vendredi 8 février 2013

Soufre


Celui-là, je l’avais bien gagné.


Celui- là, il était beau et d’une taille inhabituelle.

J’avais passé une bonne partie de cette très chaude après-midi du mois d’août à me griffer dans les ronciers dont je surveillais jour après jour l’éclosion des baies. Aidée d’une sorte de faucille attachée à un grand bâton que m’avait fabriqué mon grand père, je me mijotais particulièrement les plus dodues tout au sommet des buissons, à bien deux mètres. C’est dans cette haie aux barbelés inventifs que j’avais remarqué le manège des poules.

On dit que ces volatiles sont stupides, c’est faux. Elles savaient parfaitement sortir et rentrer seules de leur enclos et éviter d’un battement d’aile ma main énervée qui tentait de les attraper pour les ramener au bercail.
Je les avais d’abord entendues, lançant à la cantonade ce gloussement orgueilleux et réflexe qui accompagne leur rictus cloaqual . J’en avais repéré une puis deux puis toutes, qui laissaient là leur joli cadeau bronzé et tout chaud qu’il ne me restait plus qu’à cueillir. Il n’y a de la chance que pour les brigandes : en un même territoire géographique des mures et des œufs.

Celui-là il était super beau.

Mais en le prenant, il explosa entre mes doigts.
Qui peut dire ce que cet arôme délicat et subtil peut engendrer par suite d’associations d’idées sournoises et exotiques.

La détrempe déjà caca d’oie dégoulinait entre mes doigts, emplissant l’air  raréfié d’une sorte de stupeur qui me faisait penser à la création  du monde.
Univers à la fois capiteux et suffoquant, en pleine expansion de ses galaxies  nauséabondes, je ne savais comment fuir mes mains auxquelles restaient accrochées des esquilles penaudes.
De mes escapades dans la  grange où traînaient de vieux ouvrages de l'école vétérinaire de Maison-Alfort, je conservais une  curiosité insatiable pour les choses de la vie. Enfant tenue rigoureusement éloignée des savoirs nocturnes et des secrets de la génération, quoique déjà pubère, je ne pouvais que fantasmer.
Et faute de m 'identifier à un personnage féminin au sein de la famille, je m' identifiais sans difficulté aucune aux vaches et aux chiennes dont la seule évocation  des chaleurs me troublaient et m' humidifiaient sans que je puisse m' en expliquer les fins.
Quelques jours plus tôt, j'avais fait un mauvais rêve. Un homme de blanc vêtu était arrivé à la maison, répétant vasto vasto vasto.
Habituée aux rêves prémonitoires et ressortant trempée de sueur de ces
vagabondages oniriques, j'étais persuadée contre toute la famille que quelque chose allait se passer dans les heures ou jours qui venaient. Et cela n'avait pas raté.

Ce matin là, il avait débarqué, venant directement d'Alsace en deuche, vêtu d'une sorte de chasuble blanche qui le faisait ressembler à un ange, et nous avait très calmement annoncé qu'il étai prêt à acheter cash notre maison pour la confrérie de l'Arche, proche de Lanza del Vasto. Il en avait rêvé trois jours plus tôt, avait cherché sur une carte et s'était mis en route après en avoir parlé à sa congrégation.

Il s'agissait de mettre en place une maison de réinsertion pour jeunes
drogués.

J'avais eu droit à ce regard collectif réservé aux vilains petits
canards:  je n'avais pu cacher cette expédition nocturne et épuisante dans les arrière-mondes et autres dimensions dont je reste aujourd'hui encore persuadée de l'existence.

Pourtant, et contre toute attente, mes parents acceptèrent aussitôt la
transaction.

Il faut dire que notre maison, au doux nom de Jautan, sise entre Houeilles et Casteljaloux à la limite des Landes, vieille propriété construite sur les ruines d'un château Anglais, suintait la souffrance.  Même les plus rationalistes de la famille s'y sentaient oppressés par la mémoire des murs. Les propriétaires successifs s'y étaient suicidés les uns après les autres, par pendaison dans un coin du grenier ou noyade dans le puits profond de trente mètres, et c'est ainsi que par mesure de précaution on vendit avec une indécente  audace des années de souvenirs.

J'étais profondément attachée aux dépendances de la maison, à mes greniers en poupée gigogne, emplis de placards sans fin dont je pensais qu'en rentrant dans l'un puis dans l'autre je finirais par rapetisser comme Alice et enfin trouer mon miroir obscur. J'aimais le parc, ses épicéas, son sapin bleu à la tronche ravagée par la foudre, l'îlot de bambous  dont je suçais les pousses en me prenant pour un panda, le vieux chêne rongé aux mites, les étranges champignons durs comme du bois qui poussaient en escalier sur les troncs et qui, à n'en pas douter, allaient ouvrir dans quelque écorce une de mes portes maginaires.


J'aimais les granges aux trésors inépuisables, la vieille odeur de livres fanés dans les malles,  la menace silencieuse des outils de jardin que le grand père laissait dans l'ombre d'un appentis, j'aimais surtout ce coin derrière la porcherie et le poulailler qui séparait la partie résidentielle de la maison de sa partie... comment dire? Payse.

Pour les mures et cette course aux oeufs.

Celui-là achevait son égouttage à mes pieds et forte de ma science vétérinaire embryonnaire je recherchais germe de vie dans ce magma merdique et vert. Moi  la réprouvée, la pas comme les autres, celle qui annonçait les morts ou les accidents d'avion avant tout le monde, on ne m'avait pas crue, une fois de plus, on avait voulu faire avorter une fois de plus cette connivence avec d'autres cordages, d'autres espaces, d'autres dimensions. Plus que l'odeur, ce qui me frappait dans cette
dissolution de la matière, c'était sa troublante ressemblance avec ce que j'imaginais des mécanismes souterrains qui régulaient nos organismes. Une folle envie de me retourner comme un  gant et aller inspecter mes abattis en pleine digestion me prit, convaincue que j'étais qu'il y avait grande similitude entre l'absorption de mon corps
un jour prochain par la Terre et l'absorption du dernier gratin de brocolis par mon intestin.

Et si j'allais dans la chapelle attenante pour y sacrifier à mes Dieux inavoués? Je prenais la totalité des oeufs découverts ce jour-là et un à un les écrasait entre mes mains transformées en autel, en me répétant jusqu'à en hurler de chagrin " Petit poussin est mort, petit poussin est mort". A chaque oeuf je tuais  en toute conscience une âme en puissance et ma culpabilité se renforçait d'une sorte de plaisir.

Vengeance sur plus petit que soi de la souffrance d'être écrasée et solitaire à la fois, incomprise et pourtant toute ouverte à comprendre.

La beauté vierge de ces oeufs frais lavait les dernières traces de l'oeuf pourri sans en effacer le parfum étrange.
Désolée d’en être arrivée à cette extrémité, je nettoyais mes paumes contre les ronces, ce qui n’était pas la meilleure idée du jour, la fadeur du sang et la subtile obstination de la putréfaction se marient assez mal.  Autant demander à la vie et la mort de signer l’armistice.


Le soleil ce soir là était d'une arrogance insoutenable. J'ôtais mes lunettes afin de n'en voir que le halo et échapper à ce trop orange qui nappait le ciel. Si mes doigts avaient eu la taille et surtout la volonté de l'atteindre, je l'aurais volontiers barbouillé de ce mélange cru et jaunâsse qui séchait doucement en se craquelant,  afin de faire disparaître cet unique et silencieux  témoin. Mais j'étais épuisée de mes crimes et trop lâche pour réclamer au soleil une ombre réparatrice à ce que j'avais transgressé sans le vouloir vraiment. D'ailleurs, le soleil négocie-t-il avec le Diable?
Troublante ressemblance avec les mécanismes souterrains de malabsorption qui régulaient notre famille.
J’en fus dégoûtée des œufs pendant de longues années, la seule vue de leur forme m’éloigna à tout jamais de la géométrie et même, quelques temps, de Brancusi.

Ballade en forêt Guyanaise.
La chair est fendillée par la sueur,  les yeux rougis par les nuées de moustiques et l’effort que demande au regard la traversée de cette brume vivante.
La chair de la forêt primaire – nous sommes quasiment à la frontière du Brésil, ayant remonté en pirogue le Maroni- exhale ce fumet de pourriture quasi sacrée dont on voit les vapeurs s'exfiltrer du sol et se coller aux feuilles des fougères géantes ou des philodendrons locaux. A chaque pas l’odeur de cet œuf primitif, comme on parle des
fautes ou des scènes auxquelles un enfant ne doit pas assister, l’odeur me rentre dans les narines, les yeux, les pores de la peau, m’entoure comme un cocon. Je ne vais pas tarder à me transformer en papillon, je le sens. Il ne reste plus qu’à me suspendre à un arbre et dans quelques semaines je m’envolerai au sommet de la canopée pondre
mes propres œufs avant de crever des suites  d’un brutal acte d’amour et retrouver mes atomes crochus au cœur de la jonchée putrescente.

J’en ai gardé un amour fou des papillons et commence tout juste à me réconcilier avec les œufs.

Balade en Guadeloupe.
Nous avions passé la journée à la plage de sainte Anne


On dirait une femme allongée au soleil
Qui offrirait ses hanches
Aux caresses du vent.

Ses seins sont épicés et de satin sa peau
Nus sous les fins saris
De silice et d’eau pâle

Il siffle sur la mer une brise efficace
Qui pousse les bateaux vers la ligne vorace
Mes yeux sont avalés et j’ai perdu le ciel.
Dans les abîmes glace
J’ai croisé des cosmos et tourbillons de fiel.

On dirait une femme endormie pour toujours
Sur les plis des draps blancs
Froissés après l’amour

La tête renversé je bois un lait si doux
Qui coule de cette voix
Aux muqueuses velours

On dirait une femme et pendant qu’elle dort
La mer tranquillement
Recoud son vêtement
En piquant les aiguilles des oursins géants...

M’arrachant aux vertiges de turquoise et saphirs de ces eaux, mon mari
m’entraîne à la Soufrière.

Des rubans jaune soufré s’échappent des opercules entrouverts dans la pente boisée. Les plantes ne semblent pas pâtir de la tiédeur du sol, végétation luxuriante jusqu’à l’extase. Le grand chaudron des dieux est en pleine effervescence sous nos pas et leur omelette est en bonne voie.  Je m’attends à tout moment à vivre en direct un cataclysme jouissif qui répandra en pseudopodes sirupeux  le parfum diabolique de
la pourriture originelle.
J'imagine mes pieds englués dans une pâte de soufre et de feu, la pensée continuant de rejoindre son creuset tandis que les jambes restent attachée à leur verrou de lave. Il faudra toute l'énergie de mon mari pour me détacher de ce début de pétrification dans lequel je me pense contenu et contenant, pierre tombale et âme libérée.
Retour à la case départ, début de réconciliation avec Brancusi et ses explosions de sauvagerie contrôlée.

Balade dans les chais du château Calon- Ségur.
Une vieille odeur de souffre serpente entre les cuves. On y travaille le vin avec ce produit qui empêche la dégradation du jus de la treille au contact de l’oxygène. Tiens donc ! Ce ne serait pas l’odeur d’œuf pourri qui dégraderait l’odeur de l’oxygène ? Cette senteur de mon enfance, associée en outre aux premières crèmes dépilatoires dont s’engluaient mes sœurs, ce sillage aurait donc des vertus ?

Réconciliation définitive avec ce profond mystère que restera, pour la petite enfant que je suis encore, l’œuf de poule.   Sortent-ils d’ où vous savez avec coquille ou sans ?
Celle-ci est-elle molle comme celle
Des tortues,
Se durcit –elle au passage
Dans ce chaste tunnel
Recouvert de plumage,
Se fragilise-t-elle avec le temps ?

Cette odeur de soufre qui me poursuit et que je ne trouve pas désagréable, elle qui dit l'aventure cachée de la matière, je la respire désormais dans les oeufs frais pondus, dans l'humus en décomposition, dans les bons vieux Bordeaux  travaillés à l'ancienne en y ajoutant du blanc d'oeuf un peu passé. J'ai fini par l'accepter, l'incorporer, ne plus la fuir ou l'associer à des meurtres impunis.

Et puis, quelle rapport avec mon ami le Diable?





 

Fossile






Lorsque j'étais enfant

Ma bouche aimait toucher les grosses pierres grises
Dont était faite la maison.
Je promenais mes lèvres sur les colimaçons
Tout englués dedans leur calcaire chemise.

J'aimais leur douceur lisse, leur humeur annelée

Meme si quelques bêtes
Faisant les polissonnes ouvraient leur coque bée
Suspendue pour toujours en conversation muette.

Amonites, armadilles et autres crustacés

Papotaient de concert dans la pierre incrustés.
En regardant de près on voyait leur rateau
Leurs pelles et ballons pour jouer au bord de l'eau.

Je les imaginais faisant chateau de sable

Sous le regard aimable
D'un fringant dinosaure et d'une hippocampesse
Se huilant les écailles d'une historique adresse,

Puis un frisson de peur me saisissait soudain.

Et si sans le savoir , j'étais dans un écrin
De cristal et de vent
Une fossilenfant?



Métro








Il y a des souvenirs comme ça qui vous agrippent la mémoire .
Odeur de pisse froide sur le carreau d’une gare. Relents immédiatement reconnaissables, repoussant et familiers, mais dont l’absence signerait une distorsion du réel.
Je le revois encore. J’avais treize ans. Mai 68.
Il s’était choisi un de ces coudes généreux entre deux couloirs du métro, là où la réverbération sonore était la plus avantageuse. Ni trop mate, ni trop clinquante. Assis sur une chaise pliante, prêt à décamper à l’apparition des vigiles qui patrouillaient incessamment dans tous les coins possibles de la capitale, il jouait.
Les yeux tournés vers l’intérieur, lumière noire avalant le mouvement du monde. L’étui posé au sol, fermé. Il n’était pas là pour faire la manche. Juste pour jouer.
Malgré le défilé indifférent et pressé des parisiens résignés à se faire bouffer par la prochaine rame de métro.
Je ne dirais pas qu’il était beau. Ses cheveux coupés court sur la nuque crevaient le blanc hygiénique des parois de ce couloir. Ses mains étaient d’une finesse qui confinait à la transparence, la dernière phalange légèrement spatulée se posait avec une précision si respectueuse sur la touche de son violoncelle que l’on restait subjugué de l’absence de grésillement ou de chuintement qui si souvent parasite les attaques sur les instruments à cordes.

Tout puait autour de lui. Etrons de taille et de couleurs diverses, posés ça et là encore frais de la nuit, restes de digestion alcoolique à peine moulinés par l’estomac baignant dans leur mare rosée aux îlots jaunes et verts acidulés. Surtout, entêtante et musquée, une odeur de pisse froide qui semblait grimper puis descendre de tous les escaliers et tous les angles de cette taupinière de béton.

Tout puait, mais l’aura de sa personne rejetait à la ronde les relents nauséabonds, comme s’il était entouré d’un bouclier protecteur qui aurait englobé ses rares auditeurs de passage.
Les volutes de la suite n° 1 pour violoncelle de Bach rebondissaient d’un couloir à l’autre, se glissaient le long des tubes, happées quelques instants par le grondement ponctuel et presque étonné des machines. Il en reprenait sans se lasser le prélude comme on se drogue. Et je l’écoutais comme on se drogue, laissant passer une dizaine de correspondances pour Montreuil. Quand il eut terminé, je n’osais applaudir, encore moins poser le mépris d’une pièce sur cet étui esquinté de tant et tant de voyages. On n’achète pas la beauté, on ne la mesure pas d’un claquement de mains.
Il releva la tête, blanc comme quelqu’un dont le sang aurait coulé à travers chaque note.
Qui dira ce qui se dit entre deux regards qui ne font que se croiser et ne se reverront jamais ? Qui dira la ferveur de l’instant arraché au hasard ?

Depuis, lorsque je prends le train, cette odeur masculine de marquage inconscient du territoire qui crève au bas des escalators et jusque sur les quais me saute au visage et allume la splendeur. Les auréoles caramélisées se font Iles rousses dans l’ordure. Remontent les vestiges laqués de leur trajet. Dessinent en creux sur des murs où son ombre ne s’est jamais projeté ce corps musical concentré et pudique dont le regard avait, un intense moment, aspiré mon âme.



Vieillesse







 J’ai toujours aimé les vieilles
personnes
        la beauté de leurs traits marqués par les chagrins

    Leur automne a laissé les désirs d’absolu accrochés aux broussailles
        et si elles sont peine
           elles savent encore épouser la débâcle
en caressant la joue d’un tout petit enfant
    j’aime les regarder
            me poser auprès d’elles
    la douceur de leurs mains presque
vides
en silence aux genoux
            disent la paix atteinte et l'émerveillement
                            de ce qui ne sert à
rien







Hypnose





L'hypnose
est un outil utilisé depuis la nuit des temps pour - entre autres choses - guérir. Qu'il s'agisse des chamanes d'Asie, d'Amérique du Nord ou d'Europe centrale, des guérisseurs occidentaux, des sorciers africains, des civilisations pré-colombiennes, tous ont eu recours à des fins de guérison ( parfois aussi de soumission , mais ce n'est pas l'objet de cet article ) à l'hypnose.

Les techniques mises en oeuvre par le " thérapeute " afin de placer le malade dans un état de conscience différent de celui de l'état de veille en sont très diverses: tam-tam en Afrique, instruments de musique développant une mélopée envoûtante en Asie, modulation de la parole, gestuelle répétitive etc.
Cet état de conscience différent, ou " transe hypnotique " permet, dans un premier temps,  de faire taire notre envahissant  et trop bavard " cerveau qui pense " et libérer enfin la parole du " cerveau qui éprouve et ressent " afin, dans un second temps, de les relier à nouveau l'un à l'autre dans des conditions apaisées, qui libèrent le malade de ce qui entravait son existence.

Eclipsée par les thérapies d'inspiration freudienne, l'hypnose resta cependant utilisée par de grands professionnels de la santé comme Pierre Janet . Elle revient depuis quelques années sur le devant de la scène thérapeutique grâce à un chercheur de l'école de Palo Alto, Milton Erickson.


Le petit enfant qui vient au monde est naturellement à l'écoute de son corps, et se sent ( sauf carences graves parentales ) en sécurité dans le contexte qui l'entoure et dans l'amour qui le soigne. Ce sont l'équilibre entre sa perception du monde, sa perception de l'amour de ses proches et la solidité des liens d'attachement qui favorisent la croissance de sa confiance en lui, ce que d'aucuns nomment " l'estime de soi ".

Mais qu'un traumatisme grave ou mineur vienne abîmer cet équilibre entre lui, son contexte de vie, sa relation à l'autre. Ou bien que ces liens d'attachement soient très gravement déchirés, voire inexistants, et - parfois durant une vie entière - il va traîner des souffrances physiques et/ou morales qui vont freiner sa propre réalisation.
La répétition de traumatismes similaires ne fera que l'enfoncer à chaque fois dans le cercle infernal de la souffrance physique et/ou morale.

Tout le travail de l'hypnose va consister à :
- permettre à la personne en souffrance de renouer, par le souvenir profondément réactivé,  avec un lieu où elle se sentait en sécurité ( sécure ).

- panser les liens d'attachement d'une manière symbolique à travers la confiance au thérapeute.
Point besoin de chercher l'aiguille dans la botte de foin du traumatisme. Ce qui compte n'est pas de le faire revivre mais là encore d'en sortir en s'appuyant sur du positif. Le propos des thérapies solutionnistes n'est pas d'enfermer le " demandeur d'aide " dans une quête sans fin des causes de sa souffrance (comme peut le faire la psychanalyse, et nous connaissons tous des personnes en analyse depuis perpète les galères et qui ne semblent pas aller mieux pour cela...). Leur propos est au contraire de l'aider à se libérer de ce qui l'empêche de marcher librement. En d'autres termes, de devenir enfin acteur de sa vie au lieu de la subir.


- lui donner un " outil " qui l'autorise à se soigner tout seul, sans aucune aide extérieure, lorsque le besoin s'en fera sentir, grâce à l'auto-hypnose.
J'ai participé ces trois derniers jours à un séminaire de formation à l'hypnose Ericksonienne.
L'hypnose Ericksonienne crée un état de sur-éveil et permet la réconciliation entre:
- Le corps qui pense  ( le Mental ou la Pensée ) et souvent écrase les deux autres.
- Le corps qui éprouve ( l'Emotion )
- Le corps qui ressent  et crée ( tout le Sensoriel et l'intuitif )

Rien à voir naturellement avec ces états de transe que l'on peut voir au music-hall. L'état d'hypnose est un état conscient et éveillé, dans lequel la perception sensorielle n'est plus parasitée par les constructions du mental et le mental plus parasité par les affects.


Comment fonctionne une séance?
- Le thérapeute demande au patient de suivre des yeux et sans bouger la tête les mouvements en balancier de ses doigts. Ces mouvements des yeux, inspirés de la technique de l'EMDR, activent de manière alternée les hémisphères cérébraux.
Ou pour le dire autrement et à lire sur cette page consacrée à 
la technique des mouvements alternés des yeux:

 On sait aujourd’hui que l’état post-traumatique résulte d’une hyperactivité de l’hippocampe (souvenirs, représentations) qui boucle en circuit fermé avec l’amygdale (émotions, affects) tandis que le régulateur (thalamus) est "shunté".
Alors que les thérapies verbales agissent seulement sur le cortex, l’EMDR agit - par stimulation bifocale alternée - au niveau limbique, comme un « véritable sésame libérant les émotions », ouvrant tel un switch le court-circuit : c’est ainsi que le "circuit long" du réseau thalamus-hippocampe–amygdale est rétabli, d’où réactivation du thalamus et régulation entre hippocampe et amygdale.

- Une fois le patient sous hypnose ( ce qui prend quelques minutes, je l'ai expérimenté en mettant d'autres personnes dans cet état et en y étant mise ) , on lui demande de faire venir à sa mémoire un souvenir dans lequel il se sentait apaisé, confiant, et de bien le visualiser ( par exemple sur l'écran symbolique qu'est la main du thérapeuth, tendue sur le côté )

- Puis de se concentrer sur le lieu - ici et maintenant - de ses sensations coporelles  de bien-être que l'on " ancre " ( fait entrer en mémoire sous hypnose ) grâce à des mouvements alternatifs oculaires.
- On lui demande alors de choisir laquelle de ses deux mains sera la mieux à même à l'avenir de prendre soin de ce bien-être redécouvert. On ancre à nouveau cette décision ( qui est la première sur sa remise en marche: prendre soin de soi )
- Enfin, on lui demande de choisir le lieu du corps où cette main se posera à chaque fois qu'une contrariété un traumatisme, un évènement quelconque viendront réactiver la mésestime de soi. On ancre ce choix du lieu du corps .

Le geste de la main se posant sur le corps devient le geste " ressource " que la personne utilisera à chaque fois qu'elle en éprouvera le besoin ( stress, souffrance, douleur etc) et qui réactivera cette sensation de bien-être et d'autonomie.

Sous hypnose, j'ai découvert que le geste qui m'apaise  est celui de passer ma main droite lentement sur ma nuque.

La nuit dernière, j'ai été prise comme souvent la nuit de très douloureuses crampes dans les pieds. Après une bonne demi-heure à chercher à les faire passer avec les techniques habituelles d'étirements etc, je me suis mise en " auto-hypnose ", un peu désespérée de  parvenir à calmer cette douleur. J'ai passé ma main droite sous ma nuque, lentement et me répétant" tu dois faire disparaître cette douleur dans tes pieds ".

Hé bien vous me croirez ou pas, mais en quelques secondes, cette sensation douloureuse s'est résorbée, comme si mon corps l'avait aspirée. Mes doigts de pieds si douloureusement écartés en éventail, les plantes des pieds durcies et arquées,  les mollets si contractés se sont relachés avec une douceur dont je perçois encore le souvenir agréable. Un peu comme un liquide est absorbé par un buvard, et je voyais de tout mon corps cette absorption.

Je suis assez bluffée, je l'avoue, mais le propos dans cette existence étant de trouver des solutions plutôt que de s'enfoncer dans des problèmes, cette formation me rend confiance en mon aptitude à gérer ( entre autres ) ces petites douleurs qui souvent nous gouvernent...




Broderies autour d'Audubon

 

                apus.JPG

                J’ai encore souvenir entre mes doigts d’enfant
                de l’aiguille glissant au travers de la toile
                de fils soyeux peignant
                une pensée d’ étoile

                J’aimais par dessus tout ranger l’ordre Arc-en-ciel
                des échevaux si doux,
                enclos à leurs deux bouts
                par un papier brillant et noir comme un soleil
             

            
                Ma teinte passion
                était le rouge dans toutes ses dimensions.

                Teinte
amoureuse
                garance ou amaranthe, cramoisie andrinople
                ces mots qui renvoyaient
aux temps jadis
des dames
                aux amours interdites et précieuses.
                Ma préférée de toutes était rouge rubis
                gorge d’ oiseau
                et je peignais sans hâte au point  “Passé”.
                un muet paradis
              
                Depuis, j’ai découvert la palette tranquille
                du noir
                marié au blanc .
                Si vous glissiez les yeux
                dans mon armoire,
                entre ces deux extrêmes que je porte chaque jour
                se nichent comme amour
                Cardinal, Vermillon, Peintures de Peau-Rouge, quelques taches de feu




Les rats


Dans mon jardin quelques poulettes
Celles qui ont des botillons
Et chez nous s'appellent Fanchon
Pondent des oeufs à la sauvette.......

Depuis quelques soirées, déjà,
Les fruits oblongs se font plus rares.
Je fouille et cherche cà et là
Un trou attire mon regard.

Un trou qui passe sous la grille
Et rentre dans le vieil enclos.
Soudain j’en vois sortir tranquille
Un  rat nourri comme un bedeau.

Mais le plus surprenant, sachez,
Est qu’il en tire par la queue
Son compagnon tenant un oeuf
Calé sur son ventre  douillet...

Oh, la sainte
colère me prend,
La bêche à moi vient sans broncher
Et je m’apprète à les lyncher
Quand leur regard très fixement

Dans le mien plonge en un défi.
Bottines
noires, je vous aurais.
Nos yeux se croisent dans la nuit.
Le premier part sans sa monnaie

Me laisse l’oeuf au fond du trou,
Et le second un peu plus fou
Soutient mon oeil avec fierté.
Mes yeux chavirent, se laissent aller,

En un éclair il est parti !
C’est ce soir là que j’ai repris
Confiance .


A la bonne page






Exactement je pense en fer

      m'acharne sans pitié sur tous les mots de bois
  et je sais que ma rage tient au refus des pierres
             de se déplier sous mes doigts.

Le vent alors se tait. Il désapprouve.

Serais-je trop pressée
de tenir dans ma main une terre qui me ressemble ?

Hier, j'ai ramassé mille cailloux blancs
       en ai bordé le talus
son sentier qui se creuse.


Ce travail lent et répétitif m'a apaisée quelques heures
.

Rien d'industriel dans ces formes blanches irrégulières

mais un témoignage de bête qui marque son territoire



Puis j'ai retourné la terre

            et découvert le grain.

Est-ce ainsi l'univers ?


Reposant tout entier dans son germe

qui se repose en lui?


Mon ignorance m'ouvre toujours à la bonne page...







Je dormais sur ma bouche



Je dormais sur ma bouche
le froid en rampes douces étalait tous ses
bras


Le vent dansait là-haut avec les
yeux des chats
la nuit goûtait tranquille son brouillon plein d’étoiles
bavardages pointus

Je dormais sur mon seule


Il me manquait tes
mains pour raconter le temps
mais ce soir tu reviens…






Une fleur sans épines



1256.jpg


Je voudrais être un jour une fleur sans épines
Que la brise taquine et qui ne s’en émeut
Attendant près du feu les chansons très câlines
D’un gentil vagabond venu du « quand-il-pleut »

Nous nous raconterions les fruits de la nature
Des feuilles l’aventure sous le sol noirci
Et l’hiver sans souci de blanche couverture
Recouvrirait complice nos âmes que voici

Ah ! Que vienne le temps des attentes joyeuses
Aux parfums innocents de ces nars qui vous blessent
Et qui machent sans cesse nos doux sentiments

Si dans une autre vie je redevenais fleur
Qu’on écoute mon cœur, et que tout simplement
On m’offre la lenteur de la tendre scabieuse



les Roses d'Ispahan
de Gabriel Fauré




Soleil rasant


 
A ma mère...







  gauguin-femme-eventail.jpg
Tes fenêtres sont embuées de lune
au jardin
le jour
n'a de nom que remué.



Le ventpourquoi te faisait-il penser aux bouleaux blancs
dont les rangs se tenaient
sages au bout
du pré?
Tu aimais l’
heure des plis
    quand la terre se ridait sous le soleil rasant
            tu lisais les voleurs à sable débusqué
leur soif ouverte en noir autour de ce qui brille
    de l'autre côté des grilles.


Toi aussi alors tu as été pirate
    quand le ciel était là
                avec un grand soleil tendu au bout du bras ?

Toi aussi tu savais
       
l'effort fait pour passer sans toucher sans désir
    auprès de la beauté

les refuges obscurs où l'on se croit en paix
l'âme
            déjà
vendue aux justices de l’aube ?


Au fond de nous
se lèvent

toutes ces choses tues...




gauguin-femme-eventail.jpg



 

 

Bateau caniveau




Ce petit bateau
né du caniveau
je monterai dessus
et partirai si loin
qu’on pourra en chameau
en avion en oiseau
me chercher en tous lieux on ne trouvera plus
rien


Ecartée la buée qui nimbe le limpide
et si changeant reflet de  mon eau canivelle
écartée la cruelle
boue savonneuse qui de ses glouglous imbibe
le  flanc de la ruelle


Je vois déjà au fond
des reflets de vanille
la queue de tigres ronds
et les yeux d’un nabab jouant à la manille
il tient entre ses doigts des iles pittoresques


Que j'aimerais pouvoir d’une seule arabesque
lui dérober son jeu et gagner l’impossible


Absinthée l’eau croupie,
et pourtant
son  ivresse me prend
et me tourne le cœur comme on lance roupie
au charmeur de serpent


Les bois, les arbres, nom ! Que de beautés à vivre
palissandre, caca, ébène ou  acajou
de senteurs oubliées qui approchent ma joue
flottant sur ce radeau incongru comme un livre
écrit hors du langage


Ma bouche est en voyage
dans les transes du vert
céladon
et lentisques
au cœur desquelles nage à péril et xotique
un tragique espadon
qui n’a pas vu mes rets à son exode ouverts


Ah, tiens, une babouche suit mon batelet
et puis un vieux bouchon au trottoir qui se cale
J’ai valse hésitation entre ces trois secrets
emplis de vérités aux candides escales


Murmurez-moi lequel
je les aime tous trois
mes frêles caravelles
et n’ose faire un choix…


Mais déjà ce creuset s’imagine grand fleuve
lisant en paresseux les rives allongées
les accents circonflexes de mouettes aux cris de veuves
trouent les euh pudibonds des nuages dérangés
dans leur travail de scribe


Au creux du caniveau, je m’en vais
voyager.