samedi 23 février 2013

Indicibleu









Va dans l’indicibleu

Intendant de la Terre et
Perds-toi

pour de bon
pour de vrai

trébuche si besoin
la pie-mère arrachée n’aies pas peur de te voir
car tout ce que tu cherches est au fond de tes yeux
et tu as récolté ce que tu as semé
à l’aveugle
flambeaux désséchés et blanchis


Intendant de la terre

la canicule haineuse survolera ton front
il te faudra marcher
aller chercher les germes

Oubliés
la religion des graphes
les cuisses prostituées la danse des corbeilles le chantage des bourses et surtout
les vieux mots qui dépeuplent le verdoiement du monde
Avoir
mot usé
Tu vois ce cercle ?
C’est le temps qui se touche par les pieds

Intendant de la Terre
un jour tu nous diras la rondeur des racines
son lait qui vient de l’ombre
les couches de tribus sacrifiées à la fuite vers de fausses opulences
les bandits pitoyables
et toutes ces créatures surgissant des poubelles et ruminant leur faim
La Terre ne négocie aucun délai
Intendant de la Terre
va vers l’Indicibleu
simple
volontairement

Portillon blanc




Il brume il vente un peu
l'ancien portillon blanc que nos petits oublis ont laissé décrépir
essaie de dessiner son ouverture au sol
comme une ballerine allonge des pas de basque
un lierre rampant rétrécit son compas
la tristesse balance avec des petits clacs au sapin près
d’écorcher la ramure
Les restes d’une pluie plantés sous l’éclairage

attendent alcooliques
la bouteille qui nage
Il fait un commençant qui ne palpite pas
mais les jours de grand vent
quand le vent semble avoir été créé pour soi
l'ancien portillon blanc
que nos petits oublis ont laissé décrépir
j’entends son cœur de bois
battre l'exploit systole
des lattes détachées


Mes corneilles



Mes corneilles sont des oiseaux charmants, très affectueux, très drôles à regarder vivre. Il y a peu l'une d'elles s'est éloignée de la maison, comme il convient à des
oiseaux adolescents. En vérité elle a dû se retrouver coincée sous la haie et sous le regard de tous nos chats. Son aptitude à voler était encore bien fragile.
Je désespérais de la retrouver vivante.
La présence toute proche d'animaux m'est aussi indispensable que l'air que je respire...
Le lendemain matin, sur le coup de huit heures j'apportai son repas à celle qui était restée plus sage. Rien alentour. Avec beaucoup de chagrin, je suis rentrée vaquer à mes travaux quotidiens. Une heure plus tard, j'entendais de grands coups de becs sur la vitre. Elle était là, toute trempée, agitant les ailes comme le font les oisillons envers leur
mère.






Depuis, pour qu'elles prennent à chaque fois plus d'autonomie, je les laisse en liberté dans la journée. Elles reviennent spontanément dans leur volière le soir.  L'idée étant qu'elles soient capables de subvenir seules à leurs besoins tout en sachant qu'elles peuvent se réfugier chez nous et y trouver de l'affection, un abri, de la chaleur... Elles se régalent de vers de terre, de débris de je ne sais quoi qu'elles dévorent avec gourmandise sous le regard interloqué des chats, bien plus dépendants. J'ai ainsi élevé en Afrique deux chouettes merveilleuses et un
vautour charognard  extraordinaire de beauté et de calme.

Pour revenir à mes corneilles, elles sont toujours suivies à distance par la petite classe des chatons que l'on voit ici jouant dans l'escalier qui mène aux chambres sous la surveillance agacée de leur mère... On devine la queue terre de sienne qui bat, les oreilles tendues vers le danger possible, le regard qui surveille en dormant.



Ces petits fauves brûlent sans doute de leur caresser les plumes. Mais déjà l'envergure de mes deux oiseaux est grande, quoiqu'elles ne fassent actuellement que la moitié de leur taille adulte, et il suffit qu'elles battent des ailes pour que la tribu Matou se disperse, poil hérissé et queue en goupillon. Une corneille  a une envergure de 109 centimètres et vit environ 20 ans.

Quant aux chats déjà grands, ils s'en tiennent à distance. Ils doivent savoir de toute éternité que cet oiseau est de goût très amer et dure consistance, à tel point me disait mon grand-père ( qui tenta d'en consommer durant la grande guerre) que pour savoir s'il est cuit, on le cuisine avec un caillou. Quand le caillou est tendre, c'est que la corneille est à point... bref, les adultes restent à dix mètres et font de grands écarts lorsqu'elles se rapprochent d'eux.

Quand une corneille mange, elle commence par se goinfrer, puis va cacher ce qui reste de son repas dans des endroits connus d'elle seule, son garde-manger, où cet oiseau charognard fait " mûrir" la viande. Elle creuse des petits trous dans la terre avec son bec, y enfonce soigneusement la viande, puis fait le tour du jardin à la recherche de cailloux soigneusement calibrés qu'elle pose au dessus du trou pour le fermer. Le tout en surveillant le ciel, car si un oiseau apparait entre deux nuages, elle va à toute vitesse faire l'inventaire de ses provisions et les avaler d'un seul coup d'un seul!

Le matin, lorsque je les sors, elles volent vers moi en poussant des petits cris affectueux, se collent de tout leur être ailes largement écartées contre moi, mordillent mes cheveux, frottent leur tête contre mon cou puis vont vivre leur vie...



Yma Sumac





Contrairement à ce qui circule ici et là, et participa bien sûr de sa légende, elle n’était pas du tout une descendante du 23 ème empereur Inca, mais… une péruvienne d'origine française du nom de May Camus, qui pour des besoins de marketing alors que son seul talent eut suffi, accepta de maquiller certaines données  de son histoire personnelle et anagrammer son patronyme.


Il est vrai que son type physique et le fait qu’elle était née au Pérou servaient à merveille l'ambition des imprésarii du Métropolitan Opera où elle chanta plus d’une fois.

Je reste peinée qu’une voix aussi multiple n’ait été prise en charge par des enseignants qui l’auraient guidée en d’autres lieux que les facilités hollywoodiennes souvent de très mauvais goût où elle s’enferra. Car en dépit des mauvais traitements qu'elle lui a fait subir parfois, sa voix est restée intacte jusqu’à un âge avancé.
D'un autre côté, c'est son absence de technique qui me la rend encore aujourd'hui si terriblement émouvante et d'une sincérité absolue.

Inclassable, elle couvrait de ses cordes vocales quasiment la tessiture d’un  pianoforte, chantant aussi bien dans le registre d’un baryton que celui d'une soprano colorature, dont elle possédait l'agilité et la facilité.  Du contre-contre-Sol grave au contre-contre-ré aigu ( ré 6 à 2349 Hz, à l'instar de Mado Robin ou Erna Sack.) Pour mémoire un chanteur d’opéra couvre aisément deux octaves, plus rarement deux octaves et demie. La voix d'Yma Sumac parcourait sans effort apparent... quatre octaves et demie. La différence n’est pas mince.

En outre elle savait d'instinct en mettre en valeur toutes les possibilités sonnantes ou percussives. Dans l' air que je vous propose vous l’entendrez utiliser toutes les ressources du vibrato serré ou relaché, du trémolo, du son filé, soufflé, de la vibration dento-lenguale, de la voix de poitrine, de sifflet dans l'extrême aigu, de la voix des bandes, râpeuse, pleine de grumeaux, qu’utilisait si facilement Louis Armstrong. Vous l'entendrez descendre d’un aigu vertigineux à des graves quasi masculins, claquer de la langue, feuler, crier ou imiter une flute de Pan, et il n’est pas si aisé que cela de laisser passer du souffle dans la voix tout en la projetant.

Mieux encore, elle était spontanément apte à ce qui est réservé à une élite dans certaines cultures très éloignées de nos pratiques musicales:   émettre deux sons simultanément. Ce qu'elle faisait sans vraiment se poser de questions...

On connait mieux désormais de quelle manière se superposent ces deux sons, comment l'organe vocal les fait naître.
Le son le plus grave est produit par les cordes vocales, il vibre, il est puissant, riche et  modulable. C'est celui que chacun de nous sait émettre naturellement.

Le second, aigu, sonnant comme un bourdon ou une guimbarde,  est à la voix ce que sont les harmoniques aux cordes d’une guitare : un son un peu blanc, qui est produit soit par mise en vibration de la glotte ou des bandes ventriculaires ( ces fausses cordes vocales qui se trouvent au-dessus des vraies), soit  par sélection des différents résonateurs bucaux ou maxillo-faciaux grâce à diverses positions de la langue obstruant une partie du palais ou ouvrant telle ou telle cavité nasale.

Les
chanteurs de l'Altaï pratiquent de génération en génération ces techniques de chant, dites chant diphonique, connues déjà à l'époque de Gengis Khan. Elles réclament une parfaite coordination des muscles phonatoires, une détente neuro-musculaire et psychique que seuls peuvent offrir un long et patient entraînement ainsi que la reconnaissance de ces forces intimes et si souvent contradictoires qui errent en nous en recherche d'un hâvre, et que le chant peut faire se renouer, ou du moins apaiser.
Ces chants à double vocalisation ont pour objet chez certains des peuples, tous  animistes, qui les pratiquent,  de convoquer les
forces de la nature bienveillante, les démons, ou simplement de faire s'exprimer ces voix multiples en continuelle évolution à l'intérieur de notre être.

Cependant rares sont les artistes qui se risquent à moduler la voix chantée tout en maintenant le bourdon. La plupart du temps, même les plus chevronnés d'entre eux se satisfont de les laisser filer en parallèle jusqu'à épuisement du souffle.

Il manquait sans doute à Yma Sumac ce bain dans toute une spiritualité qui permet de tenir longtemps les doubles notes, car elle ne faisait souvent que les " poser " quelques secondes, quoique, fait exceptionnel, dans l'extrême aigu. ( Entre 95 et 98 sur le petit lecteur)
Elle en avait cependant l'intuition et toute sa recherche musicale plus aboutie fut celle d'un retour aux sources de la forêt et de la nature, de son unité dans la complexité.

Je vous propose d'écouter l'air qui donne la meilleure idée de l'ampleur vocale  de cette chanteuse hors sentiers,


Les  "Créatures de la forêt "




Pour ceux qui veulent en savoir davantage
deux  liens très intéressants que m'a offert Jean-Pierre
Mais comment faire boudiou ?

ou les techniques du chant diphonique
Et puis
toujours chez Jean-Pierre
Deux vidéos passionnantes Vous y entendrez chanter A la claire fontaine
par une seule personne vocalisant à deux voix
et découvrirez l'analyse spectrographique de ces sons étranges
Vous entendrez les chants du Tibet et ceux des Inuits