dimanche 24 février 2013

Hommage à Glenn Gould



Abritais-tu déjà le crépuscule
    il y a tant de lumière qui coule de tes doigts
       
    Ce que ton corps en morne
une sorte de peur
    qu' importe ta folie
            c'est la nôtre la mienne

Le buste qui s'incline à toucher le clavier
        un berceau de musique

le bras
gauche confie
    dense dans ses volutes
    un éblouissement à la touche scellé
vient effleurer l'espace et fleuretter le temps
         
notes rondes perlées
notes déprisonnées

Tes mains
l'intelligence


Vidéo de Glenn Gould

Quarante sept minutes de bonheur
dans l'intégrale des Variations Golberg
 



Ibis sacré




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Suite à mon petit texte Ibis , mon ami  Jean-Pierre m’a adressé un article à la fois passionnant et très inquiétant.

Notre faim du toujours plus exotique et cependant à portée de regard quand ce n'est pas du toucher fait commettre bien des fautes contre la Nature à ceux qui vivent du commerce de ses créatures.
J’ai souvenir des grands Ibis africains marchant tranquilles au bord des fleuves ou des étangs, grapillant la moindre nourriture sur les décharges ou dans des marais s'asséchant, et dont la population était relativement régulée par la chasse  traditionnelle.

Les oiseaux piqueboeufs qui parfois gardent tout autre animal et vivent des parasites sur sa peau, les gendarmes, les merles métalliques
toutes sortes de rapaces, vautours, petits passereaux tels que les bengalis apportaient le chatoiement de leurs couleurs et de leurs coutumes propres à cette faune ailée.

Hélas, et c'est dans sa nature, L'Ibis sacré, kleptomane à deux pattes, s’attaque  volontiers à ses cousins à plumes: hérons, cormorans, aigrettes, butors, dont il va jusqu’à piller les œufs ou - quoique plus rarement - dévorer les petits.

Depuis quelques années, l’Ibis sacré pose de sérieux soucis aux régions qui l’ont accueilli puis laissé s’échapper des jardins d’acclimatation où il avait été importé pour le régal des visiteurs.
Aujourd’hui, on compte plus de quatre cent couples sur la façade atlantique, et 75 en Méditerranée. Cet oiseau puissant et dangereux prédateur, dévaste non seulement la faune dont il se nourrit ( à base de mollusques, vers, coquillages ) mais en s'attaquant à leurs couvées, menace la survie à court terme de certaines espèces d’oiseaux locales telles que sternes, vanneaux,  hérons garde bœufs etc.
Bien sûr, il se trouve toujours des associations à courte vue pour défendre l’implantation de l’Ibis sacré dans nos régions.

Faut-il rappeler que si nous ne voulons pas être amenés à transformer la planète en un gigantesque muséum d’espèces en voie de disparition, le bon sens impose de réfléchir aux conséquences sur la biodiversité de ces transferts d’espèces hors de leur niche originelle ?

Dans nos jolies campagnes, au bord de nos ruisseaux,
certains oiseaux font tellement partie du paysage depuis des générations que nous ne les voyons plus.


Il se pourrait qu'un jour proche ils ne soient plus qu'un vague souvenir...

Il en va de même de certaines espèces florales abondantes en couleurs et très adaptables à nos sols souvent plus riches que leur terre d'origine. Il m'a fait peine un jour de rencontrer sur le bord d'un fossé une fleur que je me souvenais avoir vue  en Afrique et dont les graines posées là par le vent ou quelque oiseau, prol!féraient au point d'étouffer les graminées sauvages et autochtones.

Pensons aussi à certaines tortues exotiques que leurs propriétaires imbéciles et irresponsables relachent dans nos rivières, tortues très agressives qui éliminent tout ce qui passe à portée de leur rostre.

La liste serait trop longue des transplantations ravageuses du biotope, pour n'en citer qu'une qui est une plaie dans notre région:  le Ragondin. Vilaine bête introduite en Europe au XIXème siècle pour sa fourrure "rentable " il a été là encore relaché par des propriétaires peu scrupuleux et a proliféré aux dépens de l'habitat où il s'est implanté.
En Amérique du Sud d'où il vient, sa présence était régulée par des prédateurs  naturels en l'espèce du puma ou du caïman. Il ne trouve chez nous aucune opposition à détruire les berges de rivières et leurs petits habitants comme la loutre, que l'homme,ses rectifications de cours d'eaux ou asséchements d'étangs et son goût prononcé pour la fourrure a mise gravement en danger.

Tout de même, pour consoler de ces propos un peu inquiets, une superbe photo d’ibis rouge. Celui-ci ne pourra s'en prendre qu'à vos regards lointains et ne détruira pas son environnement.

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Tomates Tomates



En attendant d'avoir un peu plus de temps, une connection internet moins fragile, je remets en ligne cet article bizarrement disparu hier! Merci à
Marianne de me l'avoir signalé.

De belles photos de
Michel, prise la semaine dernière à l'occasion d'une foire qui permet de redécouvrir les produits  locaux échappant à la grande distribution et son nivellement de qualité, mais surtout obéissant à une philosophie de reconquète  d'espèces oubliées, parfaitement adaptées au milieu, qui ne nécessitent pas d'encouragements artificiels sous forme d'engrais et autres protections préjudiciables à la santé ( la France troisième consommateur mondial de pesticides, près de 10 % des produits alimentaires courants contenant des doses supérieures à celles recommandées (??) par les normes européennes )

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S'en tenir à l'écoute des saisons... et du bon sens qui interdit de manger des fruits ou légumes qui ne sont pas encore de saison ( donc de raison)

S'en tenir à ces choses simples dont on tente de nous écarter...

Il peut y avoir tant de jeunesse et de musicalité inconnues dans une
musique dont on croit tout savoir. Et la saveur d'un produit de la Terre contient mille harmoniques. N'obligeons pas nos papilles à oublier comment les faire sonner!


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Je crois en l'urgence de privilégier les filières courtes,

encourager le retour du goût et de la joie de manger qui est depuis des années froidement anesthésié par des produits calibrés et poussés hors-sol, loin des rumeurs et senteurs du terroir
et même pour certains
éclairés par de la lumière artificielle.

Savez vous que l'on dénombre 7500 variétés de pommes? Plus de 12 000 espèces de tomates? Combien en connaissons-nous, choisies à notre place par les distributeurs? Combien auraient disparu sans le travail d'amateurs de vieilles espèces qui les redécouvrent, les cajolent, les offrent à goûter ou faire pousser chez soi? Combien dont les prénoms fabuleux ont sous la peau toute une histoire? Nous avons planté chez nous quelques pieds de ces tomates étranges; leur saveur est incomparable... Un morceau de pain un peu aillé, une bonne huile d'olive ou simplement à croquer encore chaude au soleil après avoir froissé leurs feuilles et s'en être barbouillé le museau. Le bonheur!


Il y avait ce jour là, sur des longueurs et des longueurs de tréteaux, plus de six cent espèces de tomates patiemment re-semées dans notre région par des jardiniers un peu fous qui tiennent des potagers conservatoires où l'on peut aller faire ses emplettes pour... rien... ou presque. On peut même chérir son petit carré de légumes en jardinant avec eux, des courges et concombres aux formes inconnues, des aubergines de toutes les couleurs originelles, choux, carottes à n'oser les rêver, de la couleur et de la saveur vraies. Tous les ingrédients pour se réjouir de boycotter les étalages anémiques des supermarchés.

Vite retrouver le vrai goût de la nature...


Un lien très riche et marrant vers des collectionneurs de tomates


Discordances


 
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Je sens venir des discordances à
l’infini
        elles grifferont la terre et peindront les buissons
de feux aux doigts si lents
                que nul ne pourra les éteindre







 

Chirurgicalement


 
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Chirurgicalement nous vous
disons chirurgicalement
c’est par la fin que vous auriez dû commencer

Cette toile déchirée de partout


il fallait la recoudre


Dans ma tête avance doucement

l’arme du promis jamais tenu
oublié lors de votre dernière intervention

Parce que

chirurgicalement nous vous disons chirurgicalement
nous avions besoin de rêves

c’est par le début que nous allons tout reprendre

à la chignole
au scalpel
à l’écarteur

La honte de vos pieds juchés sur tant de nuques

la honte de vos voix qui giflent le désert
la honte des poubelles où plongent tant de faims
comment peut-il se faire que votre inconsistance érode tout ce qu'elle touche?
Comment le creux peut il bouffer ainsi tout l'organique ?

Dans ma main se pose doucement

un peu de cette terre que vous avez trahie

Ouvrez la bouche



Détestation des routes



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Détestation des routes tracées au cordeau entre deux haies d’acier

que la vitesse égoutte
sans parfum sans futur et presque sans chapeau
longues comme l’ennui dans une ombre dissoute

Pas la moindre futaie
où débusquer les traces d'amours hors de saison
trous de sauvagerie à l'herbe du fossé
pourtant
il reste un peu d’écho de leurs brefs face-à-face
sous le drame aplati au bord de la chaussée
On suit sans vraiment voir la glissière métal
et sa marge interdite où quelques charognards
au plumes aguerries fouillent l’horizontal
achèvement de tout laissé par un fêtard.
Sur la gauche
un peu vite au-delà du béton
une bâtisse blonde allonge décrépite un maintien d’autrefois qui semble de carton s’il n’était le bleu dur
de rares clématites
Qu'il est sale
l'exil
dans les odeurs épaisses et lourdes surnageant.
Un brouillard volatil pourrait couper le temps.

En deçà du rideau on sait
d'autres lectures
vocabulaire ancien par les cygnes repris
un monde qui s'accepte et saigne ses ratures
On laisse un peu de soi

qui s’en va vers le sud
une danse de non
un projet hors la loi
au moindre arrêt
minute on cherche solitude
mais il est encore là qui caresse les bois
Ce bruit sur la glissière et ses tristes troupeaux
on voudrait l'oublier dans l’enclos
des paupières
mais il est toujours là qui larsène l'hier
détestation des routes tracées
au cordeau

Déserts


 
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Dans les déserts

        on rencontre parfois  l’ennemi
    on pourrait dessiner plus nettement sa silhouette
sur le sable

Mais le désert nous dit
     

Vous êtes deux ici
        de part et d’autres de la dune
    il n’y a que du vent
       
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