vendredi 1 mars 2013

Contes oubliés






La simplicité volontaire, c'est aussi la transmission de génération
à génération, par le bouche à oreille, des savoirs les plus simples et utiles à la vie, savoirs-faire, recettes éprouvées et respectueuses de la Naturedont nous pourrions bien un jour avoir grand besoin...



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Chamane
te souviens-tu chamane
du temps où les enfants savaient
le renvier des forêts
par-dessus les montagnes ?

A leur battement d’aile, aux courbes et aux chutes,
ils connaissaient le nom des oiseaux qui passaient,
à l'empreinte  gravée dans la bute,
au griffes dans les troncs, aux sentes effacées
frôlaient l'ours et le miel.

Parce que taire
meurt
qui n'est pas temps mourir
juste avant de partir prononcer l’autre rive
les vieilles gens offraient pour l'hiver à venir
leurs secrets en murmures de lierre.

La mémoire était vive des plantes qui apaisent
brûlent sang mangent fièvre

On ne sait plus ces choses-là.

On n'ose plus aller au rendez-vous qui fonde
au gai labour des doigts l'exhubérante graine
dont mes aïeux jadis contaient chaque seconde
en croyant que des heures et regardant le ciel.

Qui de nous survivrait
en n' appuyant sa vie aux potagers sauvages,

à l'ovale des feuilles, à fervente racine ?

En nos jardins, penchés,
d'ignorance mâchés
nous ne chérissons plus ce monde  qui nous devine
quand il y a tant à lire à la veine du bois...








Une coccinelle dans un cmap de coquelicots


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C'est Bébé Cétoine qui donna l'alerte, de sa petite voix mordorée aussi douce qu'une crécelle rouillée. " Z'ai vu un z'hélicoptère! Z'ai vu un z'hélicoptère!".
Bébé Cétoine était encore à cet âge miraculeux où les êtres vivants sont souvent sur le dos à contempler le ciel et se demander pourquoi tout marche autour de soi quand il est si aimable de rester couché...

Le champ de coquelicots et de blé en herbe fut traversé à la vitesse de l'éclair par ce petit hurlement.
Dans un langage qui nous est devenu étranger, fait de parfums, de trépignements, pyramides impromptues des corps qui se chevauchent, danse de chitine et d'antennes, bruissements d'ailes et froissements d'élytres, l'étonnement de Bébé Cétoine entra dans les trous de grillons, les nids de fourmis ou de punaises et jusque dans les oreilles de sa vénérable mère, qui l'attrapa par une patte, puis par une autre ( la première s'étant désolidarisée du tronc ) et le tira comme elle le put dans leur abri sous roche.

Chacun des habitants minuscules et sans prétentions de cette contrée presque sauvage se terra, jarrets, pinces et coudes relevées sur le rostre, et pour certains d'entre eux dans la position de prière dite " Faire-le-mort".
Seule, la grande Cigale psalmodiait une oraison qu'elle aurait souhaitée collective mais une de ses ailes était un peu ébréchée. La cérémonie improvisée prit une allure si pathétique que quelques uns en rêvèrent presque de rejoindre le plus rapidement possible un monde meilleur.

Le champ était parcouru d'une houle inhabituelle. Les fleurs, herbes et pailles de toutes espèces se balançaient jusqu'à la cassure, prises d'une incoercible chorée, depuis l'épi-centre de l'étrange phénomène. Les vents qui vivaient d'ordinaire au-dessus de ce paysage semblaient eux-mêmes avoir pris la fuite car ce qui soufflait là était porteur de fragrances maritimes et nauséabondes. On aurait pu croire qu'un chalutier venait de déverser tout son mazout sur le printemps en fleurs.

Soudain, ils entendirent
un Plouf ! d'une légèreté de mousseline
un Plouf ! à deviner la mer dans un désert aride
un Plouf ! à savoir compter l'eau qui se vide de la baignoire sans avoir appris les règles
un Plouf ! à donner soif à qui a bu les temps.

Ils ouvrirent larges leurs mandibules serrées déjà sur ce cri que savent étouffer les petits de ce monde lorsque la mort s'en vient. L'onde de choc parvenait jusque leur carapace, ses flaques douces comme des chatouilles s'étalaient lentement alentour, battaient quelques secondes puis se taisaient.

C'est alors que Coccinelle sortit de dessous sa feuille de coquelicot où chacun la savait étudiant avec acharnement la sagesse chinoise et les figures de rhétorique.

- "Mais c'est pas vrai, ça!" cria-t-elle d'une voix délicate.

Cette harangue distrait un peu les habitants du champ de leur fâcheux destin.

- "J'avais rendez-vous avec mon banc, qui est là-bas, envolé, à cause de cette samare gonflée aux OGM! Quelle poisse!"

Un tel excès de langage de la part d'une lectrice assidue de Confucius et Ping Peng Pong firent s'ouvrir les yeux des ses compagnons.

- "Une samaaaaaare? "dirent-ils en choeur. Une samaaaaare? Mais cela fait belle lurette que les érables ont lâché leurs graines! Ce n'est plus de saison..."

Et chacun d'y aller de ses considérations sur le temps qui n'était plus ce qu'il était, il leur faudrait une bonne guerre, etc.

-" Oui, une samare, comme je vous le dis ! Fabriquée par leurs laboratoires. Ils ont inclus dans son noyau de l'ADN de baleine, tout ça pour produire du sirop d'érable en plus grosse quantité sans afaiblir les trois derniers érables encore vifs sur la planète."

-"Z'est pour za que za zent la mer?" dit Bébé Cétoine qui ne manquait pas de bon zensz pour zon âze.
-" Oui, bébé, z'est pour za ! " lui répondit za maman qui comme toute les mamans du monde imitait le babil de zon petit afin de mieux le conduire en douzeur vers la bonne prononziazion

-" Et comment sais-tu cela, toi qui es toujours fourrée dans tes livres?" demanda Papillon Jaune.

Coccinelle se rengorgea, ce qui n'était pas de très bon goût pour qui se flatte d'être sur la voie du détachement. Elle remit de l'ordre dans ses pois un peu défaits par la brise, se gratta la luette et...


" Moi, mes élytres ont beaucoup voyagé,

ell's m'ont portée du champ vers leur misère
j'ai découvert ce que science tramait
l'énorme et l'anti te-er-re
Moi mes él.."

-" Ce n'est pas correct de dire " Moi, mes élytres", on ne dirait pas que tu passes ta vie dans de gros livres ", dit la Cigale, un peu vexée des applaudissements nourris qui saluèrent cette performance inédite d'un insecte habituellement muet mais surtout que personne n'ait su apprécier son initiative pastorale.

-" Comment ça, pas correct? C'est une anacoluthe, ma chère, et tout ce qu'il y a de plus pure. "

Pendant que la Samare achevait de s'enfoncer doucement dans son coussin de fleurs, pendant que se calmait l'effervescence qui avait touché ce petit coin de paradis, pendant que Cigale dépitée s'envolait au pays des lavandes, Coccinelle, dans un champ de coquelicots éteint par un étrange hélicoptère rassemblait en cercle autour d'elle le peuple des petits pour leur première leçon de figures de style, dont l'anacoluthe n'est pas la moins étrange. Mais ceci est une autre histoire...


Voyage au bout de mon jardin * 13 *





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L'an dernier à la même époque, l'hellébore de Noël m'offrait ses quelques fleurs lumineuses et rares, qui passaient du blanc pur au vert citron avant de se faner.

photos-jardin 0723

La voici ce matin, bien étoffée en une année écoulée et ruisselante de ses dizaines de fleurs et boutons. Ils restent quelque peu constellés de la cendre et du terreau répandus avant-hier autour d'elle. Le froid a crispé ses pétales mais au premier rayon de soleil, elle en déroulera les courbes:



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Non loin d'elle, l'hellebore de Sishuan, plus haute, moins fournie en feuillage mais si élégante:




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D'un peu plus près encore...

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Ici la délicieuse hellebore piquetée ( picotee):



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En mai dernier je garnissais le pied du chêne qui borde mon talus d'un camélia du Japon. Il était déjà en boutons et je l'entourai de mille soins tels que supplémentation en fer, trou peu profond mais garni d'un bon mélange de terreau horticole et de tourbe, arrosages fréquents et paillage l'été.

Combien ai-je tremblé en me demandant s'il se plairait chez nous, car de sa réponse en fleurs dépendrait le choix d'acclimater dans le jardin des arbustes, plantes et fleurs de terre acide. Il m'offre sa première fleur qui à elle seule attire le regard dans ce coin d'ombre et laisse présager d'autres beautés autour de son jupon joyeux:


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Et puis  c'est le temps des  premiers crocus...

Petit soleil doré au coeur de ses rayons verts:


crocus

Souvenez-vous, l'an dernier. J'étais toute fière de ces deux ou trois fleurs sorties en pleine froidure sous le tilleul, pimpantes dans leur bleu parme:



crocus botanique en fleur 3

C

Cette année au même endroit, sous le pied du tilleul, ils sont revenus plus nombreux ( et tout aussi charmants):


crocus sous tilleul1

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Les autres bulbes se sont ainsi multipliés! Si j'en crois les tulipes qui pointent leur museau, là où l'année passée avait fleuri une seule fleur sortent déjà entre cinq et huit tiges pleines de promesses. Vivement la suite!

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Jacques Ibert, les Crocus, extrait de la Petite suite en quinze images.



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Voyage au bout de mon jardin * 12 *



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Ce soir les anémones du Japon étaient transparentes comme des soleils.
La journée avait été longue. Depuis midi jusques vers 19 heures au jardin avec à peine une pause déjeuner. La Terre n'attend pas et c'est elle qui dicte ses urgences.


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Revenir sur ses pas pour juste regarder quand on a tant donné du corps et du coeur est comme une eau bienfaisante.  Ce matin, presque au lever du jour, je méditais sur la fin de mon petit chemin, commencé au mois de mai 2010. Une année seulement? Il me semble que ce fut tellement plus long...

Comparons... Hier. Le talus, quoique débarrassé de presque deux mètres d'épaisseur de ronces coupées par Michel est encore bien triste. Nous pourrions le laisser en l'état. Mais pour moi, jardin égale fleurs!

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Je vais donc tracer un sentier improvisé qui peu à peu fait germer dans ma tête avant que ce ne soit en terre des idées de couleurs. Regardons  aujourd'hui:

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Sagement apprivoisés l'un par l'autre ( ou inversement)
mon jardin et moi allons notre chemin.

Mais ce matin
allant au fond de mon jardin
j'ai été prise de blues devant ces branches cassées
feuilles meutries, tracés trop flous
et surtout ces cailloux
arrêtés en pleine reptation:


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Alors j'ai repris mon courage à deux mains, mon râteau, mon ciseau, un grand panier rempli de pierres blanches cueillies dans l'herbe. Et voici le résultat quelques quatre heures plus tard:


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Je n'en suis pas restée là, naturellement, car s'il était une évidence que le chemin partant de la maison et longeant le talus devait ouvrir ( ou se perdre?) dans le bois, il m'est devenu soudain très clair qu'il devait aussi le longer, le souligner. Frontière fragile, sans cesse mobilisable par le moindre coup de pied sans mauvaise intention ou la course d'une bête sauvage. Cela fait partie des surprises de chaque jour que de remettre en place au frais matin les cailloux déplacés et imaginer ce qui les a bougé la veille... Voici avant:


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Après quelques trois autres heures de travail:


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Ici, l'arrachage se fait à la main, tranquillement, en laissant vivre les fougères, les violettes, le lierre ou le bugle rampant tout en créant pour mes galets une place qui les mette en valeur.

Au début chacun moquait ma petite manie de faufiler le relief et l'espace avec ces cailloux blancs. Désormais, chacun trouve cela adorable, étonnant, émouvant.

En fait je dois à ces petites pierres d'avoir tenu le coup face à l'ampleur de la tache. Elles m'ont aidée à définir au jour le jour un carré à désherber, nourrir, décaillasser, amender de paille de lin, de grains d'eau ou de fumier, bêcher puis planter ou semer enfin! Et ceci accompli, je déplaçais les pierres d'un petit... tout petit cran, gagnant chaque jour un peu de terrain face aux orties, cigüe, phytolaque et ronces...


Sans eux, qui cernaient en silence une petite portion d'espace à laquelle j'avais la sagesse de me tenir, j'aurais été très vite désespérée...
Aujourd'hui, dans la foulée, j'ai continué de coudre le pourtour du jardin, ici le fond du terrain qui jouxte la forêt. Cela me permet d'imaginer plus aisément des volumes à habiller de couleurs:


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Et puis la promenade est si douce, sur un chemin qui se tassera sous le pas avec le temps!
Sur le retour, la blancheur du lamier, les nuances profondes et vives des cyclamen brillent comme une étoile. Je parviens sur cette partie du talus à contenir au ciseau les velléités invasives du lierre. Il assure la verticalité pendant que mes plantations se chargent de l'horizontal...


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D'ici on voit bien le trajet dans son ensemble, quelques cent mètres de longueur! Au plus bas ( sur la photo ci-dessous) le talus fait un mètre de hauteur.
Au plus haut, environ douze... J'ai été chèvre sans doute, dans une autre vie ;o)))

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Quelle chance que ce morceau de terre tout à soi à embellir, modestement, jour après jour...


Voyage au bout de mon jardin * 11 *

Ici votre article



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Chaque matin, le premier geste est de faire le tour du jardin pour contempler mes fleurs.


On ne devrait pas compter le temps que l'on passe à faire vivre une passion mais tout de même... cherchant sur internet des idées d'aménagement, j'ai fini par comprendre les économies gigantesques que j'avais fait à mon porte monnaie en effectuant moi même, jour après jour et quelques six heures par jour en moyenne chaque jour de l'année  ( soit, sur trois ans quelque chose comme 6000 heures de travail... 6000 heures de travail!!

Je n'en reviens pas... Et je dois même être assez loin de la réalité. Bref.

Je suis heureuse du résultat. Ma terre est pauvre mais elle m'a récompensée de mes efforts. Actuellement, grâce à des petits rubans de papier vendus en pharmacie, j'en mesure d'une manière tout à fait artisanale le PH.  Il semblerait que ma terre soit très modestement acide, ce qui ouvre des espérances pour des plantes ctelles que les azalées et rhododendrons. Cette espérance tombe à l'eau que je devrais fournir . Celle de notre région est assez calcaire. Cela leur ferait du mal et je ne me vois pas acheter de l'eau minérale pour quelques azalées... En outre, même si l'eau d'ici leur convenait, je ne veux pas gaspiller ce bien commun  pour des fleurs, Donc... Exit azalées, rhododendrons et autres plantes de terre de bruyère!!


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Je me contenterai de ce que j'ai planté qui aime toutes les terres pourvu qu'elles se cantonnent dans une absence d'excès. Par exemple, ces glaieuls d'Abyssinie qui éclosent tout juste. Leur blancheur d'une journée est une vraie lumière dans la grisaille de l'automne.


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Et puis les asters fleurissent sous le chêne, contre toute attente pour des fleurs friandes de soleil. J'ai planté ce jour contre leur dos des Rudbeckias fulgida dont le jaune d'or sera du plus bel effet à la saison prochaine et peut être même... avant!



Notes assoupies


Chaque jour la lumière grandissait.

Dans le triomphe des terres inondées
noires encore de notes assoupies
  la mort achevait son travail
          feignant de croire en une ultime fois.