samedi 9 mars 2013

Le voyageur contre un...


    Souvent
je l’ai croisé
le visage était le même et la posture du corps
quoique personne différente
sur les quais de mes gares
dans les ruches affolées que sont les halls d’aéroports
    Toujours
il marchait loin devant ou derrière les connivences bruyantes
du groupe auquel il semblait appartenir
sa nuque tirant un poids resté ailleurs
    A chaque fois
le même sourire adressé au quidam
excusez-moi d’être là
dans cette démesure qui ne me ressemble pas
    Quand
un des siens lui parle
il fait comme s’il n’entendait pas puis se rapproche
lentement
à regret
acquiesce avec la concentration douloureuse de l’absence
    Parfois
ils lui montrent quelque chose
ils sont comme ces oiseaux vivant pour l’effort bruissant des ailes au bord du nid
lui ne veut être empli que de ce qu’il ne peut dire
    Alors
il regarde à côté de leur geste
avant de s'appuyer contre un mur ou un banc
un vieux mégot aux lèvres
la fumée l'envole
on ne peut voir vraiment
ce qui vous est par force montré


Bords de mer en Guyane





Là-bas.
Survivre. Ciel matin bleu grognant le soir. Dans l’entre-deux, un voile lourd. Mer marron d'esclaves échappées belles ou sordides
souvent la face dans l’eau du fleuve.

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Au pays de la sapotille
il y a des armées dantesques
crabes, triste soldatesque
dont l’attirail n’est que brindille
face aux orteils qui s’envasouillent,
vont à la pèche aux corps qui grouillent
en dessinant des arabesques
invisibles
et pour cause..
Là-bas.
Un peu d’air frais parfois remonte de la mer. Alors, se perdre dans les haies d’épineux dont les fruits résonnent de  noms barbares.


Au pays des banacoco

les étrilles en bleu treillis
ne se cachent dans les taillis
et ne connaissent jamais l’eau.
Leur univers est fait de vase,
ils ne fréquentent pas les huîtres
cause mauvaise humeur élytre
cyclothymique comme un huis
clos
Et pour cause…
Là-bas.
La mer vient s’échouer lamentable sur des non-plages de non-sable, et pour cause
sirop de vagues.


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Comme ils sont lointains les abysses
chocolat crème, douce pelisse
sable mer que damasquinent
les carcasses de leur chitine.
On ne les entend pas crier
ils sont muets les crustacés.
Seuls au grand large les cétacés
se doutent un peu de quelque chose
et pour cause
La mer croque les matelots
mais leur hého est
inaudible..

Tilleuls



Hier je revenais

    Le soir était orange
d'un orange veiné de touts petits mensonges
    

La journée m'avait laissé ce sentiment là
    bringé

D'un côté de la route les tilleuls tenaient
sages
        leurs obus effeuillés
         
Entre leurs frondaisons
            le ciel
                éclats imprononçables

Automne





                La nuit s’est déplacée
                    pendant que nous dormions,
                laissant en souvenir un voeu de gelée blanche
                Regarde le soleil écarter un à un les replis du sous-bois
                        ne sens-tu ce parfum
                        marinade d’automne flottant comme un pavois ?




Le dire du latéral





Je lève mon verre
pêle-mêle
aux chemins que l'on ne choisit pas
mais qui s'amusent à vous faire tomber

aux colères inutiles
dont la poussière
témoigne si peu de leur ferveur d'antan


aux sentiments
ces impalpables qui font de la moindre gorge
un conduit encombré ou bien mal boutonné
aux chiens
qu'engraisse leur seule attente d'un vrai maître


aux dires du latéral

ruines pleines de conversation pour ma pauvre mémoire

toute affairée à reconstruire de la vie
avec ce qui est mort



L'heure de personne



                 

                                C'était l’heure
                        de personne
    la bise était de biais
                les ombres à godets se terraient sous les angles
              
       l' araignée ravaudai
t
                        les gouttes d’évidence par le temps  trouée

               C'était l’heure
                        de personne
        la nuit était de biais et débauchait les br
anches
                                    au cabaret des feuilles
                                                        on y penche on y penche




La victoire, un chant vide










                Je ne crois pas aux chants de triomphe
                            mais aux larmes qui suivent les chants
                    versées pour ceux que l’on a vaincu
                      que grandisse leur rage de se relever
                    vaincre à leur tour et à leur tour
                        pleurer
                Je ne crois pas aux chants de victoire
                        mais à l'épuisement de l'orgueil
                  
                La victoire
                        un chant vide
                            une hernie de la pensée
                    un lieu sans peur et sans miracle
                sans désir sans
                    désir
                     une poche immobile où chacun se resserre
                               contre ses mêmes
                quand il faudrait largir le cœur


Les marchands de fraîcheur



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    Les marchands de fraîcheur
vous ont de ces idées

Offrez-leur un chapeau pour donner un peu d’ombre

à leur stupidité

Regardez ces cuistots dans leur laboratoire

Se penchant sur l’histoire

        ils vont vous mijoter
un étrange raout…

Qui se souvient des faims qui suivirent sans goût

    le pain lancé bien haut dans le beau ciel d’Islande par le sorcier Laki ?
        Ou par le Tambora ou le Pinatubo en d’autres archipels?

Les marchands de fraîcheur se prennent pour Vulcain

            il ne leur manque qu’un
    aval des gouvernants
            pour encombrer le bleu de sulfure d'hydrogène
ils n'auront de plaisir qu'au grand désert des gênes

Un million de tonnes qu’ils disent


Répandant ses poussières autour de la planète

le geste du semeur la couvrirait de nuit
de froidure et de dettes
et peut-être de haines

Est-ce bien raisonnable de la part de Paul Crutzen

de consacrer son prix Nobel à de telles sornettes ?


Ensemencer la mer de sulfate de fer liquide

        en voilà une idée qu’elle est bonne
        pour augmenter la croissance
du plancton
                tant pis pour les dégats pas mesurés d'avance
sur les millions de bouches
    gaspiller les dernières gouttes de pétrole
    que n’a pas pompé Bush
armer une fusée
        et ouvrir sur de la terre un géant parasol

Mais où va-t-on?


Les marchands de fraîcheur

    ont une idée
            la géo-ingéniérie
ou
    comment manipuler le climat

Est-ce qu’on n’en a pas fait assez


Déjà ?