mercredi 13 mars 2013

Entre déclin et feu





J'hésite

comme l'instant

entre

l'après

l'avant.


Une
lueur presque timide
verte embellie de neige

vient labourer la pierre


J'hésite

et cela me réduit


Peut-être est-ce cela vieillir

que de ne plus oser l'inquiétude ou la force

se laisser enfermer

entre déclin

et feu

Instants fanés



Ciel blanc comme un os


Aurais-je
    ouvrant les volets
                    fâné l’aurore
ses bruits tièdes encore
abricot des promesses ?


Cest taches sur le tablier






Ces taches sur le tablier
me sont tendrement douloureuses
et jepudiquementcaresse leur souci dans la toile posé        auréoles de rouille et d’avrilla graisse en lune pleine
épave jaune et grise
Ces taches sur le sablier    géographie emplie de doutedans la forêt les feuilles ont froissé les grands arbreset l'ombre tatonnant a dénoncé ma fuitemais je sais désormais l'autre lumièredu vite   il n'y a que silence où résonnait ta voix
Ces taches sur le tablier     une sorte de monstre une odeur métalliquece geste là ne m’appartenait pas je dorsregard tendu comme une crampe     sur dix traînées de hâte aux ongles étrangers
            Ces taches sur le tablier me sont tendrement douloureusespersillade rougie que le temps brunira     ton cri en éventailton regard libéré assis dans la poubelle    l’air froid qui se recourbe pour ne pas voir çaauréoles de toi et d’avril
    l’agresse en pleine lune
épave morte et grise




Escapade


Hommage à Gaston Bachelard et ses rêveries ( éveillées) de l'Eau, de l'Espace, de la Terre, de l'Air


Où est passée la douce lumière du soir
        qui creusait sous les mots
                un grand berceau sans tache ?

Où se cache le crû
        des matins de venin?
Ce qui dessine en silence
    l’infinie différence
entre
les bords tranchants du rêve
et
la lente rhapsodie du songe ?



Vendages tardives



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Nous rentrions. Tu dormais.


Le froid pesait sur la route.
Je sentais son talon enfonçant à la nuit
les coteaux, les fossés, les villages.

Oublier.
Le temps de l’écartèlement.
La faute originelle.
La brûlure innombrable du non-dit.
Cette journée étroite
où l’espoir même ne savait plus respirer


Laisser courir les mots

entre chiens et loups


L'ubac dans notre dos

Soudain l’épaule de ton sommeil
m’ouvrit un rideau d’arbres
un grain
au fond du ciel
un grain joyeux grain de soleil
il m'a laissée le vendanger
avant de s'effacer

TzimTzum


La Vie


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Encre claire





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Depuis deux ans et quelques
comme une continuité à ce bord de maison
qui cherche en cette saison
la pourpre et l'or du chêne d'Amérique

- les couleurs au bord de s'éteindre
mais le blanc de l'Alysse est pure merveille de miel-


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Depuis deux ans déjà
je trace le long du talus derrière la maison un sentier à mains nues

vers un bois qui est mien et se voudrait forêt
chaque jour gagne quelques centimètres à cet espace en friches
chaque jour je me dis " Ici sera la fin "
et chaque jour qui vient me voit persévérer à défricher plus loin.



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Parfois le soleil brûlant
plus rarement la pluie
m'accroupissent dans la vanité apparente de ce labeur.

Quoi!

Tailler du bout des doigts un chemin dans le sable des Landes
arracher les rampants, écraser les racines... Pour quoi?
Un jour ne serai plus
et les histoires de loups seront contées par d'autres

Pourtant la geste m'est urgence en sa douceur.
Je regarde avec contentement noircir doucement les feuilles
la terre a du métier pour rendre chaque saison à l'heure


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Nous avons fait un escalier
un écho vers le haut à ces sentes qui fuient
et dont je suis avec ravissement les courbes infléchies
dans la blondeur des feuilles
so


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Comme ces êtres que je pourchasse
je ne suis que péripétie
le temps  boira comme un buvard
mon encre déjà bien claire
à





Des ronds de rien








Il faudra donc marcher ce chemin qui jamais ne pause

jusqu'à son propre étouffement

       Est-il un lieu
même lointain

        qui me rêve eau joyeuse et me lance une pierre?
       Être l'eau sans pensées
                  qui fait des ronds de rien
                         puis s'endort et s'apaise







Si j'étais un nuage




Si j’étais un nuage je serais transparence
au-dessus d’un désert
et ma non-existence
serait humble prière
aux dunes qui avancent
en quête de la mer.

Si j’étais une fleur, je serais en futur

dans un jardin de pierres
tout au milieu d’un temple. Autour de moi les murs
ne connaîtraient l’hier
ni l’aujourd’hui amer
et guirlandes blessures.

Si j’étais animal, je serais une offrande

à la bouche affamée de ceux qui ont des dents
et je me nicherais où les chasseurs attendent
avec en bandoulière hypocrisie qui pend

Si j’étais un poète?

Je ne serais plus rien,
rien qui vaille la peine de faire ce chemin
chaque mot déposé et ma valise prête
à être abandonnée, j’irais vers le matin
le tout dernier matin où le rêve s’arrête.