jeudi 14 mars 2013

Toute idée qui se lève





Les temps ne sont pas encore aux paysages qui coulent de source

et la simplicité peine à venir au monde


Des cigales nous demandent d'être encore plus fourmis
elles s'y prennent mal
ou manquent de vocabulaire
la pauvreté ne peut être que volontaire et conviviale
dans le cas contraire elle se nomme esclavage

Ces lois qui accordent davantage de place aux taux de l'argent
et reserrent leur étau sur les gens
comment s'en défaire une bonne fois?

Il suffirait de renverser les images
nous faire miroiter un monde où le froid serait chaud
l'ascèse une richesse
et le partage un gain
il suffirait de nous dire que nous appauvrissant nous nous élargirions

En attendant
l
a pensée se tasse
elle espère un geste secourable

un manteau de lumière venu d'autres regards


Toute idée qui se lève aura faim aujourd'hui

Aiguiade




azalées dogwoods



Au milieu du chaos des voix
dont seules quelques unes me semblaient désormais sûres
authentiques ou belles
la sienne se faisait entendre
verte encore et ténue
au point de me faire oublier le froid
les bruits de peine gueuse en moi

Etonnant comme il suffit de peu de choses
pour que le corps s'amenuise
le mien se concentrait en strattes chagrines
autour d'un accident sans morts ni incendies.

C'était comme ces chants d'oiseaux
qui vous suspendent à leur gorge
au moment où les pas s'aveuglent vers l'abîme

Je ne serais son terreau sa bruyère sa lande
je ne serais son eau dans les pinèdes noires
je ne serais la glaise où planter son épine
et pourtant le contact
entre épaule et tissu
de l'aiguille tombée
quand j'émiettais mon temps sur la terre gelée

me donnait
à nouveau
goût de vivre





azalées dogwoods





La joie cela s'apprend?




Garder à l'esprit toujours cette belle phrase de
Goliarda Sapienza
qui consacra sa vie à ... la Vie, la liberté, la jouissance. Phrase qui me réconforte.

" I
l y a une limite précise dans l'aide apportée aux autres. Au-delà de cette limite,
invisible à beaucoup, il n'y a que volonté d'imposer sa propre façon d'être... "


L'ART DE LA JOIE

«  La joie, cela s’apprend »

Comme elle claque de mépris à travers chaque signe
cette sentence

«  La joie, cela s’apprend »
parole toute-puissante parole sans appel
parole qui sait et veut le faire savoir

Non.


La joie Est quand elle veut
et jamais sur commande
surtout pas sur commande

Quand elle se manifeste
bien malin qui pourrait définir les mécanismes de son apparition
ce qui en nous résonne et voudrait se répandre
depuis l’ombre à nos pieds jusqu’aux plus vieux courages
bien malin qui saurait disséquer
l’indicible
en faire une grammaire
reproduire cet état ad libitum

Tout juste pouvons-nous être disponibles
nous évertuer à rester ouverts de tout notre être
à cette énigme
fervents à ce qui dans les jours qui passent
fait un peu contrepoids au gris
à l'événement minuscule et pourtant lumineux dont nous ne saisirons
après
qu'une infime dimension de la genèse

Faut-il être joyeux par métier
forçage et gymnastique
diplôme de bonne conduite et bonne respiration
joyeux parce que je le veux
joyeux comme on se croit plus mince avec un corset
joyeux à répétition jusqu’à ne plus connaître que cette nuance lisse ?


Ou sincère jusque dans ses écarts et ses erreurs fertiles?
Respectueux de ses propres peines afin de mieux les guérir?
Accueillant aux douleurs de croissance
apprenant sans cesse à positiver mais sans renier la chute?

La joie

pour moi très humblement
car  l'idée comme toujours est exilée du mot qui l'enferme
car on ne peut cerner tout ce qui a constitué la joie en un moment donné
car ce mot Joie si beau si âpre et parfois si proche du détachement
pour moi très humblement mais aussi très intensément

La joie
c’est le temps que l’on ne compte pas à regarder des fleurs
mais au moment où je le vis je ne le sais pas

c’est après que je m’en aperçois. Que c'était une joie.
Sur le moment c'était trop fort pour que je puisse oser nommer cela
joie

C’est le plaisir de mes proches devant mes petits plats
qui fait battre mon coeur de maman et d'épouse ou d'amie
de joie

C’est le sourire de Maxime sur sa dernière photo
les cris de mes corneilles accueillant leur pitance
les petites lampes vert pomme des branches du sapin derrière la fenêtre


C'est le regard apaisé d'un malade qui va mourir
mais que ma présence a un peu éloigné de son angoisse
c'est le rire tonitruant de A... quelques heures avant sa mort
quand nous fêtions ensemble cela au champagne
à sa demande
avec toute l'équipe hospitalière qui la suivait depuis six mois

La joie
mais ce n'est que ma vision des choses et certainement pas une leçon à prendre
car toute assurance m'est désormais détestable
ma joie misérable et rien qu'humaine
relie sans que rien n'ait pu l'annoncer
ce qui m'est donné du dehors et ce qui palpite en moi
elle est pure alchimie hors recette hors système
C'est elle qui défait mes morts encore debouts

C'est elle qui

parce que je connais trop bien de l'intérieur cette envie de donner leçon
de faire de l'autre un identique à soi
et ne me le cache pas
c'est elle qui me fait te dire
je t'aime

Et puis même

parce qu'il convient de rester humble
supposons que la joie s'apprenne
...
ça ne se dit pas comme ça







Les hier bleus de l'ombre



Il n’y eut qu’une fois
étrange et belle

 Lumière de septembre
aucune déchirure n'en menaçait la brise tiède

Je me suis endormie
dans le tintement lumineux des vagues
et je fus tour à tour le bateau et l’oiseau
s’accomplissant au loin dans leurs ailes mêlées

Comment poursuivre un rêve dans ce bercement des eaux
qui le distrait de ses images ?

Comment faire qu'il ne soit que rêve ?

Deux mots
alors que le corps s’enfonce dans le moule du sable encore humide
deux mots pour dire l'infime différence entre la sécheresse et la nuit
obsidienne et léger
deux mots
encore trop

Au soleil allongée
lenteur sur le visage
épaules reins glacés
remontaient dans ma chair des sensations aussi précises et vastes
que la douleur d’une plante en bord de mer
quand l’épine qui la tire au jour s’évase sous le pas
et lui offre la fleur des brûlis souterrains

Claire sombre à la fois
ai-je entendu de peau
qu’on ne peut couronner un seul versant des choses ?

Claire sombre dissoute
ai-je entendu de peau
la voix de ce qui vient?

Des hier bleus de l’ombre
il n’y avait rien à comprendre
mais tout à éprouver
jamais je n’oublierais le
froid
contre mon dos


Claude Debussy, la Mer, 1er Mouvement


Ombre morte



Cet été j'arrachais un merle aux griffes de mes chats...





  Dans l'herbe qui se lève
la puanteur d'une ombre
            le juste ça d'une nuque brisée


Mon trait joyeux dans un été brusquement vide
            ta plume éparpillée en feuillage de sable
    ton regard dénoué de toutes ses hantises
                le col que ne caresse un frisson de hauts vents
m'accueillent en leur temps
                    qui est d'un autre feu

M'oiseau
        mon sans savoir
    mon instant déployé en d'innombrables branches
                    ma sève d'espérance
je contemple le trou de ta pauvre blessure
            sous les croix d'un soleil
                    aussi désert que froid




dewplayer:http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/JCRocheMerlenoir.mp3&

Le chant du merle noir enregistré par J.C.Roché