vendredi 24 octobre 2014

Joie brûlée





Je savais mieux alors m'abandonner à l'odeur animale des pierres

leurs effluves de mare
de forêt
de cavale tumultueuse
m'ouvraient tout doucement un chemin dilaté vers d'étranges voyages 
et si quelqu'un lançait ces blancs brasiers tout empêtrés de glaise
leur choc éblouissant m'était comme une horreur.

Dans ces êtres coagulés
palpitait la vie surgie de la vase
une âme à la puissance de fleuve
rétive à la saisie
généreuse et discrète
elle n'était pas le simple vestige de bêtes
ayant touché la pierre de leur sabot ou leur haleine

L'odeur était sincère
jusque dans ses clameurs minuscules
ses ventres chaud et lents
ses caresses sans plis et ses effrois traînant

Je devinais leurs coeurs battant
avec de longues haltes
qui attendaient mon coeur

Guidée par le fumet de la pierre ours polaire
le beau bouquet charnu des pierres chrysanthème
la fragrance farouche de la biche et du cerf sur un palet de daim 
j'espérais la rencontre
et quand elle avait lieu
ma joie en sortait brûlée

Trouverais-je jamais
le nom de ces étranges bêtes
un beau nom qui m'accueille
au creux de ses mains?

dimanche 5 octobre 2014

Asservissement ou?


Tout avait commencé avec Babel

si affamée de toucher le ciel

On sait ce qu'il advint.
Bientôt la Terre et l'eau
bêtes crispées

sous les assauts
de bois de fer

bientôt de prodigieux espaces arbres et nids chasséstant d'autruis enfermés
respirations

amours
idées


Il fallait maîtriser
asservir asservir asservir
emprisonner l' esprit, la pensée, même l' âme.

Légende noire à la vitalité de flamme !


Ou légende dorée ?

Tous ces objets qui libèrent des contraintes d'autrefois
semer, chasser, avoir froid, rester toute une vie durant au village
chacun était bien plus heureux lorsqu'il les possédait.
Laisser le labeur aux machines
oublier les joies fugitives et puissantes
que donnait la réalisation d'un vêtement ou d'un meuble
se plaindre un peu le soir de la  déshumanisation qu'induit le machinisme
puis se consacrer à s'asservir ... à l'objet!

Quelle victoire!

Alors?
Légende dorée? légende noire?
Je ne sais.
 
Ce monde voudrait marcher sans nuance.


Entre le noir et l'or
il y a tant et tant de couleurs... Et je ne sais trancher.



jeudi 14 août 2014

La vie le temps qui vont



Il y a bien sûr le souffle des mots

ces formes nées de nulle part
sans rapport apparent aux mouvements
eux-mêmes insolites
de la vie et du temps qui vont


Il y a bien sûr
dans le noir de l'enfance
des fantômes bruissants de belles transparences
images printanières aux lames affûtées
petits soupirs légers qui maintiennent debout
tous les effondrements



Mais tu es ici.

Où le vent souffle avec force
sur les silhouettes cachées au contre jour
tu viens de dessiner tes massifs de printemps
sortir de terre entrer en terre
ta vie ta mort
à l'image des fleurs

Et tu ne pleures plus à force de regarder.

samedi 2 août 2014

Une rencontre





Une rencontre

   est toujours un mystère un lieu goûté sans preuves
     l'offrande d'un exil


Et figer de douceur
 l'abîme d'un visage faiblissant le nôtre

Quelques mots assourdis que reprennent les pierres
la cendre d'un sourire étrange et magnifique
        
à tomber
ou


                           gravir…




                   Clair de Lune de Gabriel Fauré par Claudio Colombo

samedi 28 juin 2014

Je voudrais voir au ralenti




Je voudrais
voir au ralenti  l’objet perdu par d’autres yeux
sa lutte contre la conviction hâtive
qui ne lève jamais totalement le doute:

Est-il chaise ou fusain ? Qui en est sûr vraiment ?
Et l’instant - quelqu'un l'a peut-être déjà repéré -où il s’abandonne à la plus combative pupille.
Je voudrais voir au ralenti un son paisible - il fait Zéro sur l'échelle de Beaufort -
enfler à l'infini
puis sa douleur épanouie
pointée vers mon oreille

sous la rage bien perpendiculaire du vent

Je voudrais voir au ralenti le goût d’un fruit et son parfum.
Les molécules avalées m'ont mille fois donné preuve de leur curiosité
pour les
papilles de mes pensées - on pense aussi avec la langue
enfin c'est ce que j'ai retenu de Hegel -
Par quel miracle n'ai-je jamais besoin de tailler le verger qui pousse
dans mon crâne et que ce morceau de pomme a fait frissonner ?


Je voudrais voir au ralenti

la caresse que rien ne fige
le geste si puissant qu'il en devient léger

Mais tout ça, je voudrais le voir au ralenti
fluide comme un jaillissement


vendredi 23 mai 2014

Musique, Peinture, Poésie, Penser... *67* Padre Antonio Soler

Soler.jpg
Cinquante et quatre années entièrement dédiées à la musique.
Antonio Soler, Padre Antonio Soler est catalan, né le 3 décembre 1729, mort le 20 décembre 1783, quelques années tout juste avant la Révolution Française.
De sa plus tendre enfance passée au monastère de Montserrat en Catalogne où il entre à l'âge de six ans comme enfant de choeur, jusque sa mort au monastère de l'Escurial auquel il dédiera le reste de sa vie aussi bien comme organiste, claveciniste, maître de chapelle et théoricien de la musique, Padre Antonio Soler inscrivit son art comme son existence sous le signe de la ferveur. Musicale et religieuse.

C'est son père qui le fit entrer à Montserrat, conscient qu'il était des talents précoces de son fils. Antonio y cultive de prime abord le sens de la voix et de la polyphonie puis l'art du clavier. On ne redécouvre que depuis peu l'oeuvre vocale du moine claveciniste tant son oeuvre pour clavier profane ou religieux a éclipsé le reste de son abondante production.
Soler disposait en effet à l'Escorial d'un important effectif de chanteurs et musiciens, dont cinq chorales d'enfants. Il composa pour eux entre autres oeuvres
132 Villancicos ou chants de Noël dont une grande partie fut détruite par les troupes napoléoniennes en 1808. Seuls 14 d'entre les villancicos  ont été publiés récemment. Ces petites cantates racontent un épisode de la Nativité et étaient destinées à être mises en scène pour Noël. Avant de continuer à dérouler le fil de cette existence somme toute très sage, un petit aperçu sonore d'une des rares partitions vocales qui nous soit parvenue intacte, le Laudate pueri Dominum pour choeur d'hommes et de garçons.
Eloge de la spiriotualité, de la simplicité, de la couleur aussi!





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                                                          Toile de Juan Sanchez Cotan

Sortant du monastère de Montserrat, Antonio Soler est à l'âge de 21 ans nommé maître de chapelle à Lerida, puis sous diacre à l'âge de 23 ans, et enfin maître de chapelle et organiste titulaire au monastère royal de l'Escurial non loin de Madrid à l'âge de 27 ans.

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Fulgurante ascension que celle de ce jeune homme doué qui, tout en appartenant à l'ordre de Saint Jérôme, fréquente la cour royale toute proche du couvent.
C'est que la règle de Saint Augustin qui prévaut dans ce grand ensemble de l'Escurial tout à la fois monastère, école, palais royal et dont la grisaille foncée contemporainei ne donne que faible idée de sa brillance d'alors,  cette règle augustinienne donc si elle prônait le jeûne, l'ascèse, la chasteté, le sens de l'hospitalité et de la mesure, le respect du pauvre par le riche et de sa pauvreté par le pauvre n'empêchait nullement la vie mondaine.

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Antonio sera très apprécié toute son existence par les monarques espagnols pour sa gentillesse, son dévouement infatigable à la cause musicale, sa vaste culture livresque. Il va rencontrer à la cour de Ferdinand VI puis de son successeur Charles III ( toile ci-dessus ) un certain... Domenico Scarlatti. Les deux hommes se lieront d'amitié et sans nul doute le jeune Antonio bénéficiera-t-il des leçons de son illustre pair.


L'Espagne d'alors reste un grand empire colonial, mais a été contrainte par le traîté dUtrecht de céder ses possessions européennes:

Les Pays-Bas du Sud, le Royaume de Naples, le Royaume de Sardaigne, le duché de Milan et l'État des Présides reviennent à l'Autriche. Le Royaume de Sicile est attribué à la Savoie, tandis que l'île de Minorque et la forteresse de Gibraltar sont données à la Grande-Bretagne.



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                               Gibraltar, Toile de Sir Thomas Withcombe

Entre mariages arrangés et conquêtes territoriales déjouées, l'Espagne essaie de recouvrer son poids politique passé. Mais Antonio n'a cure de ces péripéties, il a accepté la charge de précepteur de l'éducation générale et musicale de l'infant Gabriel et compose à son intention des dizaines de sonates profanes pour clavecin qui sont autant de merveilleuses études fort techniques et belles.

L'homme est passionné d'écriture musicale, il naîtra d'ailleurs de cette passion un bel ouvrage d'harmonisation. Il ne cesse d'explorer les champs aussi divers que ceux de la musique religieuse, profane, vocale, instrumentale, orchestrale. Un catalogue impressionnant de neuf messes, cinq Requiem, cinq motets, vingt-huit Lamentations, vingt cinq hymnes, soixante psaumes, treize Magnificat, douze Benedicamus, cent-trente deux Villancicos, cent-vingt sonates pour clavier, six quintettes pour deux violons, alto, violoncelle et orgue, plusieurs oeuvres de musique de chambre et son célèbre Fandango.



Fandango-chasselat.jpg

Contrairement à Scarlatti - qui fut bien plus prolixe en matière de sonates pour clavier - et quoique s'inscrivant comme lui dans un style " italien en Espagne ", Soler compose des oeuvres très novatrices sur le plan de la forme. Ses sonates sont larges, denses, construites en trois ou quatre mouvements et non en un seul avec reprise comme Scarlatti. Surtout, il y introduit des éléments expressifs, mélodiques, rythmiques typiquement ibériques, en imitation des techniques des danseurs andalous, aragonnais, catalans etc, en s'apropriant les effets sonores d' instruments tels que la guitare ou les castagnettes, le travail rythmique des talons, les mélodies populaires surtout qui ont bercé son enfance.

Ecoutons cette Espagne qui imprègne note après note le quatrième mouvement de la sonate en si bémol majeur R 62 dans l'interprétation de David Schrader.
Deux danseurs sont ici face à face qui se regardent, se cherchent se répondent. Et virevoltent bien avant la première minute tandis que le compositeur improvise brillamment en trilles, ornements divers, roulades et autres notes répétées à la manière d'une guitare. Gamme choisie, tempi, tournures ici sont typiques et toujours en évoquant comme en filigrane la ritournelle de départ le clavecin nous emmène dans mille chemins pleins de surprenantes découvertes.

L'esprit de cette sonate est tout proche du Fandango que nous écouterons à la fin de cette page, à tout seigneur tout honneur!





La très célèbre sonate en Ré majeur R 84 que je vous propose d'écouter ensuite est lancée par un joli ornement autour d'un intervalle de septième entre le Mi à la main gauche et le ré supérieur à la main droite. La mélodie nait de l'entrelacement subtil entre intervalles brisés à la main droite s'appuyant sur trois notes identiques répétées par mesure et une basse obligée à main gauche:

198.jpgOn retrouve là le style italien de Scarlatti avec un accompagnement à la main gauche préfigurant un Cimarosa, mais avec des techniques proprement ibériques de notes répétées évoquant les claquement de mains ou de talons dans la danse populaire et traditionnelle.

Mais l'oeuvre de Soler ne se limite pas au clavier. Ses quintettes sont fort intéressants et je vous propose un extrait dans une version qui associe quatuor à cordes et orgue ancien, témoignage tout à fait vraisemblant de la manière dont devaient être interprétées ces oeuvres, celle du quintette Corse Quinta d'Isula accompagné ici par l'orgue de Cervione.

Et pour finir revenons à son oeuvre majeure, le Fandango tout empli du soleil de l'Espagne, ici dans deux sublimes versions. Celle de Scott Ross  pour commencer enregistrée  sur un clavecin français  du XVIII ème siècle. Interprétation élégantissime, virevoltzante et légère, mais je n'y retrouve pas la partition originelle dans laquelle étaient indiqués des passages à ornements libres, quasi comme une improvisation,  qui font tout le sel merveilleux de la version qui termine cette page, , bien antérieure dans le temps par ailleurs, puisque datant de 1967,  avec Puyana.

http://www.dailymotion.com/video/x2xubx_fandango-antonio-soler-scott-ross_music

Puis celle de Rafael Puyana qui a ma préférence sur un clavecin contemporain construit par la maison PLeyel expressément pour lui, puissant et virevoltant de nuances à la fois. Les ornements y sont tous d'emblée, le travail sur les différents registres, les ralentis qui suivent le déroulement de la phrase dansée, les accélérations logiques dans la chorégraphie, on entend les coups de talons des danseurs, on voit leurs reins cambrés, chaque partie est annoncée dans sa seule attaque qui marque césure avec la partie précédente après un silence d'articulation subtil... J'adore!!!






mercredi 16 avril 2014

Calme épaisseur du moindre




Derrière les portes closes
    que le vent du soir caresse de phrases courtes
  s'éparpille la vieillesse des roses


Tenir serrée  ma peur pour qu’enfin elle se taise
        regarde elle est déjà toute barbouillée de nuit

Calmes les ombres moissonnées

        calme épaisseur du moindre

Lentement
dans les replis du bois
la flamme cherche
 une forme parfaite
 
l'hiver du feu se fait plus clair
       et moins sombre l'hier.




Merci à Jean-Pierre de la lecture musicale et avisée

lundi 7 avril 2014

Danse prostrée

 


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                                    Quand donc se tairait la couleur

                  brûlée de l'herbe et le vent
                            crispé sur l'eau qu'il retenait ?

                            Je n'avais plus la force
                                       de traverser mon front
                                              pour guetter un orage


                                                 Tant d'aubes et de peines

                        à l'ombre des saisons passées
                                 tant de voeux dans les mains
                    et ce vert qui manquaient

                                       Il me tarde l'automne
                         éclatant sous les chênes
                            le talent bleu dansant des asters sous les pommes

                                       Il me tarde une lueur
                       d'eau noire sous les lamiers

                       Leur blancheur est en cage et leur valse prostrée




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dimanche 6 avril 2014

tremblant au bord des chiens









Etions-nous différents?

Nous n'invitions jamais la puissance des choses
et l'essor des objets ne nous atteignait pas
 
Pourtant le temps passait avec ses nuages lourds

    ses vents de frais soleil qui germent les labours
         ses peurs tremblant au bord des chiens

            La mort ne l'était pas dans notre ciel sans dieux


Parce que tout était simple

                  tout était mystérieux

vendredi 4 avril 2014

La douceur infinie de l'absence divine





Chaque soir
nous remisons notre visage

chaque matin notre miroir
nous offre une nouvelle image

Les changements sont aussi infimes
que la perte d'un bouton sur un manteau vieilli
le teint est assez pâle et le regard bouilli
la nuit aura laissé des traces de ses crimes

On s'habitue ainsi
à ne se voir vieillir
si ce n'est dans les gestes un peu moins précis
une gêne amicale  un mot qui fait souffrir

Tiens! aujourd'hui les choses ne commencent pas à l'heure habituelle!

Accusant le hasard

de cette donne nouvelle
dont la carte maîtresse se nomme retard
nous effaçons d'avance le matin
où nous entrerons en matière
sauvés enfin d'aujourd'hui et d'hier
nous regardant de dos dans un miroir sans tain.

Nous marcherons alors un monde sans racines
quelques intonations écrites à l'envers
la douceur infinie de l'absence divine
le vrai reproche bleu de notre ancienne terre.

          Il ne me tarde pas cette heure où l'on suspend
   dans le dernier placard la dernière chemise
             il ne me tarde pas d'ouvrir un compte-temps
     à la banque éternelle qui ignore les crises

           Et s'il m'aide souvent de me savoir vivante
   jusque dans les accrocs du corps et des pensées
                le vieillir ne m'est pas une fin qui contente.


       Je veux encore en mon jardin passer.

jeudi 3 avril 2014

Dame blanche






Elle me tournait le dos
cela me ferait froid de ne jamais savoir
la blancheur de son ventre
ses yeux au coeur du coeur
la nuit qu'elle étirait
l'immense nuit
son ombre
au plumage nouée grande voile où le sombre
éblouissant
naîtrait

Elle marchait souvent au-dessus de ma tête
d'un pas simple glissant sur le bois des greniers
avant l'envol muet dans les grands ifs bleutés qui ceinturaient le parc

Et je rêvais alors que nos rêves étaient comme des dames blanches
attendant que le soir dans une pièce enclose
leur ouvre les croix et
les emporte creusant des vents jamais osés

J'aimais ses
battements
sans bruit d'elle mais lourds
sans regret des regards trop brillants dans la chambre
sans espoir de butin plus grand que cet instant


La suivre enfin
pour que mon coeur cogne plus fort dans mes poignets

Mais il y avait des murs
partout des murs
et partout des fenêtres
et partout des oiseaux à leurs proies embrassés
et des cadrans partout qui réclamaient leur dû
et là
sous mes cheveux
une issue refermée par les serres du jour



Un site sur les chouettes

Les cris des rapaces nocturnes

samedi 29 mars 2014

La Medina de Fez




fez-maroc-.jpg
Le soleil baille encore
la Medina étire ses rues fraiches écloses
dont le courant pressé
charrie sans une pause
les jambes et les voix
des marchands de tapis et de cuivres madrés.

En grappes faseyant les navettes de soie
chantent contre les murs leurs camaïeux subtils.
La ville est un grand fil
d’Ariane cherchant chas.

Entre les bigarrures des tissus d’Orient
se glissent les parfums de cumin, de gingembre
de canelle dorée et de ce beau piment
qui brûle autant les yeux que les grands colliers d’ambre
dont se parent les femmes aux cils cernés de khol.

Au coin d’une ruelle des enfants, les pieds nus
sortent de leur école
et comme des moineaux qui regagnent les nues
s’éparpillent joyeux en dérobant des fruits
qu’ils dégustent moqueurs, échappant aux lazzis
d’un maraicher bougon.
Medina en fusion.

Soudain des vapeurs
affolantes
suintent
du coeur
de la ville affairée.
Le quartier des tanneurs
a ouvert ses godets
de cobalt et de pourpre, de jade et d’amarante.

On ne peut approcher
que les yeux étonnés de comprendre comment
se fabrique le monde.
Un parfum se répand
qui marie durement le sublime et l’immonde
un vestige de joie aux couleurs de la vie
se perdant dans les peurs des peaux déja mûries...



mercredi 12 mars 2014

Non ode à l'exemplarité


Exemple.

Je le déteste !

Le piétinement constant de la vie aggrave mon sentiment
et je n'ai pas le mode d'emploi de celle que je deviens
alors.

Aurais-je dû plaindre cet endroit tout constellé d'aiguilles
adresser des prières à quelque dieu obscur
me réfugier dans la nuance de vieux livres
faire mes gammes dans des godets
de tourbe?

Exemple.
Son silence d'icône ne respire plus
la moindre touffe de ses fleurs s'abandonne
distraite
sur le sable
elle attend qu'on la cueille en flagrant délit de modestie

Le miracle ne viendra pas
ou plutôt
du désert que mes mains sèmeront dans l'ombre d'un doute
naîtra l'enfance attachée au ciel
de quelques fleurs dressées
qui ne se savent pas

jeudi 6 mars 2014

Les géranium de mon jardin


Il y a quelques jours, profitant d'une des rares éclaircies sur notre région Aquitaine,
j'ai planté des géraniums variegata de chez Briant.

Geranium variegata




Ils rejoignent dans mes plates-bandes de soleil ou mi-ombre des cousins de la même espèce qui depuis des années prospèrent sans beaucoup d'eau ni de nourriture dans ma terre pauvre et sèche.
Le meilleur d'entre eux pour illuminer l'ombre est le Geranium macrorhyzum rose






Mais on trouvera aussi le merveilleux géranium à fleurs doubles
Geranium summer skies





Le prolifique Geranium Rozanne



Le pimpant Geranium Patricia qui ourle de ses stolons fleuris le pied des rhododendrons







Et enfin le Geranium magnificum qui repart de plus belle à l'ombre des digitales et anémones du Japon




Vous avez dit Géranium? En voici de belles images...





                                                         

samedi 8 février 2014

Lame obscure










Petites fourmis de feu glacé

quelques flocons ont mordu mon visage
avant de se poser sur les lueurs de causses
dont se revêtent les courbes du jardin

L'herbe est en éventail écrasée par gel
mais dans le bois
intense
une lumière franchit les morts
qui sait ce qu'elle mesure avant d'être tranchée
par la lame obscure des arbres





samedi 25 janvier 2014

Le jardinier







Le jardinier a perdu ses ciseaux

il est libre du coeur
de ses fleurs

Plus trop envie de badiner

dans les bruissements d'insectes
et si son allée reste
en habits d'Arlequin

fané
qu'importe?


Le jardinier
a refermé la porte


vendredi 17 janvier 2014

De pétales et de boue











                         Déjà le soir et nous rêvons encore

                                            nos deux coeurs joints

                  murmurant d'autres terres


                               Vois tu ces plates pierres?

                       De quel poids fut leur ciel

                               au-dessus des rondeurs
                      et de quel arbitraire?


                                            Non
               Ce ne serait.

                          
                                  Nous aimions trop ce qui taraude

                     la folie du hasard et des herbes mauvaises
                    les fleurs penchées pour rien dans la première averse
                           

A ce lieu

sublime et hors du temps
comme une inspiration ni vivante
ni morte
il manquait un parfum de pétales
               et de boue                             



   Jardin musée Adachi au Japon