honore, embellit.

Il meurt en 1767 au terme d'une vie de voyages et de création ininterrompus, non sans laisser ses mémoires écrites entre deux compositions sous un nom d'emprunt qui n'est autre que l'annagramme de son patronyme: Mélante.
Son oeuvre sera redécouverte quasiment en même temps que celle de Bach par... Mendelssohn.

Mais place à l'écoute.
Difficile de choisir dans cette oeuvre immense et prolixe.

Commençons par le premier mouvement, Allegro, du concerto pour hautbois d'amour en La majeur dans la très belle interprétation de Paul Kuentz
Vous allez découvrir un homme aussi joyeux que l'était Vivaldi...

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Telemann/Telemann_Concerto_en_la_majeur_pour_Hautbois_damour___Allegro.mp3
Mais découvrons le largo du même concerto. Quelle belle intériorité, quelle magnifique ligne de chant qu'entame le violoncelle comme appelant l'écho du hautbois! Est-ce le même homme? Mais oui, humain, si humain donc si vaste!

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Telemann/Telemann_Concerto_en_la_majeur_pour_Hautbois_damour___Largo.mp3


A l'instar de son compatriote Haendel, il écrira une musique à jouer sur l'eau, Watermusic ou Wassermusik en allemand. L'oeuvre fut composée en 1723 pour fêter le centenaire de la naissance de l'amirauté de Hambourg. L'ouverture en dépeint la Mer. Puis chacun des mouvements suivants, qui emprunte à la forme Suite de danses,  illustre tour à tour un personnage de la mythologie marine.


En voici trois extraits.

Le premier s'intitule Arlequinade ou les plaisanteries de Triton.

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Telemann/Telemann_06_Suite_en_ut_majeur_Wassermusik___Harlequinade_plaisanteries_de_Triton.mp3



Le second est dédié au
Réveil de Thétis, fille du Ciel et de la Terre et épouse de l'Océan.
C'est avec une bourrée aux accents bien terrestres et solides qu'est campé le personnage, sans doute en référence à sa solide présence apaisante et bénéfique dans de nombreuses légendes.

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Telemann/Telemann_03_Suite_en_ut_majeur_Wassermusik___Bourree_Le_re769veil_de_Thetis.mp3


Le troisième que j'ai choisi de vous faire découvrir nous emmène en Espagne et plus précisément aux Canaries. C'est une
Danse de marins qui rend ici hommage aux matelots.


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Telemann/Telemann_10_Suite_en_ut_majeur_Wassermusik___Canarie_les_joyeux_matelots.mp3



Telemann avait composé de très nombreuses Passions. La plus célèbre d'entre elles est sans doute la Brokes-Passion, du nom de celui qui en écrivit le livret poétique dans lequel Bach puisa abondamment pour sa propre Passion selon Saint-Jean.

Je vous propose d'en écouter le 106 ème verset chanté par " Trois âmes fidèles " et intitulé "Ô Donnerwort" ( Ô monde de tonnerre ) d'une grande puissance dramatique. Après une introduction rapide à la française qui évoque les éclats d'un orage, les trois voix solistes féminines dialoguent dans un climat plus que tourmenté... Belle page toute en rebondissements inattendus et qui se referme dans un climat de très humble piété.


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Telemann/12_Brockes-Passion_-_106_Terzett_Drei_Gla776ubige_Seelen__O_Donnerwort_O_Schrecklich_Schreien.mp3



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Toile de
Pieter Claesz


Et pour conclure ce trop court voyage, un extrait de sa
Musique de table.
Cette musique, dans sa relative facilité, pouvait être interprétée aussi bien par des amateurs que des professionnels et constituait une somme à la fois artistique et pédagogique équivalente aux concertos brandebourgeois de Bach.
Un mouvement joyeux, l'air de la suite en ré Majeur TWV 55. La prééminence de la ligne mélodique sont déjà de ces temps classiques où les rondeurs sans écueils du style galant l'emporteraient définitivement sur les creux, bosses et ombres de la perle baroque.
Bonne écoute!


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Telemann/TelemannMusique_de_Table_Part_II__Overture_Suite_In_D_Major_TWV_55_D1__II_Air__Tempo_Giusto.mp3






Musique Peinture, Poésie, Penser * 62 * La période classique, préliminaires






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         Nuit sur Venise de Guardi



La disparition de Bach, Haendel, Rameau, Vivaldi et Scarlatti aux alentours de  l'an 1750 fait de cette décennie en quelque sorte la frontière entre période baroque et période classique. Cette période va se prolonger environ jusque vers 1830, débuts de la période romantique. Pour autant il serait présomptueux de penser que cette école (ou style) a évolué au même tempo selon les arts (musique, arts plastiques, architecture, peinture) et lettres et même selon les pays.

La période classique a même quelque chose de fascinant dans sa multiplicité. Le philosophe Adorno faisait souvent remarquer que l'inter-pénétration de l'inspiration des compositeurs et des besoins sociétaux d'un public tout à fait nouveau, plus vaste, plus modeste et changeant, ont largement contribué au style purement viennois, fait d'une  dynamique quasi dialectique entre unité et diversité.

Pour aborder cette période on pourrait la diviser en trois grands courants fondateurs qui se succèdent voire, co-existent, et vont contribuer à en modeler les formes jusqu'à l'aboutissement d'un Mozart ou du premier Beethoven.

Le premier courant est celui du Style galant, mélodiste ou Rococco, dernière phase du style baroque, première du style classique.
Attaché à la prééminence de la mélodie très ornementée, soutenue par une harmonisation très simple, il reste léger, soucieux de symétrie et d'équilibre. Ses représentants les plus notables furent Telemann puis les italiens de la seconde moitié du XVIII ème siècle, dont Boccherini. Il pourrait être illustré par les délicieuses toiles de Watteau ou de Fragonard, comme celle-ci intitulé Le verrou. Quel merveilleux titre d'ailleurs pour compléter le propos sur une période charnière! Remarquez la légèreté du sujet, la symétrie presque parfaite entre la gauche et la droite du tableau, la complémentarité des nuances et couleurs choisies, l'ornementation volubile du drapé des tissus:

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Le deuxième courant est celui de l'Empfindsamkeit (ou exacerbation des sentiments ) né autour des écrits de Rousseau. Il  s'oppose jusqu'à l'improvisation libre et parfois même quelque peu déroutante (voire incohérente et désordonnée... mais Ô combien passionnante et prémonitoire de la puissance d'un Beethoven) au carcan rationnel des Lumières. Son plus fécond
représentant en est l'un des fils de Bach, Carl Philipp Emmanuel Bach.Il consacre la naissance, enfin, des indications de nuances précises sur la partition et pour cause: pour la première fois dans l'histoire de la musique, les oeuvres largement éditées et diffusées peuvent être interprétées en l'absence du compositeur.

Il pourrait à son tour être illustré par cette toile de Boucher aux arbres tourmentés et contrastes assez vifs:  Scène de forêt avec deux soldats romains. On ne sait dans cette toile ce qui est important. Le ciel changeant? Les personnages décentrés? Les arbres si divers qui brouillent le regard et même lui font violence de leur multiplicité de formes?

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 Scène de forêt avec deux soldats romains de Boucher

L'Empfindsamkeit
précède le troisième mouvement intitulé Sturm und Drang. Ces deux termes  signifient Tempête et Passion. Ils proviennent du titre d'une pièce allemande très engagée qui revendiquait comme le courant précédent les droits des sentiments et de la passion face à la raison toute puissante.
Mais au contraire de
l'Empfindsamkeit qui valorisait la création singulière et l'expressivité spontanée, le Sturm und Drang s'appuie sur des influences multiples et revendiquées elles aussi: la Bible, Shakespeare, Rousseau, la poésie populaire allemande. On y trouve une plus grande rigueur dans la composition, même dans les éclats des sentiments les plus exacerbés. Ce courant esthétique annonçait tout naturellement la période romantique.

Cette représentation du Déluge par Anne-Louis Girodet illustre bien le souci d'organisation formelle, les références historiques et le goût pour la dramatisation des faits et des émotions dans une opposition ombre et lumière très suggestive:


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La plupart des compositeurs du style classique ont été touchés par ce courant, qu'il s'agisse de Mozart, Beethoven, ou du jeune Schubert.
Mais les plus remarquables d'entre eux sont Gluck et  Haydn.

L'époque est à un changement radical des habitudes en matière de  "consommation " de musique. Des salles de concert, différentes des théâtres dédiés à l'opéra, sont créées et ouvertes à tous moyennant une petite participation qui rend les accessibles au plus grand nombre... c'est à dire à la classe moyenne en fait.

Par ailleurs, l'édition musicale - qui existait depuis le XVIème siècle sous l'impulsion de Susato - jusqu'alors assez anarchique va devenir exigeante dans ses sources, rétribution des compositeurs, souci du droit des auteurs et ceci même si le pauvre Haydn quasi prisonnier de son maître le Prince Esterhazy, ne peut empêcher des plagiats considérables de toute son oeuvre dans toute l'Europe...


Qu'est ce qui va caractériser le style classique dans son aboutissement né des trois courants précédemment cités? Hors la naissance de l'orchestre symphonique moderne, de la forme sonate achevée, la disparition de la basse continue?
Sans nul doute ce qui imprègne cette toile de Joseph-Marie Vien, Le jeune athénien vertueux.

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Tout d'abord l'économie de moyens. Le temps des recherches fécondes dans la palette harmonique et polyphonique nées sous l'école franco-flamande et qui trouve son apogée dans l'art contrapuntique de Bach est révolu. A l'instar de la palette de ce peintre, toute en camaïeux d'ocres et de bruns, la palette harmonique des compositeurs va se raréfier. Mais de la juxtaposition de ces accords simples et d' une mélodie très travaillée vont surgir des effets de surprise, comme une absence de calcul qui dit bien la spontanéité du sentiment et de l'émotion.

La ponctuation des phrases se rappoche de celle du langage par l'adoption systématique de succession de degrés d'accords pré-définis ( les cadences ) qui donnent à la phrase musicale une tonalité interrogative, changeante, aboutie etc. La mélodie ne se déroule plus comme à l'époque baroque en flots continus mais est articulée par périodes de quatre mesures, les mouvements eux mêmes sont divisés en paragraphes et l'oeuvre entière en grands mouvements, symétriques souvent. L'équilibre qui règne dans l'oeuvre musicale est le même que celui qui, dans la toile ci-dessus, offre au regard un mouvement pieux et sincère dans toute son intensité et son élégante beauté.

Quant à la modulation ( changement de tonalité ) elle va être dramatisée à l'extrême et sortir donc des conventions habituelles, qui faisaient du passage de la tonalité initiale d'un morceau à sa dominante quelque chose de banal et de hiérarchique, la tonalité initiale ( tonique ) étant naturellement souveraine sur la dominante (curieusement).

Avec Mozart et Haydn, pour le dire plus simplement, on ne module pas de la tonique à la dominante ou sous dominante ou... mais de la tonique à... une autre tonique!
Ceci aboutit bien entendu à une transformation radicale de la forme sonate. Nous y reviendrons...

Chez Haydn ou Mozart, le facteur rythme et même le sens du contrepoint restent très présents avec des réminiscences souvent baroques, mais du moins sont-ils davantage utilisés à des fins expressives pour ne pas dire impressionnantes de l'auditoire. Après les recherches parfois tâtonnantes,  les compositeurs se détachent cependant des critères morbides et théâtraux pour imposer une construction pleine d'unité dans la diversité.

 Place à l'écoute!


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Le style galant.


Telemann


Concerto pour trois violons en Fa majeur, Allegro
par les solistes et l'orchestre de Paul Kuentz

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Telemann/Telemann_Concerto_en_fa_majeur_Tafelmusik_2_pour_3_violons___Allegro.mp3

Tout simplement joyeux! Et dans la lignée des concerti de Vivaldi.


Suite en Si mineur, deuxième mouvement, dit La Réjouissance
par l'orchestre Concentus Musikus de Vienne et Niklaus Harnoncourt.
Sur instruments anciens donc. Toute l'inspiration des danses populaires dans cette pièce.

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Telemann/Telemann_Ouverture_et_Suite_in_E_minor__II_Re769jouissance.mp3

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Le courant de l'
Empfindsamkeit

Carl Philipp Emmanuel Bach


Sinfonia en Fa Majeur, Premier mouvement.
L'opposition entre tutti et instrument solistes, les contrastes de nuances sur des rythmes pointés très martiaux, le caractère interrogatif des phrases contribuent à donner un sentiment d'agitation de l'âme.

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Carl_Philipp_Emmanuel_Bach/CPE_Bach_Sinfonia_in_F_Major__I_Vivace.mp3

Sonate en La majeur, H. 147

par François Chaplin, au pianoforte.
Oeuvre merveilleuse, déroutante, profonde, mystérieuse, interrogeante, ressemblant d'un bout à l'autre à une sorte d'improvisation mélancolique, d'un compositeur injustement oublié et avec lequel je commencerai le prochain chapitre
.

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Carl_Philipp_Emmanuel_Bach/CPE_BachSonata_in_A_Major_Wq_65_37_H174__II_Andante_ma_non_troppo.mp3



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L'esthétique du Sturm und Drang

Gluck

Ouverture d'Orphée et Eurydice

toute en oppositions de rythmes, thèmes, pupitres sans que jamais soit perdu de vue l'élan initial. Les cellules rythmiques y ont presque plus d'importance que la mélodie:


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Gluck/Gluck_Orfeo_ed_Euridice_Orphe769e_et_Eurydice__Ouverture.mp3  


Abbé Vogler

Ouverture de l'opéra Athalie.

Un galop dramatique pour un sujet qui ne l'est pas moins et par un compositeur fécond, oublié de l'histoire, sans doute la jalousie manifeste de Mozart qui ne mâchait pas ses mots à son égard... très injustement ma foi.

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Gluck/VoglerAthalie__Overture.mp3
Joseph Haydn


Symphonie en Si mineur Hob. 1.44 dite Funèbre, Premier mouvement.

Architecture remarquable mêlant judicieusement les références musicale italiennes dans la ligne mélodique aisée et les nouveautés stylistiques ( oppositions, nuances, clair-obscur, modulations soudaines et non préparées etc)

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Haydn_Symphony_in_E_Minor_Hob_I_44_-_Mourning___I_Allegro_con_brio.mp3

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Le clacissisme

Mozart

Musique maçonnique K 477 en ut mineur

Ce n'est pas le Mozart le plus connu, qui si souvent sacrifia au style galant, mais c'est indéniablement déjà un Mozart pré-romantique par l'ampleur du dessin mélodique, du soutien harmonique, du climat, de la noirceur.

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Mozart/Mozart_Maurerische_Trauermusik_In_C_Minor_Masonic_Funeral_Music_K_477_K_479a.mp3

Ouverture des Noces de Figaro

Pour terminer sur quelque chose de plus enlevé! Quelle finesse dans l'orchestration, pas une note à gommer...

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/5_Musique_classique/Mozart/Mozart_Le_Nozze_Di_Figaro__Overture.mp3