jeudi 21 février 2013

Halte dans nos erreurs




  

Le soleil est passé

  ce soir
il a fait halte en nos erreurs

     creusé l'herbe et mordu dans l'os de quelques fruits


Ô pluies quand vous laviez les limbes du langage

    et qu'un fleuve vivant de couleurs surgissait
je haïssais déjà cet été qui venait

     fringant sur ses sabots semant tant de chantages

Aujourd'hui dans sa cage

              un grillon fait la scie

Les verticales sont en exil


                   Le vert s'écoule à pleine paille


Et nous si lents sur rien

comme dissous dans l'ombre




Cool heure


En revenant ce soir d'un village tout proche
je me suis arrêtée au passage à niveau
un train allait passer
celui qui ralentit depuis la gare précédente
avant d'entrer dans la gare qui vient

Je le connais ce train
je l'ai pris si souvent
on l'appelle le
Laitier et c'est un compliment
c'est le plus matinal et le dernier du soir
nous l'entendons parfois depuis notre
maison
qui surplombe la voie
il a sa manière à lui de traîner la roue pour faire comme si les rails
spécial TGV longsetlissilencieux
étaient encore de ceux qui font tatam..-tatam..-tatam..

Et puis

dans une palette de nuances unique à chaque voiture
(et il y en a puisque c'est le plus matinal et le dernier du soir)
les wagons sont habillés de paysages
on dirait qu'une boite de crayons mis à la queue-leu-leu serpente entre les arbres





Aubhumide





Comment rêver
            si ce n’est de gravir
    les marches transparentes
d’une maison absente
                vers d’invisibles hôtes ?


Comment se rêver
        dans ce peuple
fantôme
            où l’ennemi seul en saigne
l’eau netteté de l’imprévu ?

Comment se rêver
    quand ce printemps pluvieux
écarte aussi bien le jour
            que le vieux mage noir ?

Dans ses paumes

    l’or d’ aubes sèches

                         
                            jusqu'au soir

Le seuil



Quelques villages séchant entre deux lampes et les étoiles vertes
qui fleurissent en cette saison
puis la nuit de la pleine Lande
tellement gelée la terre en ce pays
tellement durcie la terre sous les couloirs du vent
que le bas côté se tasse comme un chien battu.

Ambre éparse au-dessus des forêts
la coupole des villes.

Nous roulons loin des heures de fermeture

Simple
soudain de nous greffer à notre solitude
au bruit léger du vent glacé contre les vitres.

Et me voici dans ma cuisine
sous la lumière jaune et plate des paumes
ramener vers moi l’eau des moments très simples
l’autre côté de ce soir d’hiver qui presque ne bouge plus.

Où sont restées les minutes ?
Où sont les heures passées ?

Peut-être est-il sacrilège de rassembler ce qui n'était
que pour toucher et s’en fuir ?

Alors
mains immobiles
cœur gravide
ayant compris enfin qu’à trop presser la source on peut tarir la soif
j’accepte d’être le seuil
la pente douce
où le pas du temps se pose.




C.P.E. Bach Concerto pour clavecin, cordes et basse continue Wq 20 Adagio





C.P.E. Bach
Concerto pour clavecin, cordes et basse continue Wq 20
Adagio

















Héronnière de Bazas en Sud-Gironde







Le terroir où l'on vit est toujours un mystère. On a beau croire en connaître tout, au bout de trente années il reste encore à  découvrir, se nourrir.
Mercredi, nous sommes partis nous reposer dans la héronnière de Bazas, située au bord du lac de la Prade.
Pour qui aime herboriser, la demi-heure de marche sur les chemins qui traversent les champs et rejoignent l'étendue d'eau se double facilement.
Ici est un pays de prose ronde
gorgée de pluie
à la chair ferme et verte
que caresse un ciel toujours mouvementé
comme s'il fallait par une fantaisie nuageuse
équilibrer la rondeur des collines et des prés
comme si le seul accord possible entre la terre et le ciel
était ce désaccord des formes et des couleurs.
Ce ne sont à perte de vue que champs de blés et d'herbe grasse qu'interrompt par moment une belle ferme silencieuse dont les fenêtres profondes et noires dispensent aussi leur lumière.

Il a plu, beaucoup, le sol argileux est trempé mais qu'importe en face de cette fûtaie aux troncs graciles, qui se refusent presque à pousser dans la même direction - le ciel vous dis-je , qui les attire selon son envie -, ces ocres violines, cette profusion de verts dont on n'a pas idée de la diversité.
Nous entrons en forêt et en silence...


En suivant un petit chemin carossé
puis un  sentier dont les feuilles brunies de l'automne
recouvrent le dessin sinueux



pu


ppées un séjour paisible, loin de ces bipèdes qui effraient tant ces deux espèces d'oiseaux.
Nous rejoignons les grands arbres au plus près des berges, sur les cîmes desquels sont posés, légers et immenses, les nids sombres et bruissants.
Nous allons rester là environ trois heures, sous les cris des jeunes appelant leurs parents et le vol majestueux des oiseaux...

Un  héron nous observe, calmement posé sur une branche au-dessus de nos têtes. On distingue bien ici la petite huppe qui prolonge son col. Le ballet des parents est incessant, entre le lac en contrebas et les nichées, dans une
cacophonie incroyable de claquements de becs, cris plus ou moins grèles, que nous n'entendions pas depuis le chemin. Il surveille le ciel et chasse par moment d'un cri énorme les buses qui tournent autour du territoire.





Vous pouvez voir ici un jeune agitant ses ailes, pas très emplumées,
pour appeler pitance. On trouve au sol d'ailleurs, entre la quantité incroyable de coquilles brisées par l'éclosion - et les oeufs bleus-gris sont de toute beauté -  des crânes de héronneaux, vestiges d' accidents de l'attente...
Dans les arbres, tout est fait pour semer la confusion la plus totale entre les cols d'oiseaux et les ramures dont les formes tarabiscotées sont véritable camouflage...



Son parent ne venant pas, le jeune assez dépité va se replier dans le nid et nous allons espérer deux heures, la nuque fléchie vers le ciel et en bougeant le moins possible, que le couple ait trouvé de quoi nourrir son appétit.







Durant tout ce temps, une sorte de guetteur est resté en place, regardant en tous sens.  Il nous a repéré d'ailleurs et à un moment, ma parka pourtant sombre a dû lui paraître étrange:  d'un cri rauque il a averti toute la population des arbres et nous avons vu s'envoler des dizaines et dizaines de hérons cendrés vers la haute altitude, certains s'approchant parfois au plus près possible de la petite clairière où nous nous étions posés et tournant de longues minutes, manifestement pour jauger  notre agressivité:







Notre jeune oiseau tout là-haut s'ennuie d'autant plus ferme que les autres nids reçoivent leur goûters à tempo régulier. Serait-il abandonné ou est-ce notre trop grande proximité qui fait hésiter ses parents?
Les arbres sont surchargés de nids. La héronnière de Bazas compte bon an mal an entre 400 et 480 couples, et de fait nous ne savons où donner de la tête...




Soudain, des bruits d'ailes puissantes venues d'on ne sait où, des cris rauques, l'enfançon qui surgit comme une marionnette de son étui. Notre attente est enfin récompensée:




Il y avait manifestement un autre petit, car les deux parents sont là, tout affairés à nourrir leurs bébés dont le bruit orageux de la déglutition nous parvient jusqu'en bas:





Le soir tombe doucement, les grands oiseaux reviennent, certains portant dans leur bec des brindilles qui, à ce que j'ai pu lire, sont offrande à leur partenaire déjà rentré au bercail, une sorte de bouquet que le mâle offre à sa femelle. Nous aurons le temps au retour de surprendre d'autres volatiles, tel ce superbe papillon argenté posé sur une cardamine des prés:

Piéride de la moutarde



Sur le chemin de retour nous rencontrerons aussi ces merveilleuses orchidées sauvages dont poussent en tapis dans la région tant et tant de variétés, ici Anacamptis morio (ou Orchis bouffon) . Les fleurs sont de la taille d'une fleur de muguet:



Mon petit bouquet de promenade, haut comme une petite pomme et composé de véroniques (bleue) de Dame d'Onze heure ( aux calices entrouverts juste devant) de stellaire holostée ( d'un blanc si pur), cardamine des prés ( aux pétales arrondis)  et de muscari à toupet ( violacée en pyramide).
Et je m'aperçois qu'à l'instar de Léopold et Cyrille, nous n'avons fait que musarder entre deux horizons: le lointain immense et le proche minuscule.