vendredi 8 mars 2013

Rien










Tu dors et le jour se lève
tu oeuvres et le jour se lève
tu parles et le jour se lève
tu vois bien que tu n'es rien!




















Stonehenge

 



stonehenge.jpg

On ne sait quelle plage on ne sait quelles eaux

un muet commencement vient lécher leur revanche
le vent ne tremble pas dans les questions trouées
sa
voix glisse
apaisée

Ils sont bleus ils sont noirs
    de patience forcie à compter les étoiles

           
             Les grands bateaux du Nord retombés
                    en poussière
                              


 Pour eux rien n’a changé
    
leur désir est debout
immobile
emmuré
        comme s'il ne voulait pas
 marcher son pas de pierre


   
De la mer entends tu ?


Le monde s’est échoué au pied de la falaise

    ses œufs de barbarie
écalés
dans les vagues
le ventre des nuages est barbouillé de feu


  
        Quelque chose  vient


             
     De la mer
                    entends-tu ?


                 
                     La brume est olifant



Lux Aeterna de Ligeti







Mhongs




Entends tu?

Le grand fleuve étranglé

Par les palétuviers
N’a même plus la force de proférer un son.

Vois -tu?


Les singes hurleurs se terrent

Dans la brume limace glissant des frondaisons
De la forêt primaire.
Les fougères arborées
Se penchent étonnées
Sur ces corps étrangers
Qui tentent d’écarter
Leur chair chlorophylleuse aux spores attroupées.

La pirogue en désir déflore les lentisques

Et se fraye un chemin
Dans l’hymen verduré , voluptueuse odalisque.

Lumineuse trouée sur le sombre des futs

Elancés vers le ciel d’où tombe le raffut
Des oiseaux et des fleurs
Suspendus
Au soleil liane blanche.

Sur un miroir de calme germent des pilotis,

Denture d’une rive où pensent des enfants.

Des pagodes ébrouent leurs faites rutilants

Comme plume d’aras ou de pie métallique.
Cheveux noirs, yeux bridés, yeux amers..
Eclosent sur le vert.
Papillons colibris venus d’autres pays,
Ils chantent de leurs mains un salut gracieux
Mais leurs yeux..
Sont emplis de questions..
Pas de révolte, non..
Juste le souvenir de courses fatiguées
Pour échapper au feu, au sang, yeux engloutis
D’épouvantables rêves qui les ont poursuivis.

Sens tu?


Comme le fleuve muet dans les palétuviers

Allume des regards qui voudraient se poser
Quelque part...
Et rencontrer les tiens...

Troupeaux





Les troupeaux
s’accalurent
aux pentes déverdies
de rares troncs nerveux accrochent le sillage de leur ombre bleutée
sur l'alpage
le soleil engourdi
là haut
très haut

C’est surprenant

les nuages ont compris la chaleur
eux aussi sont en cercle au-dessus du troupeau
peut-être est-ce la sueur des bêtes qui remonte
et leur fait un chapeau ?










Vallée d'Aure



Pas très loin d'Arreau, dans nos proches Pyrénées, coulent conjugalement un Gave aux galets multicolores et un canal tranquille aux courbes condescendantes.
C'est la montagne qui décide de leur divorce.
Chacun a ses pêcheurs
qui s'ignorent.
Le premier bouscule un peu parfois ses frondaisons sauvages, le second ronronne entre ses rives très civilisées.

Des arbres élancés s’y abreuvent tout du long

la poitrine tendue vers le ciel
quelques oiseaux s’y posent avant de rebondir
mais leur faîte indolent reste de pèlerins
regardez leur reflet qu’emporte le courant c’est l’heure d’une pensée
ils laissent
par moments
le vent se nouer aux branches pour le plaisir des cris petits en haut des cimes
la lumière joue des rythmes un peu penchés et blancs sur des plages jaunies

En empruntant le chemin des marmottes on rejoint tranquillement

la Vallée d’Aure.

la route suit de fort près les caprices de l’eau
chaos de pierre touffes d'hêtres laissent peu à peu la place à des sapins
par endroits l’herbe rase glisse le long du ru
travail paisible et rude

La neige se fait plus dense dans l'air plus coupant

un arbre dénudé tient à peine debout
des choses étranges passent entre ses branches
alternance de vide
et
de faim
la route bute contre la mousse jaillissant du rocher
coulant sur le talus
elle porte quelque chose de vrai dans son vert rugissant

Concentré dans l'effort

l'arbre attend

On est si loin ici de ce qu’on habite tous les jours

on est dans la matière le regard derrière soi plein de souvenirs d'eaux
et la peau toute ouverte aux marges crénelées de blancheur
on est si loin des mots
et lorsque l'on rejoint les vignes oubliées
ça vous rouille le cœur la nostalgie
ça vous nourrit le sang
c’est un arrière-pays sans mensonge dont on ne finit pas d’explorer les chemins



Yelamos de Abajo




Yelamos de Abajo
Un village de Castilla de la Mancha,  oasis au milieu de montagnes désertiques
Ils ont toujours été là
sans doute
assis le long des murs
Ils sont là
Ils ne savent presque pas ce qui se passe ailleurs mais connaissent le dédale des rues
propres comme au premier jour
pas un papier qui traine
rien qui vienne briser les rais de lumières en train de naufrager
obliques entre les arbres
au milieu des ruelles une saignée sèche où pépient les oiseaux

Sur les balcons coulent les glycines
le vent les fait danser seul mouvement apparent dans un village en train de mourir ou de vivre à un rythme inconnu
le jour qui tombe semble ressasser les couleurs de la veille
et les mots
prières bleues et lourdes sous un ciel si limpide
les mots ne se terminent pas
personne ne ramasse le bout de conversation du voisin
c'est comme cela que le temps se passe
Un murmure parfumé d'anis et d'olive court le long des façades

avalé par le baillement d'une porte
on sait ce qui a eu lieu dans la journée on devine demain c’est le plus important
une voiture est arrivée c’est un événement
Un vieil homme a compris
Il se lève de son banc et ouvre le chemin
marche juste devant le capot à le toucher
appuyé sur sa canne
de la main nous indique l'angle à prendre pour ne pas abîmer la chaux fraîche des maisons
il fait le tour de la ville  nous montre où nous  poser
et s’en va sans un mot
sans montrer son visage sans attendre un merci
creuser le mur où l'attend encore son ombre
Pour lui c’est l’ordinaire pour nous c’est autre chose

il était là au bon moment
mais il ne le sait pas...

Esthétique de la crevaison



Je suis née un jour crevé à l'ouvre-boite

par ceux qui préfèrent la rouille et le fil abîmé
à l'aube claire des caresses
je suis née mille fois
pour essayer de naître


Ensuite j'ai changé de verbes
un par saison
rire tomber dormir se taire
c'est ce dernier qui m'attirait le plus de guerres
et rien n'a vraiment changé

On cherchera
dans ma boue
en vain
reste d'orgueil.



Ombre






L'
Ombre venue des flammes vertes

    coulée dans l'épaisseur vivante des arbres
         ruisselait plus noire autrefois
  et sa noirceur

 sur le pain du jour posée comme une lame
        pourquoi était-elle plus lumineuse
que cette ronce sur nos âmes ?
















Une souche au fond du jardin




Tu croyais promener dans une langue connue
      les petites différences
    dans l’eau brune de l’écorce
        te disaient l’aventure de l’hiver en été
pas peur du sang dans l'herbe
                 elle
    t'empêche
violence déroulée aux terres où tu vis

tirant sur tes ficelles un jour non un jour oui
Une souche est ouverte au fond de ton jardin
    glisser entre deux cernes
        retrouver à l’aubier l’âge exact de la peau
la fleur juste
    cachée sous le silence du silence