dimanche 17 février 2013

Respiration








C'est par la porte étroite du manque

l'auberge basse du mauvais sommeil
souvent frôlant la chute
que nous éprouvions l'autre rive.


Et comment vivre encore

sachant mais de si pâle
ce qui avait gorgé le fruit offert à notre soif
évaporé sa chair sans bruit infiniment
le rendant à la terre avec légèreté ?

Nous-mêmes en ces moments

d'un pas l'autre
nous nous sentions si transparents

Respirions-nous enfin le monde

ses vérités sans poids que retient seul un corps ouvert à sa fatigue

ou étions nous déjà

à des bleus de la vie?






Pour une éthique de la fin de vie





Pour une éthique de la fin de vie

Viviane Lamarlère
A l'attention de Monsieur Alain Juppé
23/01/2004

Monsieur le Président

Un ouvrage du Professeur Bernard Debré sort ces jours-ci, dans un climat de questionnement récurrent autour de la fin de vie. C’est un thème qui me touche d’autant plus que depuis 15 ans j’interviens en tant que bénévole en structure hospitalière et au domicile auprès de malades en fin de vie et de leurs familles et qu’il me semble que l’on gagnerait en lien social mais également en humanisation du “temps malade” à développer ce type d’interventions. Or, on manque d’accompagnants bénévoles aujourd’hui, aussi bien dans les maisons de retraites que dans les hopitaux et cliniques ou au domicile.
J’aimerais ici témoigner de ce que le cheminement auprès des malades et des mourants a construit dans ma vie.

Si l’on ne devient pas bénévole par hasard, on le reste parce que chaque rencontre, son avenir fût-il très limité dans le temps, est riche de leçons de courage et de vie. Ce sont d’ailleurs leurs finitudes respectives, très consciemment assumées par le malade et ceux qui l’écoutent qui donnent tout sa dimension à cet échange. Il devient urgent, dans une société qui s’adonne au culte de l’apparence, de rendre aux rythmes de la vie, au vieillissement et à la mort toute leur place. Cessons de les cacher et d’en aseptiser les contours en abandonnant les malades à leur angoisse, les vieillards à leur sentiment d’inutilité, les soignants à leur désarroi.

Quel est le rôle de l’accompagnant bénévole?

Nous savons aujourd’hui que certaines pathologies graves, notamment cancéreuses, laissent une probabilité notable de survie à long ou très long terme. Cependant le diagnostic couplé à un pronostic aléatoire place souvent les malades en très grande détresse. La disponibilité précoce des bénévoles leur est très utile et leur apporte un confort important dans le vécu de leur maladie, des traitements souvent très lourds qu’elle leur fait subir, sans compter les incertitudes de leur devenir.

Lorsque les malades sont en phase terminale, dite “palliative”, de leur cancer, ou de toute autre maladie à pronostic fatal, en milieu hospitalier ou au domicile, lorsque le retour est souhaité par le malade et soutenu par la famille et l’équipe soignante de ville, le bénévole a toute sa place. Il sert de lien entre les différents protagonistes, en particulier les équipes hospitalières qui s’investissent tant auprès des malades et regrettent souvent de le “perdre” de vue avant que de le perdre pour toujours. Le bénévole soulage les proches, épaule les soignants, sait d’un sourire réconforter ou alléger une atmosphère attristée.

Ce soutien de la famille et des proches permet une meilleure préparation au deuil. D’ailleurs, il nous arrive souvent d’accompagner les proches de loin en loin, longtemps après le décès, jusqu’à ce qu’ils nous disent : ” Voilà, la vie continue “. Nous savons alors que nos chemins se séparent.

Les personnes agées en institution ressentent elles aussi ce besoin de relation avec l’extérieur, elles qui sont si souvent confinées dans des chambres qui n’ont pas de sens pour elles. Elles ont tout perdu ou presque de ce qui a fait leur vie, dont il ne reste souvent que quelques photos. Qui s’est rendu auprès de vieilles personnes esseulées peut comprendre le cadeau immense qu’elles nous font en nous racontant leur temps à elles, ce temps qui s’évanouira avec elles et dont il est important de garder trace.

Le bénévole est un témoin.
Témoin du malade qui aurait voulu avoir plus de temps devant lui, qui se soucie de l’avenir de ses proches et n’ose pas leur en parler, qui a peur du néant, de l’absence, de mourir seul la nuit ou au petit matin, qui voudrait se réconcilier avec sa famille mais n’ose appeler... Tant d’autres raisons de dire, celle par exemple de laisser à un inconnu l’image de soi dont on voudrait que les autres gardent souvenir.

Témoin du vieillard qui a vécu des moments difficiles, une autre vie avec d’autres valeurs qui sont autant de continents perdus, des anecdotes tristes ou cocasses, des livres entiers d’une histoire qu’ils n’ont jamais pu raconter.

Comment devient on bénévole au chevêt des malades et des mourants?

C’est plus qu’un choix, c’est un véritable engagement.
On n’accompagne pas les autres, semblables, pour donner du sens à sa vie mais parce que la vie en soi a déjà du sens.

On le fait par amitié de ce que l’autre a à dire, par souci de servir et de partager le cheminement du malade et de ses proches dans un respect absolu de ses convictions, en se refusant tout prosélytisme religieux et spirituel. En sachant par avance qu’il est un lieu et un moment où l’autre devra continuer seul sa route, qu’il est un seuil infranchissable et mystérieux d’où nous devrons repartir sur la pointe des pieds.

L’actualité de ces derniers mois a remis sur le devant de la scène la question de l’euthanasie.
J’aimerais également témoigner ici de l’extrême difficulté qu’il y a à se positionner pour les soignants mais aussi les “aidants”.
Il est plus qu'urgent de parler sans tabous des problèmes de conscience extrêmement douloureux que suscitent chaque jour des situations telles que celle du jeune Humbert.

Car c'est chaque jour que des médecins ou des soignants sont confrontés, seuls ou en équipe, à la "prise de décision" qui va entrainer soit l'arrêt des soins(ou abstention thérapeutique), soit une augmentation des posologies thérapeutiques sédatives et antalgiques.

Tous ceux qui travaillent dans des services où l'on meurt savent qu'il est un moment où l'on ne peut plus promettre le retour de la santé ou de la vie.

Mais tous savent aussi que des personnes comateuses peuvent se réveiller des mois et des mois après un long "sommeil", souvent avec des séquelles durables et qui font que la vie, pour eux, "ne vaut plus la peine d'être vécue"

La question qui devrait se poser aujourd'hui est : jusqu'où doit on s'acharner à maintenir un être humain en état de vie artificielle, jusqu'à quel point doit on le réanimer? Comment aider les équipes médicales à affronter ce qui est trop souvent si lourd à porter et leur vaut la suspicion de l'entourage du malade? 
Ceux qui sont confrontés chaque jour à la mort d’autrui savent à quel point les demandes d’euthanasie de la part de malades en fin de vie varient d’un jour à l’autre tout au long de ce cheminement, essentiellement en rapport avec l’atténuation des souffrances physiques.

Un malade dont les douleurs sont calmées cesse de réclamer qu’on l’achève.
Un malade dont le corps résiste à des traitements standards demande que l’on abrège ses souffrances.
Pour ces derniers, on dispose aujourd’hui de médicaments qui permettent d’induire le sommeil d’une façon très souple, avec réveil programmé, ou pas de réveil du tout si le malade a fait ce choix. Il faut à chaque fois que l’on met en route ce type de traitement lui expliquer cette possibilité qu’il ne se réveille pas .

Il faut savoir aussi que ce traitement optimise les traitements anti douleurs et permet au malade de partir A SON RYTHME, de larguer les amarres quand son mental, fût-il inconscient y est enfin prêt. Ce sont des morts très douces.On utilise très souvent en USP ce type de traitement sur les patients dont les douleurs (en général d’origine neurologique) ne sont plus calmées.

Il faut savoir aussi qu’entre l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie, il existe une troisième voie qui est l’ABSTENTION THÉRAPEUTIQUE. Un malade est en fin de vie, il ne souffre plus, ses inquiétudes existentielles ont été apaisées par un relationnel de qualité soit avec ses proches soit avec l’équipe, il ne demande qu’à partir, parfois en le formulant à travers le langage du corps (refus de manger, détournement de la tête, refus de parler, d’être lavé). Il convient de lui assurer jusqu’au bout des soins de confort, en particulier hydratation et soins de bouche et anti escarres. En général la vie fait le reste, elle aussi à son rythme et sans douleur.

Maintenant, le cas de ce jeune homme qui était en état végétatif depuis des mois. C’est un cas exceptionnel. Parce que sa demande de mourir ne pouvait être mise à exécution de ses propres mains et qu’elle impliquait la responsabilité de l’entourage.

La fonction des médecins est de lutter contre la mort dans la limite du raisonnable et de s’abstenir avec humilité lorsque celle-ci frappe à la porte, en garantissant à celui qui s’apprête à partir un maximum de confort moral et physique.
Il n’est pas dans le serment et l’éthique du médecin et des soignants en général de donner délibérément la mort . On voit bien à quelles dérives le contraire pourrait conduire.
Lorsque la personne ne peut plus “agir” sa mort, l’idéal serait que celle-ci lui soit offerte par la communauté, en un geste de charité courageuse et dont la responsabilité pesant sur toutes les épaules ne pèserait sur aucune. Je me souviens d’un espagnol il y a quelques années qui avait fait acheter le produit létal par x, les seringues par y, la perfusion par z, etc. Au moment voulu par le patient, qui était pleinement conscient mais ne pouvait plus bouger, les “complices” de cette mort offerte par amour se tenaient par la main, tenaient celle du malade et appuyaient ensemble sur la seringue...

J’avais vécu le reportage qui en avait été fait comme un grand pas vers la civilisation. Bien sur, mon absence de convictions religieuses et le fait que j’ai vécu dans des pays où la mort faisait partie de la vie ( j’allais dire de la ville, car là bas, il n’y avait d’hopitaux que les trottoirs, de léproserie qu’à ciel ouvert etc) m’aident à voir la mort de cette façon dédramatisée.

Peut-être faudrait- il légiférer sur le suicide assisté. Mais quelle chaine humaine mobiliser pour assister un malade tel que ce jeune homme ? Avec quelles précautions pénales? Et avec quelles retombées psychologiques en termes de culpabilité et de deuil pour ceux qui restent?

Je vous pose la question.
Parce qu’elle nous concerne tous. En tant que citoyens, justiciables et en tant que mortels.
On assiste aujourd’hui à un vrai retournement de comportement. L’usage de la morphine s’est répandu, est mieux codifié, les médecins se forment aux problèmes de la fin de vie et même si on manque de gériatres, ils sont de plus en plus nombreux à s’intéresser aux soins palliatifs dans une société violemment touchée par le cancer, mais aussi l’Alzheimer etc. Ils deviennent de plus en plus accessibles à l’idée que des membres de la société civile intègrent les services hospitaliers pour y aider les équipes en charges de grands malades. Les accompagnants bénévoles permettent aux équipes soignantes de faire en toute quiétude le travail technique et accordent au malade et à ses proches un espace de parole , des moments où les larmes, la colère, le désespoir peuvent être dits sans jugement, où le silence lui-même peut être écouté. Or l’expérience que j’ai des malades en fin de vie est que l’être humain est d’un infini courage face à sa mort, pour peu qu’on lui accorde le temps de léguer son histoire à quelqu’un.

Bien sûr, les questions qui se posent sont multiples :
-Quel prix sommes nous prêts à payer pour une fin de vie digne de ce nom, sans souffrance physique ou morale?Les unités de soins palliatifs sont des unités très lourdes et les traitements très coûteux. N’oublions pas non plus que l’on fait chaque jour “du palliatif” dans les services hospitaliers privés ou publicsqui accueillent de la médecine interne, on en fait en chirurgie etc.
-Comment recruter des bénévoles et les préparer à assumer dans la durée un relationnel qui est parfois lourd à porter, sachant que notre système de santé manque de moyens, en particulier de psychologues attachés aux hopitaux?
-A quel moment juge-t-on qu’une vie ne vaut plus la peine d’être vécue et qui en juge en l’absence de conscience du malade? Décider de faire une “euthanasie passive”, ce que je nommais abstention thérapeutique, se fait collégialement, mais il y a toujours celui ou celle qui “débranche “la machine à entretenir la vie.

-La question du suicide assisté pose elle aussi celle du sens de la vie. Lorsque l’on dit que quelqu’un est condamné, encore faut-il bien définir à quoi. A mort à brève échéance? A l’impotence ou la folie? A la dépendance ? C’est donc à chaque individu de définir le seuil insupportable qu’il espère ne pas atteindre et à partir duquel il estime qu’il relève de sa liberté et de sa dignité de mettre un terme volontaire à sa vie.
Une société digne de ce nom ne pourra pas éviter de réfléchir puis de légiférer sur le suicide assisté, en prenant des précautions très strictes d’encadrement du “geste” délivrant. En espérant que le suicide assisté ne sera pas une solution de défausse dans une société qui ne saurait plus accorder toute leur place aux malades, aux vieillards, aux démunis, à ceux qui se sentent inutiles parce qu’on oublie de leur dire le contraire...

L'idéal serait aussi de multiplier les "lits dédiés" de façon à ce que les services de médecine conventionnelle, ou de chirurgie, puissent accueillir dans des conditions de calme , dans des ailes aménagées, les patients en fin de vie, sans pour autant les enfermer dans ces sortes de ghettos que peuvent être les USP. Aider à la formation de personnels aux soins palliatifs, aider les associations d'accompagnants ( j'en ai créé deux, une qui travaille en milieu hospitalier, l'autre au domicile)ne serait ce qu'en leur facilitant leur "information continue". En USP, j'ai vu souvent des malades arriver après deux mois d'attente sur une liste du mêm nom, et décéder à peine une heure après leur arrivée, lacher prise dans ce lieu qu'on leur avait présenté comme le seuil du paradis. Or on sait faire aussi bien avec autant de tendresse pour les malades et de compétences techniques dans les services conventionnels, privés et publics. La question est "faut-il développer les USP ou renforcer les missions des hopitaux dans le domaine de la fin de vie?...

On oublie que 80 % des Français meurent à l'hopital, que des services hospitaliers conventionnels, publics ou privés, qui ne bénéficient pas du label "Unité de soins palliatifs" aident avec un infini dévouement les malades en fin de vie. C'est aussi de ce côté à qu'il faudrait s'investir, en formant les personnels. La seule présence d'une infirmière titulaire d'un DU de soins palliatifs dans un hopital ou une clinique, d'un médecin formé à la douleur, changent beaucoup l'approche de la fin de vie.

Il faudrait aussi un peu plus de psychomotriciens: les malades atteints de cancer ont beaucoup besoin de contact physique et de tendresse, les massages calment souvent des douleurs mieux que la morphine. Le regard aimant de quelqu'un, une main posée avec respect sur un bras décharné, le fait de sentir que l'on existe encore pour quelqu'un alors que le corps vous abandonne, tout cela permet d'affronter avec plus de calme une situation très angoissante souvent.
Développer et encourager les réseaux d'accompagnement au domicile - que les personnes agées puissent terminer leur vie dans leur maison, près des objets qu'elles ont aimé et de leurs souvenirs. Bien sûr, cela demande un vrai engagement bénévole, mais je sais d'expérience que l'accompagnement de la personne agée ou mourante est d'une telle richesse sur le plan humain, il donne tellement de force intérieure, on reçoit tellement de leçons de courage et de vie en contrepartie du temps que l'on offre, que cela devrait tenter nombre de volontaires.

je vous prie d'agréer Monsieur le Président, l'expression de ma très haute considération.

Gitane





C´est un hiver comme celui-ci que je l’ai vue la première fois
un de ces hivers où le vent emporte au loin les paroles.
J’
allais au silence.

Seule

elle était là
échappée de l’enfance
vêtue de mosaïques
à elle seule une idée de lumière dans ces rues mal loties.

Je me suis arrêtée tant elle me paraissait jeune

trop jeune pour traîner ainsi dans les rues de la nuit
je me suis arrêtée
trop lentement peut-être
pour ne pas la brusquer pour nous garder intactes de toutes les crudités
celles qui se crient et celles qui se pensent
dans le sillage des freins chauffés au macadam
mais elle a refusé

Monte je te ramène chez toi


Je ne sais pas ce que ça veut dire

chez moi je ne sais pas
je suis trop sale pour monter
je suis une gitane


Bouche gourmande et regard louve

dans sa main repliée aux ongles tous crasseux
traînait peut-être un sort
appris par cœur le soir au bord du feu qui couve

D’un geste à déchirer les terres les plus sèches

elle remontait sans cesse l’épaulette tombée
s’attarda un moment à la rondeur des seins
éclata d’un grand rire et s’enfuit en courant
voleuse de ma surprise

Je l’ai revue souvent elle a grandi elle a même des enfants qui s’accrochent à sa jupe


Elle a toujours aux pieds les mêmes sandalettes

et l’été ou l’hiver la voient à demi nue
sans aucune malice elle n’est pas coquette
elle est déjà promise à un bel inconnu

Elle est si lumineuse

qu’elle n’a presque pas d’ombre à traîner sous ses pieds
et quand elle est passée
il reste ce parfum
de calme après la pluie


Empathie





"Cet homme n'avait fait que m'écouter, mais c'est de lui que j'ai tout entendu."
A Claude B. , médecin , qui a guidé mes premiers pas sur le chemin de l'accompagnement des mourants.
Quitter la spirale de l'avoir et du paraitre pour celle de l'etre.

La première fois, on ne sait pas ce qu’on fait là.
C’est qu’il n’y a rien à faire, il suffit d’être.
Alors il faut s’asseoir.
A la juste distance, celle où l’on ne blessera personne.
Respirer au rythme de l’autre.
Attendre
les mots qui ne viennent pas, les larmes qui refusent de couler, se fondre dans le silence.

Et puis on se demande “Ai je le droit de toucher?”
Alors il faut oser prendre cette main qui quémande la chaleur de la vie qu’elle sent s’échapper, la caresser. Deux mains peuvent tout se dire, elles peuvent même faire l’amour une dernière fois.
Et puis on se demande “Aurai-je le courage de contempler si près le point où se courbe la vie? “

Alors il faut plonger dans le regard de l’Autre, reconnaitre dans ses yeux l’angoisse de l’inconnu, la peur de la douleur, le doute de tous les Dieux.
Et accueillir la haine, ce dernier stratagème pour mieux quitter ce monde qui ne vous retient pas.
Et accueillir les mots quand ils se laissent dire, les toutes dernières images que l’autre veut léguer.
Et serrer dans ses bras cet autre moi -même qui a déjà trouvé la clé de l’insoluble énigme
Car il est pour toujours entré dans l’essentiel.


Liszt, Années de pélerinage, au Lac de Wellenstadt






Les Années de pélerinage de Frantz Liszt ne comptent pas parmi les oeuvres pour piano les plus "grand public ", éclipsées qu'elles sont par les Rêves d'amour, Méphisto-Valse, Rhapsodies et autres pièces brillantissimes.

Elles sont pourtant toutes d'une rare pofondeur, très imagées, très évocatrices et très prémonitoires aussi des styles qui suivront. Liszt fut un grand novateur du piano et bien de ce que nous entendrons ensuite chez Debussy, Lalo, Ravel... se trouve déjà en germe ici.

En cette occasion de deux-centième anniversaire de la naissance de Frantz Liszt, une  envie de vous offrir l'une d'elles, extraite du pélerinage en Suisse.



Au lac de Wallenstadt




Liszt fut un extraordinaire interprète de Bach qui était, comme pour Chopin ou Beethoven, son pain quotidien. Il en a transcrit entre autres le merveilleux Prélude et fugue en la mineur BWV 543 magistralement joué ici par Hélène Grimaud:




Mais pourquoi ne pas nous faire plaisir avec la délicieuse Ronde des lutins que nous offrit l'irremplaçable Georgy Gziffra?




Et puis pour terminer trois must incontournables:


Rêve d'amour n° 3,
par Daniel Baremboïm






Un Sospiro




Jeux d'eaux à la villa d'Este
par André Watts





Au temps des lettres papier


Au temps des lettres papier
quand internet n’existait pas
le cœur et les chemins craquaient encore des petits bruits de l’attente


Le facteur venait le plus souvent en vélo dans ma campagne landaise
mais en Afrique c’était à pied
et à pas d’heure
car sous ces chaleurs on prend le temps d’envelopper de paroles accueillantes celui qui vous apporte enfin la lettre tant attendue et on l'en remercie en offrant le café ou l'eau fraîche

Je me souviens
j’avais quinze ans et un amoureux de quelques semaines – nous avions vaguement flirté lors d’une boum avant que je ne rentre en France pour les vacances d’été – il m’écrivait de longues lettres
qui me permettaient d’attendre nos retrouvailles … qui n’eurent jamais lieu.

Le matin vers dix heures mon cœur commençait à battre un peu plus vite
je distrayais l’attente en aidant aux taches ménagères
contrairement à beaucoup de femmes de ma génération
et d’après
j’ai toujours adoré faire le ménage le repassage la cuisine
ils me permettent en occupant mon corps
de libérer l’imagination

A cette heure si proche du verdict
je me donnais le plus généralement à une tache très automatique
cirer les marches de l’escalier à vis qui montait aux chambres
l’odeur de la cire me ravissait

Je faisais briller chaque marche avec une ferveur maniaque qui est encore d'actualité.

Puis
je ramassais mes jupes indiennes et allais m’asseoir sur les marches du perron le menton dans les poings
prête à pleurer si le courrier tant attendu venait à manquer
me racontant mille histoires d’accident de rupture de haine et d’amour

Caresser les coquillages fossiles logés dans la pierre de l’escalier ravivait l'imaginaire...

La chapelle de Jautan était assise sur son petit talus de graminées et de scabieuses
son clocher chapeau de pierre ruisselait de plantes parasites et d’oiseaux noirs j’y voyais selon les jours bons ou mauvais augures.

Plus l’heure se rapprochait plus j’imaginais le facteur
homme déjà assez âgé - de mon point de vue de gamine - il devait avoir dans les trente ans
et très conscient du bonheur ou de la tristesse que sa visite quotidienne était susceptible de m’apporter
dans le dernier cas je le sentais tellement contrit que je m’efforçais par avance à ne rien montrer de ma déception
mais je n’ai jamais su faire mentir les expression du visage ou de la voix
et lui
percevait tout
l’habitude sans doute d’être porteur de joie ou de désastres

J’imaginais les pinèdes et les taillis filant derrière lui
ses yeux plissés pour filtrer le vent de sa course
le temps qu’il prenait pour monter la dernière côte dont je connaissais par cœur la raideur
ce temps auquel je l'encourageais mentalement pour retarder l'apothéose

A un moment
dans un coude déchiré de l’enceinte du parc
je le voyais
Selon qu’il regardait devant lui ou au contraire tournait le visage à l’opposé de la maison
je savais ce qu’il m’apportait ou non


Les pieds froncés de tristesse ou au contraire tout ouverts au chemin qui menait au portail
j’allais prendre le courrier
son sourire ou son «  hé non, pas aujourd’hui M’zelle »
me faisaient l’effet d’une neige qui tombe en plein été 
j’étais partagée dans tous les cas entre l’affliction de l’absence
car les mots sont toujours signe d'absence de la chair
et la joie de l’attente prochaine

Il repartait sans se retourner d’un grand coup de pédale
je restais là quelques temps à le regarder disparaître au premier virage
le cœur au ralenti
si la lettre reposait dans ma main parmi les autres j’en respirais le parfum et me réservais de l’ouvrir plus tard après l’avoir cachée
pour multiplier par je ne sais combien cette possession

si la lettre n’était pas arrivée
je retournais sur mes pas
distribuais le courrier à leurs destinataires et sortais dans le jardin
prenais un grand râteau à grandes dents en éventail
ratissais avec soin le sable blanc tout autour de la maison jusqu’à avoir le sentiment d’un livre ouvert sur le sol dont chaque rainure serait
la tranche d’une page dans laquelle il ne me restait qu’à écrire

les mots d’amour manquants…

Greniers d'enfance



Lorsque j’étais enfant, puis adolescente, nous habitions en pleines Landes une vieille maison de pierre grise dans laquelle s’enfouissaient des fossiles. Les murs en étaient si épais qu’il y régnait une fraîcheur et surtout une pénombre reposantes l’été, alors que nous quittions pour deux mois les chaleurs de la ceinture équatorienne ou tropicale.
Elle n’avait pas de style particulier, si ce n’est un perron un peu prétentieux soutenu de colonnes grecques et surtout ses immenses fenêtres qui le soir laissaient se découper les frêles silhouettes de mes grand-parents sur un fond de lumière tamisée.

Un parc magnifique de cèdres, séquoïas, chênes multi-centenaires, hêtres, sapins bleus, entourait cette demeure construite au-dessus d’un lac. Le puits descendait à plus de trente mètres de profondeur et tous les puisatiers qui avaient dû entreprendre ce chemin vers la nuit pour remédier à quelque ennui de pompage en étaient revenus éblouis par la taille de ce lac souterrain où se déversait une rivière.
Ils avaient décrit avec des regards d’enfant émerveillés aux enfants que nous étions les myriades de lucioles collées sur les parois, et dont je n’ai jamais réussi à savoir si elles correspondaient à des animalcules ou à des rugosités de la pierre réfléchissant leur lampe frontale.

Une chapelle du XIVème attenante et une fontaine soi-disant miraculeuse complétaient le décor de cette bâtisse au charme inouï parce que sans doute sans charme précis, édifiée sur une des routes de Compostelle.

J’aimais me promener le long des fossés qui entouraient le parc. Il y poussait à la fin de l’été des champignons de toutes espèces, fausses morilles, vieux marasmes, bolets des bouviers que personne ne mangeait mais qui me donnaient en les cueillant l’idée que sans doute j’aurais pu survivre seule des choses simples qu’offrait la nature et bien mieux qu’au milieu de ces miens qui ne voulaient pas de moi. Il fallait écarter la paille, les brins de graminées, les fougères, les ronces rampantes et quelques orties parfois, mon odorat très développé et un instinct du terrain me faisait respirer les proies avant même de les voir.
C’était comme toutes mes activités d’alors un passe–temps, un crève souci, entrepris avec sérieux et détermination, l’horizon en ligne de mire, jamais atteint mais qu’importe ? Seul m’importait le chemin et s’il tournait souvent autour des mêmes lieux, je n’éprouvais pas le sentiment de tourner en rond.

Il y avait naturellement des greniers. Immenses.

Dans l’un d’eux, dont la fenêtre restait ouverte été comme hiver et dont les volets mal accrochés aux murs claquaient comme un signal à chaque coup de vent, plus certains que n’importe quelle agence de météo, logeait en permanence un chat-huant que nous pouvions approcher sans qu’il manifeste autre chose qu’une surprise un peu négligente avant de s’envoler d'un vol tellement silencieux que j’en rêvais la nuit. Prendre dans mes bras ce vol muet et ces pas légers sur le parquet, cette tranquille assurance qui fait se retourner lentement sur soi avant de partir sans regret, non parce qu’on a peur mais parce qu’on laisse la place. J'en ai gardé des émotions fortes en présence des rapaces.

Il y avait aussi, dans un autre grenier, entre les volets et la fenêtre, un essaim d’abeilles dont en collant l’oreille contre la vitre j’entendais, sentais même courir le long de ma joue puis le cou, l’affairement festif . Mon grand père savait, le visage et les bras recouverts d’une sorte de tulle épais, recueillir le miel et surtout des rayons qu’il me donnait à mâcher en maugréant contre les gommes américaines qui ne détrônerait jamais, disait-il, la douceur un peu piquante de cette cire mêlée de miel dont je laissais couler, pour le double plaisir de la sensation et celui de me faire rabrouer par lui qui m’aimait tant, des filets le long du menton.
Lorsqu’il ne restait plus rien ou presque de cette friandise, je la modelais de mille manières, le plus souvent un minuscule buste qui se voulait antique et n’était que bancal, parfois un dé dont je creusais les points avec un vieux mikado abîmé trouvé par là.

Mais surtout.. . Il y traînait des centaines de livres..
Entassés en désordre parce que trop vieux, trop peu présentables au goût de la famille qui aimait les bibliothèques aux rayons garnis de séries uniformes, ici des Jean de Bonnot achetés au mètre, ici l’intégrale de Balzac ou des enquêtes du juge Ti .
J’aimais ces vieux livres fanés. C’était un rituel-régal d’ouvrir les armoires et partir en voyage aux côtés de Jack London, Nerval, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud... Les feuilles en étaient épaisses, recouvertes d’un plumetis à la fois doux, râpeux et piquant. Je rentrais dans ces mondes sans me lasser, relisant vingt fois de suite les mêmes passages, me conduisant sans aucune aide vers des précipices d’émotion dont je sortais soit défaite soit extatique pour des jours et des nuits. Chaque feuille tournée me donnait l’impression que le temps et surtout ma famille ne connaîtraient plus jamais de division, que l’éternité ferait son nid dans ma chair et s’y reposerait à jamais.

Surtout. L’odeur du papier. Une odeur de mystère, empreinte des mains de ceux qui les avaient choisis.
Aujourd'hui, la première chose que je fais devant un livre est de le respirer. Son seul parfum me transporte en ces temps où les mots des autres me donnaient des ailes salvatrices...




Promesses de fleurs


  


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Après quelques huit mois d'attente, d'inquiétude, de désespoir parfois, le chômage quitte enfin l'espace de notre famille. Cette terrible épreuve collective laissera des traces jusque dans la qualité du sommeil qui fut, des mois durant, abîmé par les questions sans réponses et autres gambergements.

Mais aujourd'hui, je me reprends à rêver en couleur. Et me projeter au-delà du jour qui vient, dans les saisons prochaines que j'imagine en fleurs.


Les plates-bandes, massifs, rocailles, talus, sont bien fournis désormais en couvre-sol, bulbes et vivaces qui ne demandent qu'à prospérer. Je vais donc désormais investir dans des annuelles qui permettent en toute saison de combler le temps entre deux floraisons de vivaces.
Pas question bien sûr d'acheter des plants prêts à planter: je sèmerai sur ma terre sableuse les plantes qui m'ont depuis longtemps donné satisfaction par leur frugalité en eau et nutriments et la beauté simple de leurs formes et couleurs. Leurs sachets reposent déjà dans une grande boite que j'ouvre souvent pour caresser cette promesse...

Devant la maison ( de part et d'autre du muret) mais également sur les quatre massifs de vivaces qui l'entourent, une composition en rose, rouge et blanc.

De gauche à droite et de haut en bas:

Cosmos Picotee, Pavot oriental poule et poussins, Ammi majus, Cosmos versaille pourpre, Ammi majus à nouveau, Cosmos sonata en mélange dont les fleurs sont un peu plus basses, cosmos double rose et blanc, Echinacée blanche ( en forme de marguerite  à coeur vert)





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Et puis sur les rocailles, talus et plates-bandes qui longent le long terrain derrière la maison, une fantaisie en blanc, bleu et jaune.

De  gauche à droite et de haut en bas:

Cosmos double blanc, Ammi majus, Agastache, Nigelle de Damas, Escholtzia jaune, cosmos blanc simple, Alysse odorant.





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Et pourquoi pas l'année suivante des massifs en vert et jaune ou noir, blanc et bleu pâle? Tout est possible quand le bonheur revient...  J


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Outils d'enfance







Souvent le soir, lorsque sont achevés les travaux du jardin et ceux de la maison, je m'assieds au début de notre pré. Et je rêve.
Les journées sont encore assez belles et longues pour permettre ces pauses sans orgueil qui distinguent le commun des hommes des rois et des puissants.

Et il me revient des images de mon enfance à Jautan. En particulier ce que nous appelions les quartiers du Grand-père: les dépendances.



Le sol de terre battue, noire, enfoncée de trous.

L’eau remontait la nuit, dessinant des archipels qu’entourait un réseau complexe de petites buttes glissantes. Cela ne manquait pas de m'évoquer en sombre les œuvres de crochet de ma grand-mère, les mailles traversées de jours, inégales, flottantes.


J'y passais des heures, à l'instar du grenier. Pourquoi cette curiosité pour une pièce de silence, dont la blancheur des murs chaulés ne se laissait prendre qu’avec prudence, comme on regarde les étoiles, un peu à côté d’elles ? D’abord cette porte sans battant, plus basse que toutes les autres, ouverte à tous vents dont jaillissait au soir un parfum de moisissure et de rouille.

L’ombre. Ses seuls guides y  étaient les ventres défaits de vieilles barriques et d’un pressoir.
Contre un mur, les outils.
Adossés sans faiblesse, dans le même ordre invariable, comme si la main qui les usait  avait depuis toujours pensé ses taches quotidiennes selon une logique que rien ne changerait plus. Cela m’apaisait et m’angoissait à la fois. La paix parce que cet ordre impavide et humble. L’angoisse parce que l’inéluctable déroulement des jours et des saisons était inscrit dans ce rangement qu'aucune distraction ou fatigue ne venait altérer.

Je m’approchais d’eux avec cette inclinaison de la nuque que toute enfant modeste doit à de vieilles personnes. Et si l’un d’eux s’était mis à parler, je n’en aurais pas été étonnée, mieux, je l’espérais.

D’abord laisser la main glisser sur les manches de bois qui n’étaient d’usine mais d’artisanat, du bois dont on lisait les nœuds et les bourgeons interrompus en pleine sève, du bois aux tourments de visage, du bois ciré par la sueur. Certains étaient sombres, d’autres d’une belle lumière où se discernait mieux la plante d’origine. Tous étaient à la fois tords et droits et tout vibrants d'une âme.


Je les prenais un par un, cherchant dans ma mauvaise mémoire scientifique des nombres et des tables de conversions:  comment convertir le châtaigner ou l’acacia en masse et en dynamique?  Certains pesaient fort lourds et c’est alors que je  m'accroupissais, caressant ce qui me semblait homme, regardant derrière moi qu’on ne me surprît point.

Je me sentais indécente, en un univers déjà friand d'information à distance, d’aimer à ce point là
ce monde étonnamment beau et lent de l'outil.

Non pas la machine dont la taille dépassait la mienne ou la complexité me mettrait en défaut. Mais ce prolongement du corps qui fait de l'être humain ce qu'il est et jamais ne l'aliène. Cet objet au nom doux que l'on honore et use et qui rend corps savant.



J'étais fascinée et le suis encore par les outils de jardin.
Le lien qu'ils créent entre celui qui les tient et le monde à fleurir.
Ce qui à jamais les sépare des armes et des machines.
L'hommage qu'ils savent rendre à la station debout. A la main merveilleuse.
A l'attente des jours.
A la maison qu'on aime, à ceux qui s'y reposent.

Je pense alors à ce monde qui ne sait plus les champs
les prières silencieuses aux germes du soleil
et à ce privilège de pouvoir contempler la terre que l'on remue
d'entendre dans mon dos les rires de nos voisins
ou bien les jeux des chats.

La Vie vraie devant moi
dans ces reliefs qui saillent, hésitent puis se perdent...





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Attendre aura goût de nuage





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                                          Ile de Bréhat, 2009


         Il fait gris. Presque noir. L'automne s'annonce déjà
              avec ses ombres nécessaires
                    ses trouées d'arbres nus qui dérobent la soif
                       et la fraîcheur trouvées dans le puits des futaies

      Une tristesse m'envahit.

Tout cela n'était donc que presque vrai?

        Je voulais croire que la force noueuse des racines
                      donnerait au jardin des couleurs éternelles
              et me viennent soudain des odeurs de buissons
 dont j'étais
     par mes tiges
         accrochés à la pierre du sol et des maisons
                    de désordres en vert couvant dessous l'orage

   Ai-je oublié de regarder le ciel
         le double de mes fleurs luisant dans chaque étoile?

                              Il fait gris.

                                      Attendre
              
                                Attendre aura goût de nuage




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                                Antonio Vivaldi, Les quatre saisons
                               l'Automne, 2d mouvement par

L'orchestre de chambre de Toulouse

Par

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                           L'orchestre de Louis Auriacombe



http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Vivaldi/louis_auriacombe.mp3




L'orchestre de l'Académie royale de musique de Paris


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Vivaldi/08_Les_Quatre_Saisons_Lautomne___Ubriachi_dormienti__Adagio.mp3

                            L'orchestre de chambre de Berlin et Nigel Kennedy

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/4_Musique_Baroque/Vivaldi/Nigel_kennedy.mp3

Night Train


Nous entendions  derrière les arbres
    le  trait noir
    d'un train déchirant la nuit.

L'espace intermittent
glissait le long des rails

Existions nous encore
quand venait le silence
entre deux pointillés?

Cette frontière  passagère
        dont nous connaissions par coeur
le dessin et les heures
    toujours
nous étrangeait