mardi 5 mars 2013

Mot se crée





Demain j'avais perdu mon nid d'entité

loin des naufrages de la terre ferme
j'allais au mot secret

un mot plein de magie de malice de fables
qui écrivait je veux
devant lui
sur le sable

Je savais pas ce qui m'attend

déjà plus de visage
ce qui reste d'avant
butine les on-dit de l'éponge et du sel
enfouis sous les rouleaux
m'habille d'entre creux

mais ma
peau en s'offrant
saura ouvrir le mot

Et Dieu tout étonné



Ecluse lente




Le vent violent a obscurci le ciel, mon jardin en morceaux

dans l'ample solitude
triste chanson des branches émiettées sur l'herbe

Vie.


Chaque écluse plus lente.


En présence de l'Enfant
les choses les plus simples nous emportaient vivants dans une éternité

on y acceptait sans révolte de n'être que d'un temps
si loin de ce qui trompe la passion de l'existence

Ses menottes jouant à " ainsi font font font les petites marionnettes"
ses rires de nos coucous
cache cache
et il marche
et l'émerveillement de le voir s'applaudir quand il nous a tendu
l'objet que nous nommions

Je ne vous parle pas ici de performances
mais de ce savoir-être-vivre-comprendre
qui jaillit droit comme un futur

Combien me semblent morts les gestes qui commandent
en regard de ces mains et leurs jeux débutants
de son rire qui éteint la lueur des écrans





Comme un ...



Je suis partie aux dernières fois de nous
            vers les plaies aux genoux
    qui font des marques brunes

Résonne où la tendresse
    jour de froid chaud de lune
    semant large mes peines
         

Je suis partie au loin
                 
et vous n'étiez pas là
pour cueillir en vos doigts

                                    la ferveur de mes doutes




Bleu d'eau live



S’extirper ou mourir
ce qu'il faut de patience à une goutte d'air
pour échapper au meurtre
à l'envie de dissoudre arrondir niveler qui possède toute eau

de l’autre côté du verre quelques sillons très fins
des empreintes de doigts
deux mondes  séparés par de la
transparence
parfois sur les falaises
on croit avoir trouvé l’encoche
où afflanquer l’espoir et puis c'est
la glissade

Les jeux aussi finissent par mourir
qui laissent sous les ongles un goût d’infanticide

L’air
n’est pas bleu d’olive
mais léger à pleurer
je n’ai jamais vu clair
dans
ces deux insolubles
que sont le vent mes larmes

j'accepte de vivre



 

Quand je te téléphone...




 A elle...



Quand je te téléphone parce qu’un chagrin à conter se trouve au bord des lèvres
qu’il te suffirait d’écouter pour que de friches il se mue en jardin
et qu’en reposant l’appareil je m’aperçois que c’est moi qui t’ai écouté

en respectant les courbes de ton paysage
je comprends mieux pourquoi j’ai choisi l’écriture et ses pays perdus
je comprends mieux pourquoi les inconnus croisés me parlent spontanément
et pourquoi mon chemin d'
écoute des mourants

Dans cet espace-là
il n'y a pas de demain et surtout pas d'hier
rien qui vienne souiller la rencontre
c’est si loin de la nuit
Peut-être devrais-je une fois pour toutes accepter que ce monde est fait
de mourants et de morts

Peut-
être devrais-je une fois pour toutes accepter que ce monde est fait
de ceux qui parlent à chaque fois plus haut pour intimer silence
et de ceux qui
ravalant leurs larmes
posent sur un bout de papier tous les mots empêchés

Quand je te téléphone parce qu’un chagrin à conter
une joie
un chemin
se trouve au bord des lèvres
si tu savais à quel point il te suffirait de l’entendre
pour que de friches il se mue en jardin
et me touche l'été





Arabesque de Schumann



   

Au passage le temps


Au passage le temps

    goutte à goutte sans escale sans bruit
        me frôle la joue les soirs d’incubaison
    au passage le temps
        ses mots en éventail sur le pourtour des yeux
la peau qui transparence à débusquer le je
        parmi tant d'autres

être un grand arbre blanc

        sur la route immobile épluchée par le vent
    attendre jusqu’à mille

Au passage le temps

    de plus en plus souvent un poids neuf inconnu qui énigme les gestes
furtives
    entre deux huis
        les choses d'autrefois
elles paraissaient immenses
        les souvenirs s’estompent il reste quelques taches
l’imprononcé de l’être

Elle rêve un chemin qui s’ouvrirait tout seul

        pas ces chemins bourbeux où elle s’est blessée dans des sortes de nuits

Une improvisation qui monte et qui descende

taillée crue dans le vert pour regarder tout droit comme on s’endort
    ou se perdre à plaisir
        des portes tout du long trois dièzes à la clef pour s'envoler au vent
    pas trop de soleil pas trop d’ombre
                mais la brise
sur le visage nu
des voix qui parlent sans urgence
au lointain
le jour
puis



Excusez-moi pour les dégats





Ces temps j'ai des pensées qui déraillent et qui brûlent 

    le corps tout infiltré de trucs retrousse peau
        je n'avais pas le mode d'emploi
excusez moi pour les dégats

    Faudrait un paillasson de l’âme
on y poserait ce qui l’a traversée
en s'accrochant un peu aux parois du crâne
 lumière émorfilée
pour ce que j'en sais du dedans
         J'ai même plus de révolte
sais pas où elle est passée

C'est peut être le prix pour enjamber l'automne

cette saison que j'aime et qui ne m'aime pas
j'aimerais que ma nuit soit d'alud et basane
au fond de ses cloisons
où les doigts se mélangent sans rien attraper
le monde serait posé sur sa tranche comme un vieux sou qu'on fait tourner

Certains jours tout est tout blanc noir gris

    c'est cette saleté de temps qui joue
atout
pis