samedi 16 mars 2013

Viendra l'heure des oiseaux



Hier les grues ont allongé au-dessus des toits
        leur tribu de cris ronds
Avaient-elles mal?

Ou la joie d'un soleil?


J'imaginais déjà les rives d'autres Nils
et les nuages creusés de tant d'érudition
j'imaginais le pied bruni
du ciel au pas des cases
les rires des enfants
jouant tout droit
tenant au creux des paumes
un peu du jour
qui tombe



Il n'y a plus de vent
ce matin
ni de soleil ni de moulins
perchés sur les labours
il n'y aura plus de chants d'oiseaux
fragiles cruautés pour le lierre mourant

prends soin
de leur absence
prends soin 


N'éteins jamais les eaux
les calmes eaux rêvant d’un oiseau qui se pose
   et tire de la boue sa faim née depuis l'aube




La fin de l'attente




La fin de l'attente est tellement sonnée

qu'elle peine à se relever!



Tout ça pour ça se dit-elle

tout ça pour ce creux qui ne fait même pas mal

pour cet oubli qui pèse moins qu'une mouche

pour le regard surpris de la couleur du monde.




On voudrait lui dire que les heures

passées à se mort-fondre en douce

auront servi à quelque chose

on voudrait l'attraper par la main

serrer contre nous cet aria familier

lui dire " Viens, on va prendre un verre

discuter en souriant de tes intensément furieusement rageusement piteusement

qui définissent encore ( pour nous ) ce qui t'habillait ( de peu) "


Mais elle ressemble tant déjà à ce qu'elle éprouve...


De ce qui fut si proche de la chair

de ce qui cinglait l'âme  il ne reste qu'une ombre

et nous nous séparons

sans victoire ni regret


Monnaie de temps





L'horloge crache au mur

sa monnaie de secondes.

Elle me sait
impuissante à calmer ce bruit sec qui essaie
de me faire tomber
comme tombe l'air pur
au soir pour effacer
les traces de nos pas nos baisers nos murmures
.

Midi peuple les rues d'absence et de silence

et la grisaille même se tient retenue

contre ce bleu des nues

dont nous n'espérons plus que l'éparse présence
.

Un train passe.
Avec lui le regret

de ces lieux qui toujours s'ignoreront de loin


Sur la table le pain

l'eau qui fraîchit le verre et l'adieu déjà prêt

alors que tu reviens...





Le vent, rien que...



Toile de Claude Cordier

Au Château de Malagar, à deux pas de chez nous, François Mauriac aimait à venir méditer dans un des angles de son jardin surplombant la vallée. Un coin venteux et rude...



les-20veilleurs-v.jpg
Le vent
    rien que le vent
        rancoeurs forcies à l’ombre des charmilles
    les grands pins noirs le vent
derrière nous, calme,
 
le temps
Dans les arbres nus
qui aiguisera les chants ?
l'automne est si grave.


Du vieux banc de chêne au bord de la colline
nous regardions couler l'usure d'un chemin

        voix jetées contre sol
    vers une mince brêche. Nous étions gais de peu
l'arôme encore vivant des pommes en cidre d'herbe
    la lampe de vin d'or, carré, puisant aux murs
l'impassible lenteur
        que la cour opposait aux nuages


Il faisait froid
le vent
            a   séparé
quelque chose de nous
en nous peut-être?

Nos yeux enfuis

    déjà
        tâchés du flanc des bêtes aux foulées d’armoises
  que rattrapait la soif des pièges dépliés
 
Nos ombres affaiblies

enchâssés dans le gris
           en étions-nous la pierre encore pleine?


Et s'il était ailleurs un autre hiver
un feu de mille feuilles orphelin de nos coeurs
un bateau s'en allant chargé de mille ports?



Verdi Dies Irae

Les mains de ceux qui espèrent




Durer-mains-en-priere.jpg



L
es mains de ceux qui espèrent
...
Rien de plus que cette espérance.

Certains livres racontent " La main que tu ne peux trancher, baise-la "
je ne crois que cela puisse être longtemps accepté.

Je ne crois qu'en la musique des sources
quand l'eau recherche l'eau
et puis une autre encore
jusqu'à éteindre le feu des soifs.



          

Au passage le temps





Au passage le temps

    goutte à goutte sans escale sans bruit
        me caresse la joue les soirs d’incubaison
    au passage le temps
        ses mots en éventail sur le pourtour des yeux
la peau qui transparence à débusquer le je
      

Etre un grand arbre blanc
        sur la route immobile épluchée par le vent
    attendre jusqu’à mille

Au passage le temps
    de plus en plus souvent un poids neuf inconnu
énigme tous mes gestes


    Entre deux huis
furtives
        les choses d'autrefois
       il reste quelques taches
l’imprononcé de l’être

Elle rêve un chemin qui s’ouvrirait tout seul
        une improvisation taillée crue dans le vert
  ou se perdre à plaisir
        des portes tout du long
trois dièzes à la clef pour s'envoler au vent
 

Sur le visage nu
emportées par la brise
des voix lui parlent sans urgence
au lointain
le jour
puis


Toulenne, 11 avril 2005


Attente



Je t'attends

le ciel est clair comme une chose sans importance

quelques fleurs sont écloses

dans mon dos la journée étire son feu noir


J'ai travaillé notre terre

le moindre bruit venant

était annonce déplaçant les montagnes


Je t'attends

Dans le four un clafoutis chantonne

et ses parfums se mêlent à des mottes d'odeurs


Quelqu'un des miens s'en va au Kosovo

la crainte de celle qui reste fait un bruit sourd


Je t'attends

et mon attente est si douce

qu'elle me fait presque honte.