vendredi 22 novembre 2013

Tarifa






Tarifa.

Ses plages interminables face à l'océan, son Ile fortifiée, la vague assez haute et enveloppante pour attirer les surfers de toute l'Europe.
Un vent élastique dont la mauvaise humeur s'engouffrait dans les moindres ruelles, déployait ses nacres depuis le dos des dunes et nous tombait dessus  nous empêchant de nous approcher du bord de mer

Il faut imaginer le caractère irréel de cette voix-là
modulation intenable grave et aigüe à la fois
la douleur de ce cri qui cajole l'ourlet des oreilles avant de planter ses aiguilles au fond du crâne

Nous avions l'impression d'emprunter une échelle impraticable qui ne nous offrirait aucune issue vers le haut
mais surtout
la ponctuation incessante du sable sur la peau
piqûres du sable qui sait les piqûres du sable
comme dans le désert ?

Nous entrions dans chaque seconde qui suivait poussés par quelque chose qui nous faisait mal partout.

Les terrasses étaient vides
Le monde entier se résumait au vent.
La voix.

Par endroits un banc carrelé d'azulejos blancs et bleus nous offrait son abri sous les arbres mais cette intimité était tellement inquiète que la jouissance en était pour ainsi dire absente.
Comme elle nous semblait lointaine cette mer dont nous avions rêvé les parfums de métal et d'iode mêlés.

C'est alors qu'au hasard de nos déambulations nous l'avons trouvé
Un grand escalier l'entamait
Un de ces escaliers que l'on imagine plus volontiers au coeur d'un opéra qu'en bordure de la mer
des fleurs aux noms oubliés
leurs parfums encore vifs dans la mémoire
s'enroulaient tout autour de la rampe

D'ocre rose et de blanc
montant vers de hauts murs
pas un bruit pas un chat même le vent s'était enfui de ce lieu là
nous avons fait le tour de ce qui s'est révélé être une énorme demeure carrée
faisant face à la plage
posée en équilibre au-dessus des vagues
comme une pierre
sanguine en contrepoint de la chaux et du bleu des vieux azulejos
les toits recouverts de tuiles de céramique verte
le pourtour des terrasses rehaussé de tuiles cassées en deux

Pas un bruit de rares fenêtres
un patio
fermé par une lourde porte de fer ouvragé
une fontaine tarie des arbres désséchés
mais surtout
le silence
qui nous aspirait
aventure tout aussi douloureuse
et
qui faisait de nous de parfaits inconnus.


Feuiles racornies



Feuilles racornies
le froid nous parle à sa façon
une invitation rousse
Rentrer au chaud
craquer un feu
regarder fondre la bûche douce dans l’âtre.

Depuis combien d'années n'entendons nous plus le chant

bref et mélancolique du bouvreuil pivoine
dont la gorge enflammée écartait les épines
du genévrier au bas de la maison?

Son cri naissait nos gestes de printemps



Feuilles racornies

ou sages escargots aux pieds tout rabougris
dont l’unique coquille bordée d’océans
va de leur pas scient ?
                L' hiver sera lent