samedi 3 janvier 2015

La statue d'eux







Tant pis pour vous! Puisque c'est ainsi, je retourne chez ma mer, vous ne me reverrez plus! leur postillonna-t-elle  avant de leur tourner le dos. En un éclair, Elle ramassa ses effets et s'en fut, loin, très loin, vers l'est où toute chose commence. Derrière elle le paysage fut secoué d'un rire énorme qui, d'un océan à l'autre courant sous les plaines et les forêts tel une houle, y dessina vallées, montagnes et failles dans ce qui était uni.

Mais elle continua sa route vers l'est où toute chose commence.
Ah! Ils avaient voulu d'abord se saisir de ses larmes et en faire des armes
de ses hardes coudre des hallebardes
puis non contents de son travail si aimable et régulier
la prier de revenir quand cela leur chantait?

Non!

Elle était libre désormais d'assister à la débâcle. Celle-ci ne tarda point.




Le temps  amer : En retard pour  mourir (

Les vieillards avaient été les premiers à s'offrir. Puis vint l'heure de hordes d'adolescents sans espérance, puis les mères dont l'enfant nouveau-né se mourrait au bout de leurs seins vides. Des tribus entières y passèrent.

Au début, elle semblait apaisée de ces offrandes. Nous la voyons de loin se lever lentement des monts calcinés où elle dort et venir jusqu'à nous. Elle nous entourait de ses bras transparents et tièdes, ses millions d'yeux couraient sur notre peau séchée et nous jouions sans peur à interrompre leur regard, écarter ses chairs.

Un jour il lui en fallut davantage. Ou peut-être l'avions-nous épuisée?


Hier l'un des nôtres a gratté du bout de l'ongle l'écorce d'une des branches les plus jeunes.
Le vert est jaune et la sève pétrifiée.
Sentis de loin ses mouvements. Non, elle n'étire pas ses muscles. Elle se prépare.
Non elle ne dormait pas.
De tous ses yeux la pluie regardait ses pieds. Au loin le soleil dessinait des petites lettres dans la mer.


De loin se lève lente
à nous
vient calcinée des monts où elle dort
mais ses millions de bras
sur notre peau roidie ses yeux que nous jouions
heureux glissant aux chairs d'invisibles prisons
mais ses millions de bras

De loin se lève lente
arrache au ciel un peu ses blasons purs et d'or
mais ses millions de bras
savent les creux séchés où l'arbre et nous terrons
heures glissant aux chairs l'indicible prison
mais ses millions de bras

De loin se lève lente
a chaque pas se serre un peu contre son corps
et ses millions de bras
à l'avance savourent les cris que tairons
heurts glissant dans la chair l'invincible poison
mais ses millions de bras

De loin se lève lente





Hier l'un des nôtres a gratté du bout de l'ongle l'écorce d'une des branches les plus jeunes.
Le vert est jaune et la sève pétrifiée.
Sentis de loin ses mouvements. Non, elle n'étire pas ses muscles. Elle se prépare.
Non elle ne dormait pas.
De tous ses yeux la pluie regardait ses pieds. Au loin le soleil dessinait des petites lettres dans la mer.




3 commentaires:

Miche a dit…

Que ces mots sont puissants !
Ils parlent à mon cœur.
Merci Viviane

Martine-Aloysia a dit…

Quelle beauté dans ce texte énigmatique et riche de sens !...
Merci Viviane de l'offrir à nouveau.

Martine a dit…

Bonjour Viviane,

Énigmatique, oui. De qui s'agit-il? Des images à foison. Quelle belle écriture poétique
merci pour ce texte que je découvre avec grand plaisir.

Mes meilleurs vœux pour 2015 chère Viviane
Amitiés
Martine