Membranes, Chutes et Autres traversées 1 et 2

Membranes, chutes et autres traversées *1*


On était bien on avait peur
        les nuits de cloisons mûres
  quand l'effroi silencieux
rampait vers ce qui manque
à débusquer
le ciel
un deux trois liberté coincés entre les dents


Dehors
le jour
ni bien ni mal


les passants que tordait
la torche sans répit de ces mains qui prétendent
et toi
écartant les lèvres d’un cercle
son puits vers l’infini
la fleur ou la fêlure
toute chose qui meurt
de n’être plus nommée
ou d’être trop cueillie



Tu ne sais plus pleurer
    ces chagrins de paille où l’enfant se berce
        étonné de ses larmes et presque joyeux
    du pauvre caillou qui a défait le cercle
        
Tu ne sais plus pleurer
        en aimant la beauté de tes gouttes
tandis que le vent couche
            sur tes joues qu’un rien tremble
    un au-delà du sel

Tu ne sais plus pleurer
tes pas ne sont plus libres
de leur pauvreté


Marcher
membrane à rompre

Parfois on croit avoir ouvert l'espace devant soi
et c'est le chemin qui vous traverse le ventre

Marcher

l'espoir planté en terre
la crainte et la confiance à l’autre une serrées


                                                            Tu t’étais mise en route              
vers le simple appareil de l’aube et de la mer
dans le miroitement un chant d'effort sans muscle
le pas d'autres déserts


Quelqu'un a pris un jour ce chemin  d'eau vivante
et les vagues charnues ont caressé ses pas
          mais marchait-il vraiment
ou n'était-il déjà
        qu'une ombre ?

Je me souviens
        une lagune
        sur mes joues l'or bruni
de pourritures éparses
    un nuage très bref
à l'entendre
la peur couvait le froid dans la dune

En allongeant mon rêve j'aurais pu toucher
l' écaille primitive
déchirer la membrane
emprunter l'infini

L'ombre et l'envers de l'ombre
le monde et son buvard

Le profond la surface
lieux épuisés

En vrai il fut trop tard



        Il y eut une autre fois
    

        Lumière de septembre
        aucune déchirure n'en menaçait la brise tiède

        le sentiment diffus qu'on ne peut couronner
        un seul versant des choses


             Comment poursuivre un rêve sans distraire ses images ?
        Glisser dans ses sursauts
        les garder indulgents?
   
        Ai-je entendu de peau
        l
'imprécise douleur
        d’une plante en bord de mer
        quand l’épine qui la tire au jour
        s’évase sous le pas

        et lui offre la fleur des brûlis souterrains

        Visage épine solaire
        reins bourdonnant du sable aux hiers bleus de l'ombre
        il n'y avait rien à comprendre         mais tout à éprouver
        jamais je n’oublierai le froid contre mon dos


Eclaircie preuve d'ombre
mais toujours ces membranes.
Le doute. Bien engagé.
Silence de lame.
Naissance à l'étouffée.


                Nul doute que
                      mon jardin peut être noir
                      d'une seule poignée de terre



Marcher
car personne ne doit infliger à la route
l’ignorance du pas qui pouvait cheminer



Ma campagne creusée d'ombres claires
        ma campagne en avant de paroles
      tes pierres croient en paix leur lente vie de pierre
             
           Ma campagne ma vraie
        entends-tu galoper
   la défriche si proche au triste cimenté
            les aubes de cordeau
      le possible muret

dont la fraicheur m'est source

 Mes doigts en aiment
la nielle

Protestation humide
serpentine ou véreuse
figure inachevée

      Ma campagne aux rudes patiences   qui poussent à l’endroit avec assez de ciel

        Du sol
        bientôt chevé
        une protestation


La pierre
pour traverser la pierre


                Muscles bandés
                    vers l'horizon
avec rien
la pierre attend une réponse

         Elle a perdu sa mort



Qu’attende la pierre, quelle attende!
il s’est passé quelque chose!

La nuit a poussé un cri
Peut - être un nœud qui s’est défait?

Pourquoi avoir dénoué la faim dans nos sommeils
d’un vent très simple
enrubanné aux arbres ?

Je crois que ce sont eux qui ont déchiré le ciel
de leurs aubiers en flammes
et nous
bouche incendiée

Demain nous mangerons une lumière neuve
sans savoir ce qui s’est vraiment passé




Qu’attende sa mort perdue la pierre !


Par le sang des saisons qui roulent sous la peau
par la douceur de l’eau plus douce que la rivière ancestrale
par les gorges venteuses et la douleur du ventre

Je  cherche
   l'oiseau du cri poussé

Mon bateau désossé mon bateau bois de danse
        combien de fois combien la pluie interrogée
ou la bête mangrove aux gueules bousculées ?

La nuit en pavillon de lisse immensité
    coulait d’un bord à l’autre
        le cœur de toute chose était là

    point puissant et massif
point d’un noir indicible prêt à prendre son envol
vers  l’une ou l’autre issue
   fracasser un espoir sur la blancheur des gouffres
ou sombrer les parois d’une gaîté sauvage

Mon bateau désossé mon bateau bois carbet
    combien de fois combien
avons-nous traversé la forêt de nos peurs
        aux arbres contractés sur les plaies jetées là ?

Enfin
    après la dernière goutte du dernier fleuve
    après le dernier grain d'ombre du tout dernier soleil
        j’ai tenu dans mes mains l’inconcevable

Etait-ce l'empreinte de la fin ou le début de la parole
je ne sais plus

Posé sur une branche il rondissait son dos
    cela faisait un bruit de feuilles crachinées
les échos s'en allaient en quête d'origine
        rubans de transparence
petit battement des tempes serrées entre mes paumes
soie des plumes tendues sur la perte à venir

Il vivait
s’est réchauffé m’a regardé
puis a ouvert ses ailes en déchirant mes muscles
et ma gorge et ma voix


la peur
devenue joie



Petit battement du temps
une mésange bleue s’est posé ce matin au bord de ma fenêtre
    restée longtemps
        longtemps
    on dirait qu’elle dort dans tous ses mouvements

Ailes froissées
le cœur si vif sous le plumage
           les yeux
étranges et importants


Mais derrière la mésange
le ciel vitre brisée
sur des soleils étranges
me tend les fruits carrés
de l’hypothénue frange


Est-ce ainsi que naissent les étoiles?
Il suffit de trancher la glace devant soi
et planter un éclat dans le coeur
pour jaillir l'impossible lumière !

Est-ce la fin d'un monde ou son commencement
ces arbres sont ils morts
est-ce le ciel qui ment?


Le seuil. La fin. Un monde ou son commencement.
Dans la rondeur d’un ventre. L’agneau. Membranes heureuses.


    Quelques villages séchant entre deux lampes
    et les étoiles vertes
    qui fleurissent en cette saison
    puis la nuit de la pleine Lande
    tellement gelée la terre en ce pays
    tellement durcie la terre sous les couloirs du vent
    que le bas côté se tasse comme un chien battu.
.

    Nous roulons loin des heures de fermeture
    greffés à notre solitude
    au bruit léger du vent glacé contre les vitres.

    Et me voici dans ma cuisine
    sous la lumière des paumes
    l’eau des moments très simples
    l’autre pan de ce soir qui presque ne bouge plus.

    Peut-être sacrilège de rassembler ce qui n'était
    que pour toucher et s’en fuir ?

  
    Etre le seuil
    la pente douce
    où le pas du temps se pose.

                                                    Affronter le vertige qui retient tout agneau
                                                    de devenir un  loup


Et même si le ciel
                       s'arrachait avec toi
Viens

   N'aie crainte de la peur qui flambe dans nos yeux
                    ni de ton coeur qui bat
                déjà
                au fond du mien

            Toi l'intrus radical
        offre-nous la blancheur de tes cheveux sans âge
            offre-nous tes révoltes
                    danseur enraciné aux limbes ton beau pied
                                un buste dénudé tétons bels et butés


            J'imagine déjà dans la liqueur bleutée qui coule de tes mains
la vie bulles serrées déshabillant sa geste
        
 Roi des voûtes des aubes
            à nos sources meurtries

            Viens déplier l'enfer


Glisser plus bas que la fin de la chute
                franchir l’écorce
 
            Emportant en mon âme
                une idée de la blancheur future
                   glisser à l’ultime fontaine
                               près des corbeaux de feu


Si dans mes paumes nues où s’accrochaient mes ailes
    pouvait pousser enfin un tas de feuilles sèches
        m’incendier sans retour la transparence épaisse
au beau regard de loupe

Si dans mes paumes nues
pouvait pousser un feu qui chasse le silence

Glisser


L’ange se sentait en terre sans manières
Il insistait souvent
Je veux savoir tes pentes
tenter la communion
comprendre ce monde auquel On nous destine
 
  Une suite de courbes
                emplies de tant d’erreurs
qu’on pourrait en faire des bouquets

Quand le soir vient mendier la lumière
            les villages renversent
un feu sous les maisons

Dans le silence sur le côté des routes
                                ne reste alors que de l'étrange à raconter

  La pente raide après un virage en angle aigu
        des vignes au-dessus desquelles vole un couple de buses
    posant au même endroit
            midi
              un carrefour en forme d'étoile très vieille
  la côte qui monte douce entre les chais
      puis la descente
    brutale

    Sur la bute
            un  fléau où je laisse toujours
        avec la pointe au ventre
                            quelques instants balancer ma voiture

    Le temps d’imaginer que je vais tomber droit
       et déchirer le vent qui souffle là         
        mais ce soir
    un chevreuil.

    Il allait lentement
    traversant la chaussée comme un roi qui ne craint ni le noir ni la route

    Il faisait une nuit
    Dieu…
         comme la nuit peut éclairer la nuit


    Il faisait nuit sans lune et pourtant
            je l’ai vu
                entrer avec lenteur dans les longs rangs de vignes
    le poitrail en avant
    bombé
    éblouissant
    une fête blanche sous sa robe dorée
    je rêvais de vendanges et de ce sucre en feu qui fait un creux
    l'automne
    après le grain mordu


    J'ai quitté la rencontre avec le sentiment d’être devenue pauvre
    d’être restée au bord
    coupant si loin dehors
    d’une histoire formidable
    où je n’étais conviée


M’avait-elle invitée ?

Elle me tournait le dos
     cela me ferait froid de ne jamais savoir
        la blancheur de son ventre
  ses yeux au coeur du coeur
   la nuit qu'elle étirait
        l'immense nuit
               son ombre
   au plumage nouée grande voile où le sombre
        éblouissant
                        naîtrait

 Elle marchait souvent au-dessus de ma tête
     d'un pas simple glissant sur le bois des greniers
 avant l'envol muet dans les grands ifs bleutés
qui ceinturaient le parc

Et je rêvais alors que nos rêves étaient comme des dames blanches
   attendant que le soir dans une pièce enclose
        leur ouvre les croix et
            les emporte creusant des vents jamais osés

 J'aimais ses battements
      sans bruit d'elle mais lourds
     sans regret des regards trop brillants dans la chambre
        sans espoir de butin plus grand que cet instant


        La suivre enfin
        pour que mon coeur cogne plus fort dans mes poignets

        Mais il y avait des murs
        partout des murs
        et partout des fenêtres
        et partout des oiseaux à leurs proies embrassés
        et des cadrans partout qui réclamaient leur dû
        et là
        sous mes cheveux
        une issue refermée par les serres du jour

                                J’étais bien. J’avais peur.


 Ai-je jamais vraiment eu peur ?

     J’ai bu la vie
                elle m’a bue
                    d’une gorgée à l’autre
            sa blancheur m’œuvre encore
                d’un souvenir de lait

           Mais où dorment les mots
                de l’intervalle obscur
            sais-tu ?
                qui noue
            une gorgée à l’autre ?



Sombre déjà
et nos gorges muettes

Le ciel s'ouvrit
pendant la fleur

Du loin où nous étions
nous entendions des cris s'effondrant sur la mer

L'excès avait changé de peau
             
Au faîte du plus vieil eucalyptus
une chouette saluait
clandestine

l'herbe fraîche mouillée
un supplice


                J’aime les campagnes simples
                                ces chemins qui trébuchent
                hésitent puis se perdent avec modestie
            les coques défendues des châtaigners l’automne
                                le parfum émouvant de la terre remuée

                            Arbres  bras
                         repliés
                            comblés
        sur une issue bleutée aussi floue que l’oiseau
                        qui déroule en son vol
                                   la chaleur du mystère offerte à nos regards
                               

            Ce soir la campagne est triste
            pleine de lâchetés
                comme si elle s’était trompée de lumière
            comme si elle ne voulait pas savoir
                                le nom des amours brûlées
                          à l'ombre des grands chênes l'été.


Parfois j’ai un automne au fond de mes pensées
le regard allongé du côté de l’été
je mâchonne le temps...


Membranes chutes et autres traversées 2


Dès l'aube
nous sentions le poids d'un jour à crainte du soir

Peut-être cet orage était-il pur à quelqu'un?

Le ciel
métal en preuve sur les tuiles  
essayait la lumière

Fournaise du gris




Qui peut dire la nature des ombres traversées
quand la lueur se sait lueur
châtiment à la main?


L'orage
        ou un chasseur dans le lointain
    cela ne sonne pas les battues magnifiques
    aux cuivres policés galopant la lumière
    mais le sauvage orgueil qui bride son élan
        avant d'ouvrir les chairs et de plonger dedans
    le mufle encore taché des charognes d'hier

Les coups viennent du dos de la maison voisine
        là où le jour éteint le dernier réverbère
de la rue que bouquine un vieux soleil distrait

Cela faisait longtemps que je n'avais de fièvre
aussi bleue aussi rosse aussi large et ouvrant
        un cri au bord des lèvres

L’orage
        ou une bête usée offerte à chevrotine

Il a tonné au loin
comme un coeur se destine



Les saisons
basculent-elles de l’une à l’autre
vers demain
ou se repoussent-elles vers leur proche passé
au levain de leur plaies ?



La bête usée des mauvais jours se couche
            combats bleus sur le flanc
                    son museau que mordaient nos rires
                s'endort au serpent des racines
 et le couteau des ombres
                    planté loin de ses pattes velues

        La bête usée des mauvais jours repose
                    le ciel est froid si longuement
            si tendrement gelée l’herbe dans mon jardin
        qu’il semblerait
        soudain
                que tout peut s’accomplir



Non pas le lent humide et ses voix d'eaux rusées
ni le vent comme un roc
           
Non pas l’ivre blizzard
             qui gerce les chemins sous les cris de l'harfang

Non pas l’hésitation des bises sans royaume
            évanouies dans l’extase du tout premier soleil

        Mais un froid  précis sec
        né à l'impératif
      
le ciel
            bleu
à la bouche


Sombre la pluie
    sombre au large du sans
noirs mais sans fin les toits
        rouges parfois mais noire
la pluie
jour de châteaux rincés
jours de palmes sans fruits


sombre aux marges du temps
        le ciel plutôt mais gris

                         un peu la mer le vent
un peu de bruit midi
   aussitôt disparu

Viens.
Pour que l’arbre
et pour l’ombre

Viens



Le temps s'est arrêté

Silence à grandes fleurs

Un ciel un jour de pierre
leur hâte à se lever reste du jour d'avant

Et les gestes fouillant
jusqu'à ces noeuds du coeur où s'allumaient des arbres




Sous la buée de lune
la nuit
n'avait de nom que remuée.



Tu aimais l’heure des plis

sous le soleil rasant
  ton désir de voler la beauté dans les champs
toujours tenue en laisse
ta soif ouverte en noir autour de ce qui brille
l’âme déjà vendue aux justices de l’aube

Où est passée la douce lumière du soir
        qui creusait sous les mots
                un grand berceau sans tache ?

Où se cache le crû
        des matins de venin
ce qui dessine en silence
l’infinie différence
entre
les bords tranchants du rêve
et
la lente rhapsodie du songe ?


Du temps perdu à déchirer la fleur

                un jour ne restera, desséchée,
            que la tige
                    entre nos mains fanées
                et le silence, une dernière fois,
            nous offrira son nom.

 Ombres vives
            enfin
                    nous nous donnerons un pardon de pain
            et ce savoir trop simple
pour nos chemins de sel et de cendres:
            Seul le ciel est exact.




Quand mon entendre monte

       aux patiences du ciel,
                    fruitées, blanches, qui luttent
    je sens
de vert en vert emportant la campagne
            en fleur le temps glisser
sur les tables d’hiver.


Toutes proches résonnent
des voix baignées dans l’eau de tombe
    un dernier geste de la main
l’herbe écrasée du jour qui mord

Toutes proches penchées
vers l'absente leurs nuques

Je dis
    que je n’ai plus de preuve que quelque chose vit

La faim d'un plein désert
de soirs content
et blond
se déplie nue au coeur de toutes mes fatigues




J’avais faim de savoir ce qui rayait le vent
J’avais faim des noeuds d'eau qui expliquent la nuit
J’avais faim d’attraper les heures du mot juste
J’avais faim de saisir les cris de beauté des bêtes
J’avais faim de ces causes qui sont en même temps
Leur clarté et leur ombre


Un livre était ouvert
    je me souviens
sa lampe pâle
ma chambre éteinte par le vent
 au milieu de l’orage
les ombres qui bougeaient


Et ma peur et ma joie se touchèrent
    de ces deux livres
l’un
contenant sa fureur de lumière d’où surgissait la nuit
l’autre
apaisant ses ombres à chaque fois plus claires.



Les beaux miroirs dressés en leur lumière d'or,

                bois de garder, ses fleurs, si las,  fouillées aux veines
                    un ange dans un coin, perdu, la chaîne
            enfin des coquillages vides, ou feuilles, morts
                et moi
                    froid de ne voir
            glissant sur les parquets aussitôt notre absence
            la parole couleurs
            moulée entre le verre et tain

            Hélas!
            jamais les beaux miroirs ne rallumaient leur eau
            ou bien comme eux étais-je enclose
       au point de ne point voir ?

            Miroir
un jour

            offrant l'ébauche

la transparence originelle.




        Je suis assise là
        dans la continuité des choses qui s'émeuvent
Je suis assise là et j'espère la lueur
        que vous bougez déjà
     
Passantes du froid bleu, vos mains
    en sang, d'amour
        Ô comme votre dos est lourd
des preuves portées au jour.

Vos ombres poussent entre les arbres
            et nous de jouer
    dans nos pas de décembre
avec les taches qui penchent.

           Si parfois nous ramassons des fruits,
                        riant de ce qui succombe
et roule sans jardin, dans la terre
notre chemin tout fait ne croise pas vos nuits.






Femme des pays profonds

ta démarche alanguie
les beaux fruits sur ta nuque ruissellent
et le chemin devant quand le soleil morfond
les ombres rétrécies

Ah… ! tes fesses
coco de mer coquilles chair collier glissant à contre jour
la brinquebalante caresse
de tes seins en pleurote
que traient insouciantes menottes
d'un bambin décalé sur les hanches
ton beau regard qui penche
vers les avant amour

Afrique ma terre ma terre ma terre
n’oublie jamais tes femmes
leurs reins si fatigués de chercher sous la pierre
les racines consumées et l’invisible flamme
de l’eau quelle pitié

Afrique ma terre ma terre ma terre
Là-bas, serpent couve un soleil
misérable affamé sa peau est si fripée
qu’il n’a plus de courage et l’enfant va mourir
dans sa première pente
si tu ne hurles pas avec tes dernières forces
le chagrin du millet les soupes de sorgho que tu ne connais plus
et le pouvoir des hommes qui te gâche la pluie



Là-bas
    un mot qui me revient souvent
    deux syllabes immobiles pour des chemins qui bougent
des bruits et des couleurs qui ne se verront pas
        plaines forêts cernées de falaises
d’arbres noirs à l’intérieur des oiseaux
    taiseux quand on passait

Là-bas
    tout pouvait chanceler d’un instant à l’autre
dans les gueules tendues au bord des routes
    on ne tuait pas le temps il mourait à son rythme
 
Mon là-bas c’est peut-être l’ailleurs des autres
   
les voix
   qui allaient toutes
vers le seul point qui se rie de toute chose

                                                              L’horizon

Là-bas
c’est chaque jour ici

Là-bas

Cet ailleurs qui n’appartient qu’à moi



Plus tard
par les chemins glanés de sombre
un bouquet simple au chaud

des paumes nous irons
et tu me diras « oui » pour traverser

A son chant d’éventail
tu parleras l’envol d’un grand oiseau veillant
et j’oublierai son nom pour te donner la joie
si fière à mon tour d’un nuage.

Nous laisserons le vent caresser nos visages
de sa buée de sel qui annonce les vagues.
Un muret. Une église. Un village de paille
aux toits de chaume doux de notre lent passage
et la baie bourdonnantes de ces pierres noires
dont on fait les maisons
ici
l’eau est d’un bleu si vert qu’on dirait une dague.

Ce sera comme sur les photos passées
quelques couples au loin
voix en fumée au fond de l’épuisette
et des enfants qui jouent dans un coin
en regardant couler leurs desseins de sable
une barque attendant la prochaine mariée
et nous,
le pied glissant sur les algues tiédies
les yeux un peu brûlés de rien
connaître et de nous sentir bien.

Il n’y aura plus de bruit en marchant vers la mer



      
A la nuit souvenue
je t’offrirai le bleu des peurs immaculées

Tu me prieras le manque
je te dessinerai la flaque après la pluie
quand le soleil en mord les membranes profondes
la vérité du ciel écorchée en cadence
et le feu comme une ombre éteinte de son ombre

Pour te cueillir un arbre
je planterai le temps puis verserai le sable
et l’azur coulera des racines aux branches
ne me demande pas lorsque tu entendras
un murmure
des voix



Tu m’offriras l’amour
je t’offrirai l’amour



Et nous partagerons la naissance de l’oie
sous les mains du sculpteur.
Entre sang et aubier.
Le bois mort qui palpite.
Membrane fouillée.

Le premier qui toucha le jabot sous l'écorce,
celui-là entendit les voix rentrées dans l'arbre

le bleu si simple dire à l'auvent du désert

Le premier qui cambra la voluptueuse échine sous sa paume,
celui-là sentit la blessure
toujours ouverte du départ

Le premier qui caressa le col altier endormi sous la branche,
celui-là reçut le temps

l'union des fibres et des cris
leur détachement des choses d'ici-bas

elle pourrait s'échapper
gardienne de l'aurore
dont l'eau se réchauffe
toute proche
à ses pieds




Celle qui se nomme ton autre beauté
        mains à femme et de toucher
        l'ivoire

        Celle qui se nomme ton Autre
            beauté depuis ton aube
        étend sous la jonchaie
        sa terrifiante paix


        Celle qui te nomme son Autre
        Beauté
        ventre de prendre muette
        a ralenti sa barque
        incendié ses cheveux pour mieux ouvrir
        ta nuit

        Fierté de chair où allais-tu
        pressée
        que le temps cherche ?


        non
        tu ne pourras pas fuir.



Tu seras là
            assise
            le matin t’aura dit ce que le corps savait
            l'eau turbulant la pierre
            le labour de ses hanches au tissu immobile
            épaules épanouies dans la chaleur cerclée

Tu seras là
            assise
            paroles de fautes rendues au limon
           

D'abord tu t'en iras
            vers des puits en chapelles
            à quoi sert le regret et faut-il du regret
            quand la lumière est là
            si proche qui te tient debout ?


Tu te reposeras
            le coeur sans déchirés dans le métal des dunes
            tu mangeras ta mort


Depuis combien de temps vis - tu dans l'espérance
            de te dénouer enfin
            jusqu’à l’extase ou l’ecchymose

 A la tombée du soir
     
        tu partiras
        la terre de tes bras nus tendue vers la lumière

Aucun commentaire: